Le niveau baisse ?

De quel niveau parle-t-on ?

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Est-ce la nostalgie de notre jeunesse qui nous fait dire que le niveau baisse, ou une idée toute faite* qui a toujours existée puisqu’on la retrouve chez les Anciens ?
Alors oui, le niveau baisse en orthographe et en qualité d’écriture. Nous n’apprenons plus les belles lettres calligraphiques à la plume en faisant des pleins et des déliés, en effectuant laborieusement des lignes et des lignes de minuscules, de majuscules, de mots, le buvard en main. C’est dommage. On passait des heures et des heures à apprendre à écrire. C’était bien. Page arrachée pour une tâche d’encre. Des heures et des heures sur le Bled à apprendre l’orthographe. Pas un jour sans dictée. Parce que le contenu de l’enseignement était bien différent. Un élève de « haut niveau » serait donc celui qui soigne le tracé de ses lettres sans faire d’erreur d’orthographe ? Oui, comme une belle personne serait celle qui va chez le coiffeur toutes les semaines !

Et si nous parlions de hauteur ? Ils sont plus élevés que nous à leur âge, nos petits d’aujourd’hui !

Aujourd’hui, l’élève apprend bien davantage. Le programme de maternelle, conçu pour explorer le monde et découvrir sa richesse, qui sensibilise à l’Art, à l’environnement et aux sciences, mais aussi au vivre ensemble et au numérique, s’est considérablement enrichi. Tout en donnant une place importante à l’activité physique car c’est avec tout le corps que les petits rentrent dans l’apprentissage. Les grands parents ne sont-ils pas tous d’accord pour dire que les enfants sont plus éveillés aujourd’hui qu’autrefois ?
Les programmes de l’école, du collège et du lycée se sont aussi élargis. On approfondit sans doute moins mais on enrichit, on diversifie les connaissances, les savoir-faire. Et les jeunes sont plus critiques, ils rentrent plus tôt dans l’adolescence car nous leur avons « offert » la possibilité de grandir plus vite.

Quand les enfants me donnent une info que j’ignorais, je leur demande comment ils ont appris ça : avec Fred et Jamy ! C’est pas Sorcier a aussi grandement contribué à apporter la connaissance aux enfants. Et c’est un excellent outil pour la classe, de la maternelle au lycée ! Quant à l’ami Google qui répond à toutes nos questions, il a juste l’inconvénient de ne plus nous laisser dans la frustration de l’ignorance ! Les jeunes ont un savoir plus large, et qui répond aux exigences de l’évolution de notre société : la spécialisation dans un domaine, dans une matière n’est plus suffisante : nous avons besoin de faire du lien entre les disciplines, de porter un regard plus global sur les problèmes et les solutions afin de cesser de fragmenter le monde, la vie, l’être humain. Le sens est dans les liens. La sagesse dans la hauteur de vue. Et les jeunes me surprennent souvent par leur capacité à faire des liens et à prendre du recul.

Alors oui, si on donne une dictée d’il y a un siècle aux jeunes d’aujourd’hui, ils ne s’en sortiront pas aussi bien que leurs ancêtres. Mais pour affirmer que le niveau baisse, il faudrait pouvoir donner à nos ancêtres les épreuves d’aujourd’hui. Dans son livre, « Repasse ton bac d’abord ! Dans les coulisses d’un examen pas si facile », Vincent Mongaillard, a revécu les épreuves 20 ans après et sa conclusion est passionnante !

L’épreuve de français au bac, par exemple, avec la question sur le corpus et le sujet au choix (commentaire, dissertation ou écriture d’invention) demande une efficacité redoutable, une culture littéraire solide, une bonne connaissance des procédés littéraires, des capacités de compréhension et d’organisation, une maîtrise de la méthode, un esprit de synthèse et d’analyse … que le simple résumé discussion ne demandait pas ! Bien sûr, autrefois, nous faisions moins d’erreurs d’orthographe ! Mais peut-on réduire le niveau des élèves à leur maîtrise de l’orthographe ?

Lancer des préjugés pour manipuler

Je ne parlerai pas des rectifications orthographiques qui datent d’un quart de siècle et qui ne simplifient en rien la complexité de notre langue et qui n’allégeront absolument pas la lourdeur des cours d’orthographe : que des anciens ministres de l’EN nous manipulent en faisant croire que ces rectifications ont à voir avec la réforme du collège… c’est tout simplement affligeant. Et la crise du « niveau baisse » a ressurgi avec cette vaine polémique.

Marasme du « C’était mieux avant », enfermement sur un passé déchu, qui rend aigre et triste et intolérant. Et les accusations portées sur la réforme du collège qui « nivelle par le bas » sont du même ordre… alors que cette réforme prend davantage en compte les besoins humains de chaque élève, en cherchant par exemple à encourager les progrès et les réussites plutôt que de sanctionner les erreurs, en cherchant à donner du sens aux apprentissages et à permettre les liens entre les disciplines… Si seulement elle était acceptée, ce serait une révolution ! Mais là encore, les préjugés l’emportent : le gouvernement nous manipule pour faire des économies !

Au moment où justement les dépenses et les créations de postes n’ont jamais été si importantes. Quant à l’attaque du « nivellement par le bas », elle n’est que désinformation et mauvaise foi : ouvrez les nouveaux programmes pour en juger honnêtement ! L’objectif de toute la refondation de l’école est de réduire les inégalités et le décrochage scolaire : il ne s’agit pas de baisser le niveau des plus forts mais d’offrir la possibilité aux élèves les plus « faibles » de pouvoir progresser davantage !
Les idées reçues sont faciles et basses :  le nivellement par le bas ne serait-il pas porté par ceux qui les diffusent et ceux qui les répètent ?

Dans cette phrase « le niveau baisse », gronde insidieusement le mépris de la jeunesse. L’illusion d’incompétence : quel bel héritage !

Ce n’est pas ainsi que nous contribuerons à faire remonter le niveau de confiance de nos enfants : et c’est peut-être de là que tout se joue, à l’heure où la pression, le stress, l’angoisse n’ont jamais été aussi pesants pour nos élèves.

Une chronique de Claire Nunn

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* « Les grandes personnes ont, sur toute chose des idées toutes faites qui leur servent à parler sans réfléchir. Or, les idées toutes faites sont généralement des idées mal faites.»
Tistou les pouces verts (1957) de Maurice Druon qui a validé les rectifications orthographiques de 1990.

 

12 Comments

  1. phil 21 mars 2016
    • Pitpit 5 juillet 2017
  2. CHRISTIAN HOFFMANN 15 mars 2016
  3. Sylvie 12 mars 2016
  4. Gyzelinck Marie 11 mars 2016
  5. Claire 11 mars 2016
  6. Alan 11 mars 2016
  7. Geneviève DUCHENE 11 mars 2016
  8. Henri 11 mars 2016
  9. IB 11 mars 2016
  10. Cathy 10 mars 2016
    • rose 2 octobre 2016

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