Yoshi, à ta place, Mario au TBI !

Changement de génération

Enfant devant un ordinateur

Confortablement installé dans la salle de concert, c’est l’instant décisif. Celui où l’ennui guette, avant le lever de rideau. Promenons notre regard autour de nous. Le public est massivement composé de parents d’élèves puisqu’il s’agit du spectacle annuel « Chante école ». Ce qui saute aux yeux, c’est le nombre de smartphones et de tablettes manipulés par les benjamins de ces familles qui sont venues écouter leur collégien d’enfant. Je m’apercevrai plus tard, dans le noir, qu’il n’y a plus guère d’appareil photo. La génération montante est donc massivement équipée et connectée. Sait-elle encore lire ? Les écrans ne permettent pas d’y répondre : images animées et courses-poursuites. Est-elle plus ouverte, plus cultivée ? Là encore, les écrans entrevus ne permettent pas de répondre positivement. Si l’on rapproche de ces indices les constatations faites dans les salles d’attente médicales et para-médicales, un fait s’impose, c’est l’écran qui domine.
Enfin, une génération moderne va envahir l’école. Ils seront capables …

  • D’envoyer un courriel, de rédiger un texte, de rechercher une information, de confronter des points de vue et d’en faire une synthèse. Ou plutôt, de télécharger un jeu, de trouver une astuce pour leur jeu sur un forum et de récupérer à tout va musiques, films et photos.
  • Évitons le mauvais esprit. Un enseignant, pédagogue né bien entendu, ne peut pas se réfugier derrière cette mauvaise foi. Adaptons-nous ! Maintenant, j’organise mes cours sous forme de plateau. Une fois le niveau réussi, l’élève passe au niveau suivant. À chaque niveau, il doit rassembler un trésor. Des dates, des définitions, des événements. Les indices lui permettent de se déplacer et de résoudre les énigmes permettant le changement de niveau. Je me suis associé avec le professeur d’arts plastiques pour qu’il fasse réaliser des avatars, pardon, des mii, par chaque élève. L’occasion de passer en revue les grands courants artistiques.

« Mesdames et messieurs, bonsoir et bienvenue. Le spectacle va commencer, n’oubliez pas de couper vos téléphones ». Le réveil est brutal ! Évidemment ! Demain, les élèves ouvriront leur cahier pour copier la leçon. Avec un vrai stylo. Et après avoir regardé dans leur manuel.

Mais c’est peut-être ici que se heurtent le plus fortement deux réalités, ou plutôt deux phantasmes. Le premier, c’est de penser la nouvelle génération comme possédant une culture informatique. Elle connaît la notion d’interface, de logiciel. Le clavier n’est pas un acquis solide en sixième. Trop peu d’élèves sont capables d’envoyer un courriel – d’ailleurs, ils n’ont pas d’adresse de courriel. Écrire un document, l’enregistrer, puis le diffuser en le copiant sur une clé, ou pire, en le déposant dans le cloud n’est pas une tâche facile pour tous en quatrième.
Le second phantasme, c’est penser que les compétences des élèves n’ont pas évolué ces dernières années. La manipulation des écrans se fait au détriment de la lecture, car peu de ces écrans sont utilisés comme des liseuses. L’écriture n’est plus une activité centrale, ayant cédé sa place à l’image, animée ou non. Les nouvelles formes de jeu, de film, la société toute entière s’articule autour de la vitesse, au détriment de l’analyse. En contrepoint, l’ennui jaillit plus rapidement, la concentration diminue.

Aussi, les enseignants ne doivent pas se sentir dépassés par la culture informatique de leurs élèves. Au pire, ils sont au même niveau ! En revanche, il importe désormais d’injecter dans le cours de la culture informatique « basique » pour enfin refermer la fracture informatique, faute de quoi perdurera la myopie de l’éducation nationale. Alors que le clavier tend à remplacer le stylo, il n’y a toujours pas de cours de dactylographie. Alors que l’internet s’impose comme source de données, il n’y pas de cours de méthodologie de recherche. Terminons sur une note positive. Les collégiens vont apprendre à programmer. Dans le langage de l’internet ? Pensez donc ! Ce serait trop… moderne.

 

Une chronique de Philippe Crémieu-Alcan

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