Plaisirs de rentrée et désillusions

Plaisirs de rentrée, plaisirs du passé et désillusions d’aujourd’hui.

Hmm ! On est le premier soir d’école et il faut couvrir les livres. Cette odeur de plastique revient chaque année, celle du plastique que j’utilise pour couvrir les livres d’école, ou plutôt les manuels scolaires. Pas les miens, ceux de mes enfants. Avant, c’est-à-dire il y a quelques… nombreuses années, c’était ma mère qui le faisait. Avec mes frères et sœurs, nous étions tous réunis dans la cuisine. Là, sur la table, des petits tas de livres, correspondant aux manuels scolaires de chacun. À mon époque, c’était magique : magie d’histoires de français, d’histoires… historiques, de chiffres mathématiques. La soif fraîche d’apprendre, de s’ouvrir au monde, de découvrir des sentiers de savoirs encore inconnus. Alors chaque année, je re-sens cette odeur, odeur de plastique, odeur de rentrée, de manuels neufs ou vraiment déchirés. Mais c’est une impression de nouveau départ que je ressens en même temps. Ma petite madeleine de rentrée à moi.

Et la colle… La colle qu’on avait plaisir à humer. « À mon époque », comme disent mes enfants, on le pouvait, ce n’était pas suspect. Maintenant, un gamin qui sent la colle, ça inquiète, on se méfie. Et parfois, il y a de quoi !

Plaisirs de rentrée et désillusions

À la rentrée, on voit aussi des élèves qui semblent tout neufs. Les parents ont englouti la prime de rentrée dans : un nouveau sac, un nouveau crayon vert, un nouveau crayon rouge, un nouveau crayon bleu, un nouveau crayon noir, une nouvelle règle, une nouvelle gomme, une nouvelle paire de ciseaux, un nouveau correcteur. Une nouvelle paire de chaussures, deux nouveaux pantalons, trois nouveaux pullovers. On croirait presque que c’est un nouvel élève. Mais passées les deux premières heures de cours, on se réveille ! Claude ne sait toujours pas lacer ses chaussures et ne comprend pas que cela peut être dangereux pour lui ET les autres. Jean ne tire toujours pas ses traits à la règle…

J’ai aussi souhaité ce moment de l’année car il y a eu les nombreux programmes de sport depuis le mois de mai. J’avais prévu en faire la liste pour ma chronique et puis j’ai laissé tomber car les rencontres sportives et ses manifestations ont été encore plus nombreuses que je ne le pensais. Entre le tennis, le football, les Jeux Olympiques et tous ceux dont je n’ai pas envie de me souvenir, je me suis dit : « La rentrée sera le symbole de la pause sportive de cette interminable période ». Sauf que ce soir, c’est football à la télé. Comment ai-je pu avoir envie d’être rendue aux matchs de qualification de la France à la coupe du monde de 2018 ? Ouf, ils n’ont pas encore affiché le compte-à-rebours en haut à droite de l’écran.

Alors en effet des fois, pendant ces trop nombreuses semaines, j’ai dit « Vivement la rentrée » !

Mais ces petits signes de renouveau ne vont pas sans quelques désillusions.

Le retour des départs de la maison ! Panique, catastrophe. Encore aujourd’hui on craint de ne pas être à l’heure : déposer le petit chez la nounou, emmener l’autre à la maternelle et le 3e au collège. Mais si…, on y arrivera comme toujours parce qu’on n’a pas le choix. Et c’est peut-être aussi bien comme ça.

Des enfants mal coiffés, tout débraillés, mal lavés. Mais, non, ce ne sont pas les miens. Ce sont parfois mes élèves. Un élève de 6e qui a les restes de son bol de chocolat chaud autour des lèvres… ça ne fait pas très envie. Un autre qui a mis son pullover à l’envers : ça c’est plutôt mignon. Mais on se demande juste pourquoi personne ne le lui a dit avant qu’il ne quitte la maison. Peut-être était-il encore tout seul ce matin et que c’est même lui qui s’est occupé du lever de ses petits frères et sœurs ?!

Le collègue dont vous pensiez qu’il partirait, qu’il aurait sa mut’ dont il rêvait depuis longtemps, et vous encore plus. En fait, il est revenu ! Oui, il est bel et bien là. Toujours un sweat informe ou difforme, ça dépend des jours. C’est aussi lui qui oublie de fermer sa braguette en sortant des toilettes et qui ressort parfois le pantalon maculé de… de ce même endroit. J’oubliais aussi les taches sur son sweat des années 80. On peut savoir ce qu’il a mangé hier soir et avant-hier. Quand il vous parle, vous avez aussi du mal à comprendre ce qu’il dit. Il faut dire qu’il a un sacré ambon point. En même temps, vu ce qu’il engouffre à la cantine et aux pauses en salle des profs, il a l’air d’être difficile de le rassasier. Et quand il vous parle, il a tendance à remonter bien haut son pantalon, comme s’il voulait faire croire (à lui ou aux autres) qu’il a perdu du poids depuis qu’il l’a. Le plus désagréable, c’est quand il fait tomber son crayon parterre : il montre de façon très indélicate sa lune ! Et j’oubliais : il m’a déjà fini un chocolat que j’avais entamé à la pause et que je n’avais pu finir car appelée pour voir un élève ou un parent. Il n’y avait que lui pour faire cela ! Et il l’a fait.

Il y a aussi celui qui a passé son été à se balader : 2 semaines en Angleterre, puis 2 dans les Pyrénées. Ou celle qui a passé 3 semaines au Canada. Toi, tu es juste allée dans la maison de vacances de famille et pour seulement 4 jours. Et encore, ce n’est pas si mal car ton conjoint travaille tout l’été : il est dans le tourisme. Trop cool. Ma période préférée de l’année.

Finalement, on repart pour un tour.

C’est à la fois nouveau et à la fois la même chose. Tout comme la préhistoire, qui après 20 ans d’absence dans les programmes de 6e, fait sa réapparition. De toute façon, on sait qu’un jour elle repartira et puis reviendra ! Pour un autre tour.

Attendons mai 2017 pour en savoir un peu plus.

Plaisirs et désillusions continuent.

Une chronique de Kristen

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