Mais kézako dans le cerveau des ados ?

Quand adolescence rime avec patience…

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Alors que c’est déjà Beverly Hills dans leurs têtes, nos élèves font face à un véritable tsunami cérébral pendant cet âge inimitable appelé l’adolescence. Comment enseigner efficacement à des ados dont le cerveau est en plein chamboulement ? Les neurosciences donnent des pistes souvent empreintes de bon sens et en rajoutant un zeste de psychologie, on doit pouvoir y arriver…

C’est par une question qu’Eric Gaspar, prof de maths en lycée, commençait en 2014 une conférence sur le rôle du cerveau et l’apport des neurosciences dans l’éducation. « Est-il imaginable que tous les profs et les élèves ne connaissent pas le mode de fonctionnement d’un outil qu’ils utilisent en permanence et de façon intensive ? ». Évidemment non ! Et pourtant… Dans notre bagage universitaire et notre arsenal pédagogique il nous manque à beaucoup les munitions pour mieux connaître le cerveau afin de mieux enseigner.

Comme le rappelle ce passionné de neurosciences et fondateur de Neurosup, « 50% de la population pense que l’intelligence est une donnée acquise à la naissance, alors qu’elle se reconfigure tout au long de la vie selon les stimulations rencontrées. » Dans cette vidéo, il donne des pistes pour mieux exploiter le potentiel des élèves en respectant les contraintes biologiques du fonctionnement cérébral.

  • Le cerveau efface : pour aider les élèves à mémoriser, il vaut mieux leur fixer d’abord un objectif puis leur dire que pour l’atteindre ils vont devoir mémoriser une série d’informations ou franchir plusieurs étapes.
  • Le cerveau n’est pas multitâche : être multitâche, c’est être capable de faire deux choses concurrentielles en même temps. Si l’une des deux tâches est automatisée, c’est possible sinon… En réalité, le cerveau ne peut se concentrer pleinement que sur une seule chose à la fois et ne travaille qu’une tâche après l’autre. On ne peut pas apprendre en situation de double tâche. Il est donc préférable de faire avancer les élèves étape par étape.
  • Le cerveau se reconfigure sans cesse : à chaque instant de notre journée et de notre vie, notre cerveau reconfigure son architecture interne. Cette plasticité cérébrale nous permet de nous adapter et démultiplie la capacité d’apprendre.

Comprendre le fonctionnement du cerveau pour mieux enseigner d’accord,  mais saisir les méandres du cerveau des ados c’est se lancer à la conquête d’une terra incognita… Pourtant, les scientifiques connaissent de mieux en mieux cet organe en plein chamboulement à l’adolescence.


Les cinq âges du cerveau par FranceInfo

Au cours du mois de février 2016, le journal La Croix a publié un dossier très utile pour capter ce qui se passe dans la tête des ados. Il nous donne des clés pour saisir un peu mieux ces êtres qui animent et bousculent notre quotidien pour le meilleur comme pour le pire.

[Extrait d’un article de La Croix, Chahut dans le cerveau des ados]

Leur comportement est souvent énigmatique. Qu’ont donc dans la tête  les ados ? Un cerveau en plein chamboulement, selon les neurosciences qui nous aident à mieux les comprendre. (…)

Ils se lèvent parfois à midi pour s’affaler sur un canapé, s’emportent ou s’emballent plus facilement, s’enthousiasment ou n’ont plus envie de rien, envoient balader leurs parents ou leur réclament un câlin… Si leur comportement déboussole souvent les adultes, les ados ne sont pas entièrement responsables de ce qui leur arrive : ils doivent faire face à divers chamboulements biologiques et leur cerveau est le siège d’un profond chahut neuronal (…)

Ces découvertes éclairent certains comportements : l’hypersensibilité aux émotions, l’intolérance aux frustrations, leur tendance à privilégier les activités procurant un plaisir immédiat, la difficulté à se motiver sur le long terme, la recherche de sensations fortes ou les sautes d’humeur.

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[Extrait d’un article de La Croix, « Trouver la bonne distance »]

Pendant l’adolescence, une période de fragilité cérébrale, ces jeunes ont encore plus besoin d’être soutenus et encouragés. Entretien avec la pédiatre Catherine Gueguen

Les neurosciences peuvent-elles éclairer l’attitude que les parents doivent avoir envers leurs adolescents ?

Catherine Gueguen : Oui, bien sûr. Une étude réalisée par une chercheuse australienne, Sarah Wittle (1), qui a suivi 188 adolescents pendant quatre ans (de l’âge de 12 ans jusqu’à 16 ans) a encore confirmé qu’une attitude parentale chaleureuse et soutenante avait une influence positive sur le développement du cerveau des adolescents, notamment de structures importantes comme le cortex préfrontal, qui permet de prendre des décisions et de réguler les émotions. Alors qu’une attitude agressive, dévalorisante pouvait l’entraver.

Ces nouvelles donnes invitent donc à repenser l’éducation qu’on leur donne ?

C.G. : C’est certain, mais il faudrait que les parents – et les enseignants – puissent se faire aider, car elles impliquent un changement profond de leur attitude. Il faut qu’ils comprennent que l’adolescent est à la fois fragile, instable émotionnellement, et qu’il a en même temps un besoin fondamental d’autonomie, de liberté.

Il a parfois besoin d’une proximité affective et parfois envie de rejeter ses parents. Il n’est donc pas facile de trouver la bonne distance. Il a besoin de chercher un sens à sa vie et de se trouver lui-même. Cette quête d’identité se traduit souvent par des comportements provocants qui dérangent les adultes. Si on se focalise sur ces attitudes, on risque de bloquer le dialogue. Garder une qualité de relation avec l’adolescent est essentiel. Si les parents rompent le dialogue, ils s’exposent à de vrais problèmes. Bien sûr, ils doivent en tant qu’adultes continuer à poser un cadre, et rappeler quand ils ne sont pas d’accord. Mais ils doivent le faire avec empathie.

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Plutôt que de s’évertuer à répéter les mêmes injonctions aux ados, mieux vaudrait selon les psychologues et les pédiatres prendre le temps de les écouter. S’ouvrir à ce qui les préoccupe plutôt qu’à ce qui nous inquiète serait plus efficace. De toute façon, les neurosciences ont montré que lorsqu’on les critique les ados ne nous écoutent pas, alors patience …

Une chronique d’Emmanuel

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2 Comments

  1. Cécile FP 9 mars 2016
  2. lewebpedagogique 8 mars 2016

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