Conseil de classe : et si on faisait autrement ?

À chaque fin de trimestre, toute la communauté éducative se retrouve pour un cérémonial incontournable et bien huilé :  le conseil de classeSes objectifs sont clairement définis par les textes qui en font « une instance de pilotage pédagogique » :

« Le conseil de classe a pour mission :

  • de traiter les questions pédagogiques intéressant la vie de classe, et notamment les modalités d’organisation du travail personnel des élèves ;
  • d’examiner les résultats scolaires individuels des élèves en proposant un bilan et des conseils ;
  • d’émettre un avis sur les décisions d’orientation ;
  • d’émettre un avis éclairant le jury d’examen (pour les classes à examen).« 

conseil de classe

Le conseil de classe n’est pas un conseil de professeurs (puisque tous les acteurs éducatifs sont ici représentés), mais bien un espace de parole et d’échanges tourné vers un seul but : faire progresser les élèves pour qu’ils choisissent leur  orientation. Cependant, l’intérêt de ces conseils revient souvent sur la table. Chacun connaît pourtant sa partition par cœur : le professeur principal a ciselé ses appréciations, le proviseur s’est empressé de vidéoprojeter les graphiques Pronote et s’apprête à lancer le tour de table, des profs passent en rouge les notes en dessous de la moyenne et resservent leur vocable favori où « tête de classe » rivalise avec ‘ »hétérogénéité ». À côté, élèves et parents écoutent, les uns notant à la virgule près les moyennes de leurs camarades, les autres regrettant qu’ils n’aient pas eu plus de « remontées » de la part des autres géniteurs. Avertissements, Encouragements, Félicitations seront distribués. On proposera aussi des fiches de suivi ou des tutorats. Le conseil de classe tourne rond mais ne ronronne-t-il pas ?

conseil de classe

Le fameux cas par cas caricaturé dans la BD « Les Profs »

Rituel trop formel, assemblée méritocratique, tribunal ou coup d’épée dans l’eau, ces critiques montrent que l’on oublie parfois l’essence d’une telle réunion. Nul doute, le conseil de classe traditionnel répond aux attentes de l’institution, mais permet-il aux élèves de cerner véritablement leurs carences et la façon d’y remédier ? Il existe des alternatives pour donner plus de sens à ce moment fort de l’année. J’ai trouvé sur internet des propositions qui font évoluer ce dispositif pédagogique pour offrir de vrais outils de remédiation aux défis que rencontrent les élèves. J’ai sélectionné ici quelques extraits de ces pages qui méritent une lecture plus approfondie pour connaître les retours d’expérience. Chacune demande de prendre plus de temps pour préparer et mener le conseil tout en responsabilisant davantage les principaux intéressés.

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Piste 1 :

Faire du délégué de classe un partenaire à part entière [Cahiers Pédagogiques, février 2004]

« Le conseil de classe par exemple, moment privilégié de rencontre pour les différents acteurs de l’établissement, ne doit pas être un simple moment d’évaluation normative. Sans nier ses rites et ses exigences institutionnelles, le conseil de classe doit constituer un moment où la parole de l’élève est entendue et considérée. Comment ?

En instituant des conseils de classe où les élèves délégués prennent la parole les premiers (avant les adultes) pour exprimer leur vécu de la classe, le travail, les résultats. Ils ont cinq minutes à dix minutes pendant lesquelles la parole ne leur est pas coupée, mais reçue, entendue et non stigmatisée. Ce renversement est très enrichissant, les adultes se taisent, se forcent au silence pour écouter et entendre les élèves. On demande aux délégués d’éclairer le conseil sur chaque cas d’élève, ce qui suppose que la formation les a outillés pour cela, et que le conseil de classe ne soit pas joué d’avance, à l’insu des élèves !« 

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Piste 2 :

Un bilan de compétence par ou pour l’élève [Peut mieux faire, le blog de Laurent Fillion, 2012]

Sur son blog « Peut mieux faire », notre collègue d’histoire-géo, Laurent Fillion, avait décrit non sans humour le conseil de classe comme « un rite tout aussi immuable qu’inutile ». Dépassant la simple critique, il propose dans un récent billet d’utiliser l’évaluation par compétences et de « passer un peu de temps à analyser le profil d’apprentissage de chacun d’entre eux afin de voir comment nous, ses profs, on peut l’aider à progresser ».

