Celui qui n’y arrivera pas

Un combat devant l’échec scolaire

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C’était il y a quelques jours. Une réunion parents-professeurs. Juste après le conseil de classe du deuxième trimestre. On en profite pour commenter les bulletins tout frais. Il y a les beaux progrès, les petites baisses, le travail constant, l’éternel ensemble correct qui pourrait tellement mieux faire s’il décidait de bosser un peu plus, etc.

Et puis il y a celui qui voudrait bien, qui s’efforce, qui est sérieux, suit les conseils, écoute, essaie de participer. Mais qui n’y arrive pas. Qui n’y arrivera pas.

On a réussi à faire faire des diagnostics. Et on sait. Son niveau est celui d’un milieu de primaire, fin de primaire dans certaines matières. Son évaluation cognitive est sans appel. On a obtenu un AVS à ses côtés dans quelques cours. Ça l’aide. Mais ça ne fait pas tout. Et ça ne lui donnera pas le brevet l’année prochaine. Si on était en France, cet élève aurait sans doute été orienté en SEGPA, puis on lui aurait proposé un CAP. Mais on n’est pas en France. Déjà obtenir cet AVS a été un combat collectif. Dure réalité des établissements AEFE dans les pays où l’accès à l’éducation est déjà un tel combat que les voies spécialisées et adaptées ne sont encore que de l’ordre du fantasme.

On voudrait bien y croire un peu plus. Mais le moment est sans doute venu d’être réaliste. Pour trouver une autre voie. Une voie qui le mettra en réussite. De quoi tenir un métier entre les mains. Il en a les capacités. Son sérieux et sa bonne volonté le prouvent.

Jusque-là, je pensais qu’il se rendait compte des choses. Il se montrait courageux, conscient de ses limites en classe, demandeur de soutien et d’aide. Des petites flemmes, compréhensibles, par moment. Pourquoi s’accrocher autant quand finalement tout est du chinois pour vous, et que les résultats ne suivent pas ?

Il avait déjà dû passer outre les moqueries et les remarques de ses camarades si souvent. Un groupe qui finalement a réussi à lui faire une place. Une place un peu à part, évidemment. Pas toujours facile à cet âge là d’accepter de devoir travailler en groupe avec « celui qui n’y arrive pas ».

Moi, je suis persuadée qu’il pourrait y arriver quelque part. Pas ici, dans notre établissement. L’écart s’est trop creusé et ne se rattrapera pas. Mais je n’ai pas grand chose à proposer dans un pays où rien n’est prévu pour ce genre de profil.

« Qu’est-ce que tu aimerais faire, plus tard ? » osé-je lui demander, pendant la discussion avec son père, où nous nous creusons la tête sur la possibilité de lui trouver un projet concret où il pourrait être en réussite.

« Médecin » me répond-il. Un ange passe. Mais pas une bonne fée marraine faiseuse de miracles, malheureusement.

Trouver les mots pour dire. Non. Ce n’est pas envisageable. Les difficultés. Le niveau. Les exigences. Tu es courageux. Mais. Tu n’y arriveras pas.

Jusqu’à quel âge a-t-on le droit de se rêver médecin quand on a son profil ? Ai-je le droit – le devoir ? – de briser ses illusions ?

Ses yeux ont rougi et les larmes pointaient à sa sortie. Son père défait. Déconfit. Moi désarmée. Désemparée. Impuissante.

Depuis que j’enseigne, je me suis beaucoup investie dans l’accompagnement des élèves en difficultés, j’enseigne le français à ceux qui arrivent non-francophones. Je reste le soir pour aider aux devoirs. J’explique l’organisation et les exigences du collège aux gentils petits sixièmes tombés du nid douillet du primaire. Je fais ce que je peux avec les moyens qu’on m’accorde. Comme mes collègues.

Mais je ne m’y fais pas, à dire ces choses-là, à celui qui n’y arrivera pas.

Une chronique de Fanny

Commentaires

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3 Comments

  1. Fanny 6 mai 2016
  2. enriqueta 3 mai 2016
    • marc 4 mai 2016

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Vous n'êtes pas un bot hein ? *