6 ans, violent, qui est responsable ? Call of Duty ?

La détresse d’une prof

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Il a 6 ans. Les vacances de février sont finies. Alors, il revient en classe. Chacun raconte comment il a occupé ses congés. Nous l’appellerons… Paul…pourquoi pas ? Il faut bien que je le nomme !

– Sophie ? « Moi je suis allée chez ma grand-mère, et on a fait des cabanes avec mes cousins. »

– Ilham ? « Je suis restée à la maison et une fois, je suis allée au centre, j’ai fait de la zumba et c’était trop génial ! »

– Karine ? « Moi j’ai regardé plein de livres , maman m’en a lu et on a fait des balades. »

– Antoine ? « J‘ai appris à faire du ski, c’était dur»

« Alors Paul, qu’as-tu fait pendant ces 2 semaines ? » demande son maître de CP : « C’était super, j’ai joué tous les jours au nouveau Call of Duty et à GTA que papa m’a offert ! »

Gros vide. Détresse profonde…CaptuIL A 6 ANS !!!

Alors rappels pour ceux qui ne connaissent pas :

Call of Duty,c’est un jeu de guerre, de tir à la première personne (ça veut dire que c’est vous qui tirez, comme en immersion !). Les premiers opus se passent lors de la Seconde Guerre mondiale, les suivants sont des conflits modernes . Avec plus de 230 millions d’exemplaires vendus, c’est le 3e jeu vidéo le plus vendu.

GTA, ? C’est un jeu de mission de conduite dans lequel, bien sûr, on tue beaucoup. On est souvent un malfrat, avec une conscience de l’humanité presque égale à zéro…

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Vous voyez où est le problème ?

C’est que, si le PEGI (le code de recommandation d’age minimum) est de 16 ans sur les jeux précédents, le dernier est de 18. 18, ça veut dire :

« La classification destinée aux adultes s’applique lorsque le degré de violence atteint un niveau où il rejoint une représentation de violence crue et/ou inclut des éléments de types spécifiques de violence. La violence crue est la plus difficile à définir car, dans de nombreux cas, elle peut être très subjective, mais de manière générale elle peut regrouper les représentations de violence qui donnent au spectateur un sentiment de dégoût ». (extrait du cide PEGI)

Donc si je sais encore compter, cela fait minimum 10, voire 12 ans de décalage entre ce gosse et l’âge requis pour jouer.

Pourquoi est-ce interdit aux enfants ? Parce qu’il y a des injures, et surtout beaucoup de violence. Le but est de tuer, encore et encore…

Certes, les débats sont nombreux sur les effets de la violence des jeux vidéos, en tous cas, une chose est sûre : Paul, à 6 ans, a déjà changé trois fois d’école. Tous les jours il se passe quelque chose avec lui : il frappe ses camarades (souvent !), baisse les pantalons, soulève les jupes, insulte les autres. Hier c’était des coups de pieds sur une petite camarade jetée à terre… Pas une heure qui passe sans que son attitude ne soit franchement alarmante.

Alors l’instit, modèle de patience, alarme. Il fait son job.

Il alarme les parents. Ceux-ci ne prennent même plus la peine de venir à l’école. De toute façon, semble-t-il, leur passé scolaire en dent de scie ne les pousse pas à faire confiance aux professeurs. En plus, ils savent déjà quels sont les problèmes de leur fils… pas besoin de leur rappeler…

Il alarme la psy scolaire. « Je m’occupe des cas plus graves » répond-elle. Ah ? Parce que celui-ci, ce n’est pas grave ?

Il alarme la médecin scolaire. « Vous savez, il est déjà suivi par le CMPI alors, je n’ai rien de plus à faire ».

Il alarme la médecin du CMPI. « Oui, c’est vrai , il ne sait pas où est sa place et ne se contrôle pas, mais je suis contre la ritaline »… euh… avant de faire ça, peut-être faire un bilan, non ? « Oui, nous réfléchissons avec l’équipe éducative…peut-être l’an prochain… ».

Il alarme le directeur de l’école… Ah non ! Lui il est déjà au courant : tous les jours il doit gérer les conséquences de l’arrivée de petit Paul : bobos, nez en sang, pleurs, récriminations nombreuses et variées des « copains » d’école et de leurs parents.

Alors au bout du compte, que faire ?

Quand cet enfant n’est pas en classe (bien sûr sans raison), tout le monde respire, l’ambiance s’apaise. Ce seul élément fait monter le niveau de tension de tout un groupe.

Moi la seule chose que j’ai envie de dire (car dans ce cas je ne suis qu’observatrice, je n’ai aucun rôle à jouer ) c’est que ceci est un cas de maltraitance.

Cet enfant est déjà suivi par toute une cohorte de personnels (omettons le prix pour la collectivité de ce suivi), a été exclu de deux écoles pour sa violence, et que font les parents de ses vacances ? « Viens jouer à Call of Duty mon chéri, dézinguer des mecs par centaines ça te défoulera ». Pour moi c’est aussi grave que de le frapper. Ce n’est certes pas physique, c’est psychologique. Et, éduqué ainsi à 6 ans, je n’ose imaginer ce qu’il sera à 16 ans…Par quel miracle apprendra-t-il des comportements pacifiés ?Alors au lieu de mettre tant de personnels sur cet enfant, pourquoi pas sur les parents ? Parce que le problème vient sans doute d’eux, vu qu’ils soutiennent (« c’est pas grave » disent-ils à propos de la petite fille que Paul a si brutalement bousculée qu’elle a les deux bras tout râpés, « c’est un garçon, c’est normal » !) J’irai même plus loin (mon dieu , que j’ose ! Je vais en faire bondir certains !) : je pense que si un enfant est si violent à cet âge, c’est que le milieu familial lui même ne doit par être un modèle de calme… Mais dire que les parents sont peut-être fautifs, ça, ce n’est pas politiquement correct. Déresponsabilisons, chargeons même l’école ! C’est sans doute elle qui, mettant l’élève en échec (c’est vrai, je ne l’ai pas dit, mais vous imaginez bien que faire réfléchir ce gamin 5 minutes d’affilée, c’est peine perdue), sera jugée responsable de ses futures errances.

Aucune solution… Ça me met hors de moi…

C’est bizarre d’ailleurs. Je remarque que depuis quelques semaines, lors des mes rendez-vous avec les parents d’élèves, devant leurs explications si naïves « on lui dit, mais vous savez ce que c’est un ado, quand il ne veut pas… », j’ai tendance à moins chercher à comprendre (les parents, bien sûr, pas l’ado !)… Les dernières fois, j’ai même plus ou moins répondu « eh bien oui, lui c’est un ado, mais vous, vous… devez faire votre boulot de parents ». POINT.

Une chronique de Rachelle

Commentaires

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7 Comments

  1. Lefebvre 18 avril 2016
  2. Rachelle 15 avril 2016
  3. lol 15 avril 2016
    • Rachelle 20 avril 2016
    • blx 26 avril 2016
  4. Violette 15 avril 2016
  5. elisabeth lucien 15 avril 2016

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