L’après midi que j’ai perdue en lisant “L’année où je t’ai perdu”

Récemment, j’ai lu deux romans pour ados, envoyé gracieusement par le Petit journal des profs, afin que je donne mon auguste et princier avis sur lesdits livres. Aujourd’hui, je vous livre (sic) mes impressions sur le deuxième roman que j’ai lu, partant du principe qu’il faut toujours garder le meilleur pour la fin, hum. Vous aurez donc compris, je n’ai pas trop aimé cette histoire écrite par Emiliy Martin, et publiée chez Hugo et Cie.

L’histoire

L'année où je t'ai perduHarper est la spécialiste des grosses bourdes. On peut même dire qu’elle y excelle ! L’année passée, elle s’est faite virer de son équipe de natation, a gagné la réputation de la pire garce du lycée, puis est devenue le mouton noir officiel de sa famille. Mais sa pire erreur est sans doute d’avoir perdu son meilleur ami, Declan. Après six mois d’absence et de silence, Declan revient dans leur ville natale pour y passer l’été. Tout chez lui semble différent : il est plus grand, plus fort, et surtout plus séduisant que jamais… Harper aussi a changé, surtout depuis qu’on a diagnostiqué un cancer à sa mère. Declan ne veut plus avoir affaire à Harper. Pourtant, il est le seul à qui elle aurait voulu se confier. Mais alors que le destin les rapproche à nouveau, ils devront décider ce qu’ils peuvent sauver dans leur histoire…

Certains d’entre vous se diront sûrement : “Et bien merci, avec ce résumé on connaît toute l’histoire, merci de tout nous “spoiler”, super.” Et vous avez raison ! Sauf que c’est le résumé qu’il y a sur la 4ème de couverture. Je l’ai recopié tel quel, et en fait, presque tout est dit. Il n’y aucun suspens (on se doute bien que Harper et Declan vont finir ensemble). Et je peux vous dire que mes élèves, quand on leur donne un bouquin, le premier truc qu’ils font, c’est de lire le résumé. Donc, déjà, 1er mauvais point (pour l’éditeur, certes, mais quand même).

Maintenant que vous savez à quoi vous attendre au niveau de l’histoire, voilà les quatre raisons pour lesquelles j’ai intitulé cet article  “L’après midi que j’ai perdue en lisant L’année où je t’ai perdu !

La critique

1) La trame de l’histoire est un peu mince.

Bon, on sait déjà à peu près tout sans même avoir commencé la lecture : Harper est perdue dans ses errances adolescentes, et ne sait pas trop si elle est amoureuse ou pas de son meilleur ami, le fameux Declan. Ajoutez à ça, qu’elle noie son chagrin dans l’alcool à grand coup de shots de vodka, accompagnée de sa “meilleure” amie Salie, et vous avez à peu près tout. Declan et Harper se tournent autour pendant 300 pages, ni plus, ni moins. Pour pimenter un peu, quand même, notons la présence de Kyle, qui, à défaut d’avoir un cerveau et une once de respect pour les filles, a pour but principal de mettre Harper dans son lit (cela dit, il n’est pas très regardant sur le lieu potentiel de leurs ébats). Évidemment, Harper ne l’aime pas vraiment, mais ça ne l’empêche pas de l’embrasser régulièrement, tout en pensant à Declan. Cela permet de passer le temps Eurk.

2) La qualité de l’écriture laisse à désirer

C’est franchement mal écrit. Certes, je suis prof de français et habituée à lire, mais j’ai toujours du mal avec la narration intégrale au présent. Est-ce si compliqué que ça de faire un peu de concordance des temps ? De jongler avec le passé simple, l’imparfait ? Et puis, franchement, chère Emily Marin, le style oral, ça va bien 5 minutes, dans les dialogues. Mais tout le long du roman ? C’est fatiguant. Vraiment.
Et les dialogues, d’ailleurs ! Ils sont creux ! Vides ! Ce sont des enchaînements sans fin de “ouais”, “et toi”, “ouais ok”.

3) La traduction a été faite par google trad’

Vous l’avez compris, ce livre se passe aux Etats-Unis (les prénoms sont un indice suffisant !) et a été écrit en anglais par Emily Martin. J’ai donc lu la traduction faite par Caroline de Hugo. Je ne suis pas prof d’anglais, mais quand même. Quand on me dit que Harper, après avoir mangé sa glace, se lève pour aller jeter sa “tasse” (=cup) (p. 52) à la poubelle, je tique ! Ah ! Et que dites-vous de cette phrase : “Ma mère me sourit […] et elle sort un plat en Pyrex de la machine à laver” (=washing machine = lave vaisselle ! ) (p. 215). Bon, je ne vous fais pas une liste exhaustive, on y serait encore demain.

Enfin, il y a même des fautes de français : “Je t’ai dit que je n’ai pas faim” (p. 221). Peut-être suis-je horriblement traditionnelle, mais il me semble qu’il faut choisir entre “Je te dis que j’ai pas faim” ou bien “Je t’ai dit que je n’avais pas faim”. J’ai conscience que les traducteurs sont soumis à pas mal de pression, notamment au niveau des délais à tenir, mais il y a quand même un minimum.

4) Les thèmes prometteurs ne sont pas exploités

Dans ce roman, il y a en germe des thèmes qu’il aurait été très intéressant de développer. En voici deux :

  • le fait que Harper suive un stage de photo : on comprend que cela l’aide à surmonter ses problèmes, mais ce n’est pas du tout développé comme forme d’épanouissement ou de sublimation ;
  • le fait que Carlson (la ville où ça se passe) ait l’air d’être assez puritaine. Il est mention quelque fois de religion, mais c’est dommage que le contraste entre les codes puritains et ces jeunes qui les rejettent plus ou moins ne soit pas plus travaillé.

En résumé, je dirai donc qu’il s’agit d’une erreur de casting de la part des Editions Hugo et Cie, et je reviens vite pour vous parler du deuxième roman, du même éditeur, et mille fois meilleur !

Une lecture de Cécile Thivolle-Cazat

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  1. PICAUDÉ Bruno 11 mai 2016

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