Curiosity killed the cat…

Un proverbe qui en dit long…

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J’adore ce proverbe.

Trop de curiosité ! C’est ça qu’on veut cultiver dans nos classes.

Allumer l’œil vitreux de nos ouailles, c’est un défi. Bon, certains n’ont pas besoin d’être sollicités… À voir.

Bien sûr en toute sécurité. Aller au bord de la falaise mais ne pas tomber. Évaluer le danger et s’en prémunir.

J’ai lu l’article d’Emmanuel Grange sur les fakes. Ça fait réfléchir. Emmener les élèves dans une démarche de vérification d’hypothèses, un peu à la Bachelard, c’est ce que l’on cherche.

Alors là, en grands experts de l’illusion on sort toute notre panoplie…

Le coup du mensonge, ça marche.

Commencer un cours en faisant bouger le cadre, en brouillant les lignes. Mettre les élèves devant les responsabilités de leurs apprentissages, ça marche.

Alors, il faudra débrouiller les mensonges de la vérité. Demander aux élèves de statuer sur ce que vous racontez en utilisant des images photoshopées ou non comme dans cette présentation.

Le script des affirmations (incluant des infos personnelles, une petite pincée de sel) à valider ou non avec une bonne recherche google, ça marche.

Le faux site (faut taper dans Google Martin Luther King website).

La manipulation des images, ça ne date pas d’hier : voir ce site.

Et du coup, faire comme l’a fait Emmanuel Grange, se prémunir des premiers résultats et faire jouer son esprit critique.

Le coup de la tenue

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Arriver habillé autrement. Plus classe, plus cool, avec un déguisement, ça marche à tous les coups.

Les élèves sont très sensibles à la façon dont on s’habille et sont capables de nommer les marques.

Pour un cours d’anglais, faire sortir un élève, changer un détail et demander de faire une conclusion au passé composé marche à tous les coups.

Bien sûr les élèves vont remarquer quand on se fait couper les cheveux. Ils voient aussi la marque de l’oreiller imprimée sur les cheveux du prof de français qui est sorti de son lit il y a quinze minutes. Ils pointent vers le haut sans gel… NICE ! Ça le rend attachant ou pathétique au choix.

Quand on y pense, un tout petit détail peut faire une sacrée différence. On est tous les matins sous leurs yeux, autant s’en servir… à notre avantage.

Le coup de la chanson

Choisir une chanson, un texte qui fait partie de l’univers des élèves, c’est un puissant levier. Je n’aurais jamais cru qu’une bête chanson des Jonas brothers rendrait une élève allergique à l’anglais accroc à mes cours. (Plus pourrie la chanson tu meurs, mais quand on veut l’omelette, faut bien les casser les œufs, les oreilles, la fierté musicale tout ça tout ça)…

J’ai pas encore essayé de leur faire mettre leurs casques comme l’a suggéré une chroniqueuse dans un précédent article.

C’est un exercice délicat. Dans certains collèges, capter les attentions sans se faire « basher », faire travailler les élèves sans se rabaisser, garder le cours en tête mais prendre des chemins détournés.

Descendre de son piédestal de sa matière et de ses contenus qu’on pense inaccessibles aux élèves et inventer un autre passage. Y a pas de honte, pas de mauvaise idée, pas de compromission si on arrive à faire faire ce qu’on veut aux élèves.

Une de mes collègues, en Français en première L a eu la brillante idée de faire un casting d’acteurs contemporains pour monter la pièce Dom Juan en justifiant leurs choix, ce fut un succès. Derrière la démarche, les élèves utilisent leur esprit critique et soudain analysent les subtilités des personnages sans qu’on le leur demande. Et la question qui tue. Mais au fait il a quel âge Dom Juan ? Vieux comme Piccoli ou jeune comme Justin (toutes proportions gardées).

Le coup du jeu

C’est vieux comme mes robes…

Le coup de la Mystery Box.

Y a quoi dedans ? On ne sait pas… Des points en plus ou des points en moins. On pose une question, révision, approfondissement. On demande à l’équipe si elle veut garder la boîte ou passer la boîte. 100 à 1000 points sont en jeu mais les élèves ne le savent pas.

Des cris d’hystérie s’en suivent quand on découvre qu’on a perdu la boîte gagnante. Je ne sais pas pourquoi…sans doute parce qu’il faut faire un choix… d’où la pression…

Vous vous demandez quand ça s’arrête. Ces jeux, ces chansons, ces amusettes. Quand on lit. Quand on fait un exposé. Là, il faut être sérieux.

Ce matin pendant les exposés sur l’art, l’écran de l’élève est projeté sur les autres tablettes via preso.tv. On peut mieux suivre quand même. On a le texte sous les yeux et on se demande si l’élève va se contenter de lire.

Et c’est qui qui fait cours ? C’est pas moi. Ça a l’air de rien. Et c’est qui qui est derrière à faire oublier ses détails qui tuent. Ben c’est moi.

Le coup du périscope ou regarder dehors sans se prendre rien sur la tête

Et quand on n’a plus peur de rien, quand on a l’expérience des matous balafrés des bas fonds, on se lance dans Périscope.… En mode sous-marin (jaune of course, Beatles obligent) et je regarde ce qui se passe dehors.

L’application à double tranchant. Le snapchat de la vidéo. La bombe nucléaire à fragmentation. Connectés à son compte Twitter, vos « suiveurs » vous regardent en direct. La fenêtre s’ouvre et c’est le saut périlleux arrière. Pas toujours de filet de sécurité.  La vidéo est disponible en replay pendant vingt-quatre heures sur Twitter.

les-coeurs-sur-periscopePratiquement, en temps réel, dans le monde, on peut savoir ce que font les gens dans leur cuisine, leur jardin, leur voiture, de quoi ils parlent. Pêle-mêle, j’ai vu un guitariste chanter dans sa voiture en Indiana, des coureurs courir, une jeune fille cuisiner, des personnes vendre des vélos, des personnes ramasser de la neige en costume de dinosaure. J’écris « Hi from France » et je les entends dire qu’ils peuvent continuer à papoter, que c’est pas grave,  que je ne vais rien comprendre à ce qu’ils disent. Bonjour les préjugés.

La curiosité vous anime, vous serez rassasié.

Du coup je me connecte parfois en classe pour faire voir comment les élèves parlent anglais et les gens qui regardent pointent leur doigt sur l’écran. Des cœurs s’en échappent. Nice.

Sur l’image à droite, il y a 222 spectateurs. Nous on n’intéresse personne (10/12 personnes au mieux en direct) mais c’est l’instantanéité du direct qui donne de l’adrénaline à la performance des élèves. Parfois, quand on a de la chance, on peut enregistrer la vidéo sur sa caméra. Vaut mieux désactiver les commentaires… Bien sûr, à manier avec précaution.

Car la curiosité, c’est dangereux : ça a tué des tas de chats… d’où le proverbe…

Une chronique d’Amélie Silvert

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