Maths en chinois au Lycée français de Pékin

C’est toujours particulièrement intéressant d’avoir l’opportunité d’assister à l’heure de cours d’un collègue. Nous sommes trop souvent cloisonnés dans nos classes, comme s’il y avait une intimité avec nos élèves que nul ne peut violer, à part à de rares occasions, lorsqu’un inspecteur vient nous visiter. Et c’est difficile de rester naturel quand on se sent épié, jugé peut être par un autre adulte. J’ai eu récemment l’occasion d’assister à une heure de cours qui m’intéresse particulièrement, le cours de  DNL de mathématiques en chinois des élèves de l’option internationale de seconde. Presqu’une friandise pour moi, prof de maths tombée amoureuse de la langue chinoise !

Chinois et Maths

Ma homologue chinoise, non francophone, à qui j’avais déjà demandé il y a quelques semaines l’autorisation de venir, correspond en tout point à l’image que j’ai en tête d’une enseignante chinoise : la cinquantaine, un visage rond avec des lunettes, une coupe au carré et des cheveux épais. Elle porte un pantalon noir et une veste colorée en soie épaisse à motifs brodés et à col Mao.

En attendant que les élèves arrivent, elle me présente ce dont elle a parlé pendant le dernier cours: le boulier japonais, version simplifiée du boulier chinois dont quasiment plus personne ne sait se servir à l’ère de l’informatique, mais qui permet pourtant d’effectuer les quatre opérations de base. Assez rapidement, elle oublie la pauvreté de mon vocabulaire et s’enhardit dans des explications que je ne comprends plus.

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Heureusement, c’est le moment que les élèves choisissent pour arriver et s’installer dans la salle. Quelques franco-chinois mais aussi des élèves n’ayant aucune racine chinoise. Je m’assois parmi eux, comme une gamine au spectacle. J’ai sorti mes affaires et le livre de maths en chinois écrit par un de mes collègues,image ancien prof de math reconverti en prof de chinois et fraîchement emprunté au CDI (le livre, pas le collègue !). Le cours commence et je dois être la plus assidue à prendre des notes et essayer de comprendre. Les adolescents passablement blasés par deux trimestres de cours ne se rendent pas compte autant que moi de la chance de faire partie de cette classe. C’est leur quotidien, une heure de cours de plus parmi la trentaine d’autres qui composent leur semaine. Pour moi, c’est une véritable madeleine de Proust et je suis avide de savoir, d’absorber un maximum de connaissances. Je bois les paroles de 马老师 et je suis contente de comprendre la majorité de son cours sur le développement et la factorisation. Ce tableau rempli d’expressions algébriques mêlées à des caractères chinois est à mon sens un véritable chef d’œuvre ! Entre ce que ma collègue prononce, écrit au tableau, ce que je trouve dans mes recherches au fil des pages du livre emprunté et mon dictionnaire en ligne sur mon téléphone portable (et tant pis si je ne montre pas le bon exemple, mais c’est pour la bonne cause !), j’ai l’impression d’en apprendre beaucoup. Lorsque la sonnerie de fin de cours retentit, j’ai la sensation que le temps a passé à toute allure. Ma feuille de prise de notes ressemble à peu près à cela :

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Bon, il y a encore du pain sur la planche si je veux arriver à vraiment suivre convenablement ce genre de cours…

Sitôt le cours fini, ma collègue me demande ce que j’en ai pensé. Pour ma part, je suis aux anges. Je lui dit que j’ai trouvé son cours très intéressant. J’y ai trouvé mon compte mais qu’en est-il d’un élève de seconde? Elle me demande avis et conseils mais j’ai du mal à lui répondre: d’une part, c’est difficile à dire à chaud et d’autre part, je ne connais pas le vocabulaire adapté pour parler de pédagogie et construction de cours. Grâce à mon fils de quatre ans, je maîtrise assez bien le vocabulaire des dinosaures, pirates, et engins de construction, grâce à mes pérégrinations, je suis incollable pour expliquer tout ce qui peut toucher à un problème de mécanique sur un vélo, mais je n’ai encore jamais été confronté à une conversation touchant aux spécificités de l’enseignement durant mes deux ans et demi dans la capitale de l’Empire du Milieu.

Après lui avoir expliqué la difficulté de répondre immédiatement à sa requête, je lui propose en retour de venir assister à un de mes cours. Je sais que même si elle ne comprendra pas un mot, elle est intéressée par cet échange. Elle pourra tout de même sentir l’interaction qui existe avec les élèves. Elle pourra également se rendre compte de la forme, en ne saisissant que peu de choses du fond. J’essayerai pour ma part à l’avenir de renouveler cette expérience enthousiasmante afin de pouvoir lui prodiguer les conseils qu’elle réclamait.

Une belle coopération commence !

Une chronique de Mélanie

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  1. jacques 29 mars 2016

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