La visite du collège

Un rituel de fin d’année

Parmi les rituels de fin d’année au CM2, les incontournables, les grands rendez-vous qui sentent bon la panne de motivation et les grandes vacances imminentes ou presque, il y a les récréations qui rallongent, la préparation de la fête de l’école (« Maîîîîîître c’est obligé d’y participer ? »), la séquence sur la reproduction sexuée et… la visite du collège.

 

Élèves devant un collège

 

Les élèves arrivent dans un rang plutôt présentable et ne font pas trop les malins dans le hall du collège. Je scinde la classe en deux groupes, bon, au hasard, les groupes de niveau en maths, d’un côté les tocards, de l’autre les cadors. Je fais la visite avec les tocards. Que c’est grand, le collège : ils ont l’air bien perdus et, du reste, je le suis aussi mais la visite est organisée par deux troisièmes bientôt sortants et triés sur le volet. Deux ados plus plus et plutôt parfaits, comme on aimerait en avoir chez soi : ils parlent bien, ils connaissent les couloirs comme leur poche et la CPE leur a même confié les clés de la cantine. Plutôt pros, ils nous guident à la découverte de la grande grande école. La cantine, les salles de sport, les salles informatiques. Nous nous incrustons dans un cours d’Histoire puis de maths, salut les anciens élèves vous allez bien ? On me répond oui machinalement, on m’a déjà oublié.

Mais le moment le plus attendu, c’est la visite de la cantine. La responsable (qui est aussi la grand-mère de M. et M. est tout content de nous présenter sa mamie) nous explique les crudités, les légumes, la tranche de pain et qu’on pourra même se resservir de légumes si on a envie. Les estomacs gargouillent et les questions fusent : et si on fait tomber son plateau ? Et si on n’a plus faim ? Et si on mange chez soi ?

Et puis avant de partir il y a le discours de la CPE. Bon, pas super accueillant, un long topo sur la discipline et je trouve ça un peu indigeste parce que les petits CM2 se sont dans l’ensemble bien tenus pendant cette matinée chez les plus grands qu’eux. Pour détendre l’atmosphère, la CPE demande quels sont les élèves qui ont déjà un frère ou une sœur au collège. Quelques doigts se lèvent, on indique les prénoms des aînés, la CPE sourit plus ou moins jaune à leur évocation. Magique, comme d’habitude, M. lève le doigt : « Moi j’ai ma mamie au collège, elle travaille à la cantine ».

Enfin, nous refaisons un rang un peu moins convenable et nous nous dirigeons vers la sortie. À bientôt le collège ! Tout allait bien, mais il y a une altercation entre deux sixièmes au moment de franchir le portail. Enfin, une altercation… ça ressemble plutôt à un combat de kickboxing. Le surveillant a bien du mal à séparer les deux brutes abruties. Je sens le malaise dans le rang. De retour à l’école, j’interroge les élèves : ont-ils encore des questions, voire des angoisses concernant le collège ? Il y a ceux qui ont peur de se perdre, ceux qui redoutent que les professeurs soient trop sévères, ceux qui craignent de ne plus revoir leurs copains. Et puis, fatalement, on me demande si ça arrive souvent, les combats à mains nus à la sortie de l’établissement. Je réponds que non, et je l’espère vraiment.

 

Une chronique de Vincent Papalion

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  1. LE goff 30 juin 2016

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Vous n'êtes pas un bot hein ? *