Cette année, j'ai testé pour vous…

Laisser les élèves jouer à l’apprenti prof

élève déguisé en prof

Non non, il ne s’agit pas de prendre des vacances anticipées, de se caler au fond de la salle et de laisser un élève faire cours à ma place !

Comme certains le savent, depuis mon voyage en Angleterre, j’ai changé l’organisation de l’espace de ma salle de classe. D’une configuration classique (tables alignées en rangées), je suis passée à la forme de « U », qui a beaucoup changé mon rapport aux élèves : je trouve qu’il est plus facile de quitter les échanges « frontaux » pour aller vers autre chose.

Cette autre chose, je l’ai tenté un jour, sans trop y réfléchir, avec une classe de 4ème. Nous avions commencé à étudier un poème la séance précédente et ils avaient dû finir les quelques questions restantes à la maison. Voilà ce que je leur ai proposé : faire la correction eux-mêmes, sans moi. Pour cela, de quoi avions-nous besoin ? Ils ont décidé tout de suite qu’ils avaient besoin d’un « prof » pour répartir la parole. Plusieurs élèves se sont portés volontaires, j’en ai choisi un, et hop, c’était parti. L’apprenti prof devait :

  • répartir la parole entre les élèves ;
  • veiller à ce que tout le monde écoute ;
  • ne pas hésiter à solliciter ceux qui ne levaient pas la main d’eux-mêmes ;
  • toujours demander à au moins 4 élèves ce qu’ils avaient répondu, afin de confronter les réponses ;
  • ne pas hésiter à relancer, à demander des justifications…

 

Eh bien… Cela a plutôt bien marché ! J’ai dû intervenir à deux reprises pour creuser un peu l’analyse et une fois pour un petit retour au calme, mais globalement, je les ai trouvé très concentrés. Une telle séance serait tout à fait impossible dans une configuration de classe traditionnelle, puisque en rang, les élèves ne voient que des dos, pas des visages.

  • Les avantages :
    • Dans la majorité des cas, ils finissent toujours pas trouver la réponse complète, grâce aux diverses interventions.
    • Ça les obligent à s’écouter et à bâtir une réponse finale commune.
    • S’ils ne sont pas d’accord, ils doivent justifier leur réponse (vive les citations !) et argumenter (initiation pour la classe de 3ème !)
    • Pour l’apprenti prof, c’est un super entraînement pour les oraux, et ça montre que la vie de prof n’est pas de tout repos !

 

  • Les inconvénients :
    • Parfois, aucun élève ne trouve la réponse complète : je suis alors obligée de me manifester pour les guider un peu.
    • Les élèves timides peuvent facilement être oubliés au profit des élèves ultra-volontaires qui ont envie de participer.
    • Le bon déroulé de la séance dépend pas mal du dynamisme de l’apprenti prof : ça marche plus ou moins bien, certains relancent mieux que d’autres, certains sont trop rapides, d’autres trop lents…

 

Après quelques séances de correction réalisées dans cette configuration, avec un apprenti prof différent à chaque fois, voilà mes derniers conseils si vous souhaitez vous lancer :

  • Cela va prendre plus de temps que si c’est vous qui menez la correction, c’est sûr. Cela dit, ils retiennent mieux, donc je pense que c’est gagnant-gagnant. Mais il ne faut pas se lancer là-dedans 10 minutes avant la sonnerie !
  • Réserver ces séances de correction à 3 questions environ (en tout cas, en 4ème !). Veillez simplement à ce que cette séance ne s’éternise pas. Dans l’idéal, ça ne devrait pas durer plus de 20 minutes.
  • Cachez-vous un peu. C’est mieux si les élèves vous oublient. Personnellement, maintenant je me cache derrière… l’ordinateur ! Je prends des notes pendant leurs échanges, quand ils ont tout fini je les vidéo-projette, puis à partir de tout ça on crée une trace écrite commune.
  • Faites leur confiance !
  • N’hésitez pas à utiliser ces séances comme « récompense » : par exemple, j’avais un élève qui avait du mal à attendre que je lui donne la parole pour participer, et qui parlait à tort et à travers. Cet élève était très motivé par le rôle « d’apprenti prof », mais je lui ai dit que en l’état actuel, ça ne pouvait pas fonctionner. À votre avis, qui est-ce qu’il s’est calmé vitesse grand V ? Et qui a fait un super « apprenti prof » ? Gagné.

 

Alors ? Ça vous dit de jouer à l’apprenti prof ?

 

Une chronique de Cécile Thivolle-Cazat

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  2. KHATIB 28 juin 2016

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