Et toi, t'as fait quels voeux sur APB ?

voeux

Quel avenir pour nos élèves bacheliers à l’étranger ?

Lorsque j’enseignais en France, je voyais tous ces sujets de bac donnés à travers le monde comme autant d’occasions d’entraîner mes élèves sur un florilège d’annales. Lorsque mes lycéens voyaient l’intitulé « Polynésie », ça les faisait rêver deux secondes mais ils étaient vite rattrapés par les difficultés posées par l’énoncé et on oubliait vite dans quel coin du monde les bacheliers avaient bûché sur ces problèmes. On aurait pu attribuer un numéro à ces sujets-types, ça aurait été pareil, le premier étant le très attendu bac de Pondichéry, qui permet d’avoir une idée de la tendance de l’année. Mais voilà, j’habite maintenant Pékin. Mes élèves ne composent plus sur le sujet « Métropole juin 20..», et lorsque je vois les sujets d’autres parties du monde, j’arrive mieux à m’imaginer à quoi peuvent ressembler les établissements qui en dépendent et quels profils peuvent avoir leurs élèves.

Mais surtout, n’oublions pas que le baccalauréat n’est qu’une passerelle, une étape qui ouvre la voie des études supérieures. C’était il y a quelques jours encore le grand casse-tête pour nos élèves de Terminale, qui devaient finaliser leurs vœux sur APB (Admission Post-Bac, pour les non-initiés). Il faut dire qu’être bachelier à l’étranger ouvre de plus grandes perspectives qu’en France, et je trouve cela bien dommage (pour nos élèves de France, bien sûr !). Je ne savais pas trop à quoi m’attendre en prenant un poste à l’étranger pour la première fois après avoir passé 10 ans dans le même lycée rural de France. Je venais d’un établissement « dans la norme ». Je me demandais en quoi exactement les problématiques seraient différentes avec des élèves vivant dans une mégalopole de 23 millions d’habitants, vivant dans des familles pour la plupart aisées. Mes élèves étaient jusqu’alors des habitants de villages ou petites villes de quelques milliers d’habitants, dans un bassin assez fortement touché par le chômage. Certains n’avaient jamais mis les pieds dans la « grande ville » la plus proche située à une trentaine de kilomètres. Et nous avions du mal à les pousser à être ambitieux dans leurs vœux post-bac. Et pourtant…

Après un an et demi d’enseignement à l’étranger, je ne vois pas une si grande différence entre le niveau mathématique de mes élèves de France et mes élèves de Chine. Les mêmes ados avec les mêmes « vices » : internet, sorties, « tchats », jeux vidéos, et j’en passe. Certains sont sérieux et d’autres ont du mal à se rendre compte des enjeux. Comme partout sur cette vieille Terre ! Mais ceux d’ici osent des voies que leurs camarades de France ne se permettent pas. Pour vous donner une idée, sur nos soixante bacheliers de l’année 2015, seulement trente-sept ont choisi de poursuivre leurs études en France. Parmi eux, sept ont été admis dans de grandes classes prépas parisiennes, un à Science Po et les autres dans des écoles, universités ou IUT divers et variés. Un de nos bacheliers sur cinq a poursuivi son cursus dans le système anglo-saxon (Canada, États-Unis ou Angleterre). Des profils qui nous semblent bien souvent extraordinaires depuis la France.

Qu’est-ce qui permet aux élèves de l’étranger d’être si ambitieux, de ne pas se mettre de barrières ?

D’une part, il est vrai que leur niveau en langues est assez impressionnant par rapport aux élèves de métropole. Les élèves de Pékin commencent leur première langue en moyenne section, la deuxième en grande section et la troisième en sixième. Même les élèves qui n’ont qu’une seule langue maternelle sont particulièrement à l’aise dans plusieurs langues à l’issue de leur cursus. Certains de mes sixièmes de onze ans savent se faire comprendre dans quatre ou cinq langues. Lorsque j’entends mes élèves de Terminale parler en anglais, mon oreille non acclimatée a l’impression d’entendre des natifs. Un véritable atout lorsque l’on veut poursuivre ses études à l’étranger.
D’autre part, ces adolescents ont pour la plupart vécu une ou plusieurs expatriations et ont acquis une ouverture d’esprit et une capacité d’adaptation hors pair. Ils sont souvent plus matures que leurs camarades de France et bien plus débrouillards. Leur vie de tous les jours les confronte régulièrement à des situations hors-normes qu’ils gèrent le plus naturellement du monde.

En ce qui concerne les bacheliers poursuivant leurs études en France, la seule vraie différence à mon sens entre les métropolitains et mes élèves actuels est la confiance en soi, l’estime de soi. Bon nombre d’élèves ayant passé toute leur scolarité en France pourraient prétendre à des filières qu’ils n’osent même pas tenter. Et pourtant, ce ne sont pas toujours les capacités qui leur manquent. Nous devrions apprendre à trouver des moyens de leur redonner cette foi en eux qui leur fait parfois défaut, leur environnement social et culturel ne leur donnant pas toujours les bonnes clés. Nous devons arriver à faire entrevoir aux élèves qui le souhaitent des horizons plus vastes, des perspectives qui leur semblent parfois à tort hors de portée, certains se sentant consciemment ou non déterminés par leur contexte social.

Une chronique de Mélanie

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3 Comments

  1. jacques 7 avril 2016
  2. reni 6 avril 2016
  3. reni 6 avril 2016

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