La réforme du collège…

…vue par un parent d’élève

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Eh oui la réforme, encore la réforme, toujours la réforme du collège : c’est un sempiternel refrain, je sais, une ritournelle en vogue en ce moment. Mais cette fois c’est le parent d’élève que je suis qui en parle. Fraîchement élu au Conseil d’Administration du collège où mon fils vient d’entrer en sixième, je me retrouve invité par le DASEN (Directeur Administratif des Services de l’Éducation Nationale : c’est le nouveau terme pour inspecteur d’académie… Administratif ! Effectivement le terme est bien choisi) à une réunion sur « la réforme du collège ». Un peu dubitatif, mais curieux quand même d’entendre le « discours officiel » auquel j’ai pour l’instant échappé, je n’ai pas été déçu (si j’ose dire) du voyage.

Très affable, notre hôte a commencé son exposé avec un état des lieux à grand coup de chiffres censés être alarmistes – oui un DASEN aime les chiffres, les indices, les statistiques, le rapport de P/E (nombre de profs par élève : de 5,53 chez nous…), les DHG (Dotations Horaires Globales), les nombres moyens d’élèves par classe (24,3 : le 0,3 ce doit être pour un élève particulièrement petit) il veut qu’on lui donne des chiffres, le « numérique » à l’école ce doit être cela pour lui, bref il aime fondamentalement l’être humain.

Tout d’abord nous fut présenté un graphique difficilement compréhensible des derniers tests PISA en mathématiques. Si vous avez compris comment le lire, Bravo !

La France, c’est le vilain point rouge à gauche ! Bon, d’après lui il s’agirait de l’écart de plus en plus important entre les enfants de milieux favorisés et ceux de catégories socio-professionnelles moins bien loties.

« On réforme le collège car il y a un soucis en mathématiques ». Allez, admettons, pourquoi pas ?

Les arguments suivants étaient pour le moins surprenants. Non pas le faible taux d’accession au brevet – ça c’est recevable – mais plutôt un nombre de handicapés trop élevé dans le département et trop d’élèves en SEGPA. Là, j’avoue qu’à part l’euthanasie, je ne voyais pas trop où il voulait en venir…

Pour résumer, il semblerait que lui aussi ait eu quelques difficultés en mathématiques oubliant que des chiffres sans analyse, ce n’était guère exploitable.

Parmi toutes les annonces, celle de 20 % des horaires en co-animation a été la plus remarquable : non pas 5, non pas 10 mais 20 % (j’ai beau compter et recompter je ne les ai pas trouvés). Trois heures par classe (garanties jusqu’en 2017 mais seulement deux heures quarante-cinq pour commencer, allez savoir pourquoi) à organiser comme on le souhaite en travaux de groupe, approfondissement, …. , c’est alléchant en effet, mais dans les faits comment se dérouleront les négociations pour attribuer les heures ? Sur de réels projets on le souhaite tous bien sûr mais gare aux « variables d’ajustement » qui permettent d’introduire de la flexibilité dans les postes (vous avez intérêt à bien vous entendre avec votre chef : mon conseil, une petite pomme sur le bureau chaque matin, ça reste un investissement rentable).

Polémique aussi, le changement d’horaire en langue qui fait que les élèves intégrant la quatrième l’an prochain ne bénéficieront que de cinq heures de LV2 en deux ans (deux heures et demie en quatrième et deux heures et demie en troisième) contre les six heures de leurs prédécesseurs (trois heures + trois heures) et les sept heures et demie de leurs successeurs (deux heures et demie en cinquième + deux heures et demie en quatrième + deux heures et demie en troisième), mais rassurez-vous, il devrait y avoir une épreuve de langue « adaptée » au brevet…. Ouf rassuré, là maintenant on l’est !!!

Le débat a bien sûr aussi porté sur la voie professionnelle, quand les parents ont fait remarqué que suivre un cursus d’études longues (ce qui semblait être la seule voie envisageable pour notre DASEN (« car ce sont les plus diplômés qui ont le plus de chance de trouver un emploi…. c’est sta-ti-sti-que ….») n’était pas la seule alternative et que pour certains la voie du CAP n’était ni un échec, ni une voie sans débouchés professionnels. Je passe sur le fait que pour lui les cent mille places en apprentissage en 2017 étaient avant tout pour les licences professionnelles et les études en alternance.

Je fus enfin plutôt rassuré de voir que les parents étaient conscients de la somme de travail supplémentaire qu’apporte cette réforme pour les profs (mais bon « avec un bac+5, ce sont des cadres A, des ingénieurs en formation, vous inquiétez pas pour eux, ils vont bien y arriver » dixit notre administrateur) et forcément des limites que cela peut entraîner quant à un engagement sans faille dans les cours, l’AP,….

En définitive si nous, les parents d’élèves, étions tous convaincus que le collège nécessitait une réforme (l’introduction était donc d’autant plus maladroite qu’inutile), nous étions tous sceptiques au final quant à la porté de celle-ci qui paraît certes pleine d’ambitions mais au final bien loin de la réalité.

Une chronique de Damien THOMAS

(réformo-sceptique mais qui pour une fois aimerait avoir tort)

 

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2 Comments

  1. Bled, au secours ! 4 février 2016
    • THOMAS 5 février 2016

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