« J’ai demandé à  chacun de mes élèves de compléter ce bilan. Le jour du conseil de classe, les deux délégués les auront sous les yeux et pourront ainsi nous éclairer lorsqu’on abordera le cas de tel ou tel élève. J’aimerais demander à mes collègues de valider ou non le choix des objectifs de progrès choisis par les élèves. »

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Piste 3 :

Ouvrir les conseils de classe à chaque élève  [Cahiers Pédagogiques, février 2004]

« On peut également décider de conseils de classe élargis où chaque élève sera invité à venir s’exprimer. (…) L’élève doit pouvoir, sans craindre que sa parole se retourne contre lui ou d’être pris en grippe, s’expliquer sur ses résultats (même bons ou excellents), sur ses apprentissages, sur son vécu dans la classe et dans l’établissement. Il peut proposer des activités ou des actions qu’il pense être nécessaires pour l’aider ou pour aider la classe en général. Il peut se prononcer sur sa propre évaluation et évaluer ce qu’il vit, et comment il vit la classe et l’établissement. Les adultes se doivent d’écouter et s’efforcer de comprendre et de profiter de ces échanges comme autant de moments de construction collective du regard et de la vision qu’ils projettent sur l’élève et sur eux-mêmes. Il est évident que de tels conseils exigent du temps, de la tension et de l’abnégation. Mais si ces débats, ce dialogue sont conçus et acceptés comme des moments de formation mutuelle, de responsabilité, de situations réelles d’apprentissage civiques et de responsabilisation, les adultes ont donc tout intérêt à les multiplier. À condition qu’une formation préalable aide l’élève à maîtriser sa parole.« 

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Piste 4 :

Le conseil de progrès [Académie de Paris, décembre 2008]

« Comme leur nom l’indique, les conseils de progrès servent à mettre en valeur les acquis et les avancées des élèves, à leur permettre d’utiliser ces progrès comme points d’appui pour continuer. Il n’y a donc que des grilles d’évaluation individualisées. Sont bannies les notations chiffrées, les moyennes par discipline et tous les outils de mesure traditionnels. De même, il n’existe ni grands ni petits progrès en soi. Chaque élève mène son propre cheminement à son rythme. Ces conseils ne sont pas des instances de remise de prix ou de sanctions. L’élève doit en sortir conforté ou réconforté. Il peut lui arriver d’être confronté à une difficulté. Jamais, en aucun cas, il n’est cassé ! (…)

  • Première modification substantielle par rapport à un conseil de classe : tous les élèves de la classe y participent. (…)
  • Deuxième changement clé : dans nos conseils de progrès, ce ne sont pas les professeurs mais les élèves qui prennent la parole, présentent eux-mêmes leur bilan, tel qu’ils l’ont préparé soigneusement dans la semaine précédant la réunion.
  • Troisièmement, les conseils n’ont pas lieu tous les trimestres mais à la fin de chaque séquence, c’est-à-dire avant chaque vacance. Ils interviennent donc en moyenne toutes les six ou sept semaines.« 

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Certaines propositions apparaissent très ambitieuses et demandent l’adhésion de toutes les équipes. Mais des idées sont à grapiller ici ou là. La proposition d’un bilan fait par l’élève remis entre les mains des délégués le jour du conseil me paraît très intéressante. On prépare vraiment le conseil en amont avec chacun, on responsabilise les délégués et on ne déborde pas d’un cadre horaire précieux pour tous.

Une chronique d’Emmanuel Grange que nous publions à nouveau à l’occasion de la COP21 !

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One Response

  1. hgecoli 19 décembre 2012

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Vous n'êtes pas un bot hein ? *