Cap ou pas cap ? Pourquoi ne pas jouer ?

Les fêtes de Noël approchent et je regarde mon fils jouer… Avec mélancolie, je me demande comment le temps peut filer si vite. Aujourd’hui il a grandi (4 ans ½ c’est déjà grand ! En tout cas il aime se l’entendre dire), ses jeux ont évolué avec lui. Je m’étonne toujours de le voir construire, détruire et reconstruire. Les enfants apprennent en jouant c’est bien connu. Certains adultes aussi…

Cesse-t-on réellement un jour de jouer ?

Nos jeux nous accompagnent à chaque moment de notre vie. Ils prennent différentes formes avec les âges : jouer pour construire son imaginaire, lorsqu’on est petit, puis jouer la vie («On joue à papa et maman ? ») et apprendre les codes sociaux, jouer pour exprimer des sentiments alors que les premiers amours arrivent, et plus tard, jouer pour se rapprocher des siens, pour construire une famille (« Ce soir c’est soirée jeux de société ! »), enfin, jouer pour transmettre à la génération suivante, jeux des grands-parents et des petits-enfants (« Tu sais à ton âge je jouais avec un bâton et un cerceau ! Pas besoin de Playstation… » 😉 ).

jeu en classe

Lorsqu’on enseigne aux petits, en maternelle et à l’école primaire, le jeu est une pédagogie qui semble naturelle, cela va de soi. Pourquoi alors abandonner cette ressource précieuse au collège ? Sont-ils trop « grands » pour jouer, de quoi a-t-on peur ? Faut-il culpabiliser de vouloir les faire jouer au collège ?

Cette question, je me la suis posée assez tôt. J’ai culpabilisé d’abord, j’ai ensuite pesé le pour et le contre, enfin j’ai tranché. Non, « jouer » en classe n’est pas du laxisme. Ce n’est pas non plus une pédagogie « facile ». Une séance ludique s’organise, se prévoit. Elle ne doit pas tourner au « bordel général ».

Ma première expérience de jeu, je l’ai vécue lors de mon année de stage : j’avais créé une séance « chasse au trésor » pour la venue de ma conseillère pédagogique dans ma classe, et ça a été je crois une des plus belles séances de ma carrière ! J’avais bien entamé un chapitre sur la piraterie en 5e et pour terminer cette séquence en beauté, j’avais imaginé une chasse au trésor « littéraire ». Je m’explique : les élèves (par îlots) devaient rechercher dans leur manuel certaines informations. Ils avaient entre leurs mains une « carte au trésor » (celle d’Hugo Pratt). Chaque fois qu’ils répondaient à une question, ils m’appelaient et je leur donnais un indice (en vers s’il vous plait…) qui les conduisait à un lieu précis sur la carte. Le premier arrivé au trésor gagnait… des pièces en chocolat ! (en fin de compte, tous les participants en ont eu). Ils ont été tellement emballés !

pratt_carteLA CARTE AU TRÉSOR

INDICE 1 : Le trésor est non loin d’un lieu d’ivresse. Direction l’Est !

INDICE 2 : Rendez-vous en bateau dans un lieu entouré d’eau.

INDICE 3 : Vous vous rapprocherez du trésor, au cap antonyme du nord.

INDICE 4 : En ligne droite vers le nord, trouverez le trésor. Il se trouve sur une colline entourée de baies divines.

Depuis, je réitère ces séances ludiques à chaque occasion, et j’essaie de les appliquer à toutes les compétences : lecture, écriture, conjugaison…

Quels sont les avantages d’une pédagogie ludique, me direz-vous ? Déjà, l’intérêt, je vous répondrai. Pourquoi ne pas donner envie aux élèves de venir au collège ? L’assimilation des notions, aussi. On retient davantage lorsqu’on a pris un certain plaisir à apprendre ou réviser (sinon pourquoi tant d’élèves apprennent leurs leçons en chantant ?). Le plaisir enfin, le nôtre, lorsqu’on entend à la fin d’une séance : « Ah madame, c’était la meilleure séance depuis le début de l’année, quand est-ce qu’on recommence ? », et le leur aussi.

Alors, si l’aventure vous tente…

À mettre dans la hotte du Père-Noël, pour s’amuser au quotidien, et apprendre dans la bonne humeur (je cite pêle-mêle) :

Qui suis je ? Les devinettes sont des outils précieux, pour aborder certains textes et souligner le caractère énigmatique d’une description par exemple. Elle peuvent aussi permettre de travailler les reprises nominales et pronominales et la description.

Un classique intemporel. Le Petit Bac : pour enrichir le vocabulaire des élèves, à adapter en fonction du chapitre. Suivant le nombre d’élèves, il faudra aussi adapter la règle. Jeu plébiscité en 6e et 5e.

Le « relai » de conjugaison : pour tous, afin de les réviser. C’est le principe du relai sportif : deux équipes (ou plus), une liste de verbes à conjuguer au tableau. Chaque élève ayant conjugué un verbe validé par un arbitre passe le relai au suivant, jusqu’à la fin de la liste. L’équipe la plus rapide gagne ! (Attention ! Jeu qui exacerbe l’esprit d’équipe. Prévoir des bouchons d’oreilles à cause des encouragements frénétiques).

Mon premier… Les charades : à faire deviner et à faire construire. Pour travailler un domaine précis du vocabulaire, les synonymes, antonymes, etc.

Tu me dessines un mouton ? Le dessin : il permet une approche intuitive des textes littéraires. Il peut intervenir dans la phase de compréhension des textes, mais aussi en atelier d’écriture par la suite. Dessiner ce qu’on a compris, partir du dessin pour écrire. C’est un outil précieux au quotidien, même en 3e en lien avec l’épreuve d’histoire des arts.

Le trophée de conjugaison: une grille où sont inscrits les temps de l’indicatif, des cartes « verbe, personne, temps ». Un trophée par îlots entre le « trivial pursuit » et le loto. Intéressant pour approfondir les conjugaisons.

Le jeu de l’oie : encore un classique. A faire construire par les élèves en leur imposant des « thèmes » (conjugaison, orthographe, accords, etc). Le plateau, les cartes, les dés, puis le jeu. Généralement, les élèves sont friands des cases « pièges ». Lorsqu’ils construisent les questions, ils révisent les règles, apprennent l’orthographe des mots.

Le quiz par équipes : A chaque fin de période, je crée un quiz sur le programme de français, à partir des chapitres déjà terminés. Par îlots, les élèves répondent aux questions et s’affrontent en révisant.

Des jeux poétiques : Les holorimes, cadavres-exquis et autres jeux poétiques ou surréalistes : j’utilise le cadavre exquis pour faire réviser les classes et fonctions grammaticales en début d’année. J’impose aux élèves une suite de mots ayant une classe ou une fonction précise. Chacun doit inscrire cette classe/fonction sans se tromper, ils se questionnent et s’entraident. Du bonheur quoi !

Alors, le jeu ? Cap ou pas cap ?

Une chronique de Marine Vendrisse

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2 Comments

  1. Dupoizat 11 décembre 2015
    • Marine 16 décembre 2015

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Vous n'êtes pas un bot hein ? *