Les questions-de-la-mort-qui-tue

Restez calme !

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Vous êtes avec vos élèves, en train de faire cours … Ils sont en pleine activité, ou en plein brain storming, ou bien encore vous êtes lancé dans une grande explication … Et là, bing, il y en a un qui vous pose la question-de-la-mort-qui-tue. Ou parfois, c’est en aparté, après le cours, quand il y a les trente suivants qui attendent dans le couloir…

Je ne parle pas des questions du type « perles du bac » qui relèvent de l’incompréhension, d’un manque de travail, ni des questions incongrues … Non, il s’agit de questions qui montrent au contraire que l’élève a réfléchi …

J’aime bien que mes élèves se posent des questions… Mais parfois, c’est un tantinet compliqué de répondre. Voici donc un petit digest des toutes dernières :

Les questions existentiello-religieuses

Hugues, 6ème : « J’ai beaucoup réfléchi depuis qu’on a travaillé sur la Bible. Je me demande : pourquoi, avant, Dieu était tout le temps avec les Hommes, il leur parlait, il les aidait, et maintenant, il n’est plus jamais là ? ».

Axel, 6ème, en pleine réalisation de carte mentale sur ce que nous ont transmis les Hébreux : « On a le droit de dessiner des étoiles de David ?

– Oui, pourquoi non ?

– Ben je sais pas, c’est un symbole religieux, on n’a pas le droit d’en faire à l’école, si ? ».

Lilian, 6ème : « Mais donc, les Juifs et les chrétiens, ils ont plein de trucs en commun ; alors pourquoi ils ne s’aiment pas ? ».

Mélissa, 6ème : « Mais… Mais… Jésus était juif ??? Mais alors… nous, on est chrétiens, ou juifs ??? ».

Les questions géopolitiques

Cloé, 5ème : « Ma maman, elle dit qu’on est ami avec l’Arabie Saoudite alors que l’Arabie Saoudite elle achète – ou elle vend je ne sais plus- du pétrole à Daesh. Pourquoi on est ami avec l’Arabie Saoudite ? ».

Yann, 5ème : « On pourrait pas donner le statut de réfugiés climatiques aux Indiens Guaranis ? Vu que leur espace se réduit à cause de la déforestation, et que la déforestation crée du réchauffement climatique… Non ? ».

Clémence, 5ème : « C’est pas un peu dégueulasse de dire aux pays pauvres de réduire leur pollution alors qu’on pollue à mort depuis des années, nous ? ».

Ils sont nombreux, toutes classes confondues, à demander : « Pourquoi les pauvres ne quittent pas leur pays pour aller dans des pays riches ? C’est pas compliqué, il suffit de prendre ses affaires et puis voilà, non ? ».

Les questions de vocabulaire

A propos du terme mégalopole, Théo, 4ème : « Ça existe, le mot mélopole, non ?

– Euuuh, non, pourquoi ?

– Je suis sûr que si, vous ne le savez sûrement pas, mais moi j’en suis sûr »…

Les questions mythologiques

Emma, 5ème : « C’est vrai que louve en latin, ça veut dire prostituée, et donc que Romulus et Rémus en fait ce sont des enfants de prostituée ? »

Les questions qui vous mettent bien mal à l’aise vis-à-vis d’un collègue

Cloé, 5ème (oui, c’est une spécialiste) : « On va étudier la mythologie cette année ?

– Oui

– Chouette, parce que j’aime bien la mythologie ; c’est pour ça que j’ai pris latin. Mais le prof de latin, il dit qu’il n’est pas chrétien parce que dans la Bible, ça dit que le monde a été créé en six jours alors que si l’homme a été créé le dernier jour il ne voit pas comment il pourrait savoir que le troisième a été le jour de la création de la lumière. Et vous vous en pensez quoi ? ».

Les questions qui vous mettent un petit peu en porte à faux avec la hiérarchie

Aloïse, 5ème, quand on a fait l’exercice de confinement : « Mais, là, je ne comprends pas…. Pourquoi ce sont les mêmes consignes en cas d’inondation, de tremblement de terre et d’attaque terroriste ? ».

*

En tout début de carrière, je me souviens avoir séché lamentablement devant la question d’un élève de 5ème sur la religion précise des populations converties par Cyrille et Méthode… Je m’étais sentie remise en cause de ne pas savoir cela. Bon, mais j’avais en tête le récit d’une copine qui s’était absolument enferrée dans des mensonges éhontés à propos d’éruptions volcaniques je ne sais plus où, tout ça parce qu’elle n’avait pas osé répondre « je ne sais pas ». Alors j’avais bravement répondu « je ne sais pas »…

Aujourd’hui, avec internet à disposition dans ma salle de classe, je peux pallier mes ignorances, au prix il est vrai d’une grande désillusion de mes 6ème qui croient dur comme fer que je sais tout sur la géographie et l’Histoire. Bon, mais la crédibilité se gagne aussi, paradoxalement, à savoir dire « je ne sais pas, cherchons ensemble »…

Quant aux questions de la mort qui tue, là, j’avoue, je n’ai pas de solution toute faite… Mais j’aime bien ça !

Une chronique de Juliette Villeminot

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