Vive la réforme, mais je fais comment ?

Le changement de programme, c’est la rupture de la monotonie et de la répétition. Alors, la réforme du collège, c’est la promesse que le changement, c’est maintenant ! Oh ! Je suis pas si benêt que cela. Un certain nombre de propositions m’exaspère, pire m’indigne.

Le programme change, je fais comment ?

Mais, encore une fois, soyons positif. Je me suis enfoncé dans les textes ministériels, de manière spiralaire, afin de déterminer quel était le schéma curicullaire recherché. J’ai ici une pensée émue pour Jacqueline, celle qui m’a appris mon métier. Jacqueline, l’inspection la regardait de travers, pensez-vous, elle n’était pas même certifiée…. Mais Jacqueline aimait enseigner, et surtout, savait enseigner.

À chaque réforme, elle venait nous voir et nous demandait timidement de lui traduire la prose. Et, régulièrement, elle éclatait de rire et nous expliquait. Que c’est ce qu’on lui avait demandé de faire dans la réforme x, qu’alors cela s’appelait ainsi. Jacqueline nous disait qu’il n’y avait rien de bien nouveau sous le soleil, si ce n’est des modes et un langage abscons. Elle nous rappelait régulièrement que l’histoire, c’est vivant, que cela parle de l’expérience des parents, des grand-parents. Que cela s’insère dans un espace et un paysage. Que l’histoire doit entrer en résonance avec le vécu des élèves. Aujourd’hui, enfin, l’élève est au centre du dispositif. Il doit être acteur de son apprentissage. Il doit le construire, se l’approprier.

Pour l’aider dans cette rude tâche, il doit fabriquer des objets. Des diaporamas, des livres, des magasines, des vidéos, et plein d’autres objets plus ou moins numériques. Pour l’aider dans sa fabrication du savoir, je suis descendu de mon estrade. Bon, en vrai, mon estrade a été supprimée au nom de l’égal accès des handicapés au collège. Mais c’est une autre histoire…

Maintenant, j’obéis au principe d’Alice Keeler : Ne jamais s’adresser à la classe entière, et à sa variante, ne jamais parler plus de cinq minutes. François Jourde développe ces idées  par ici. Alors j’ai mis à profit mon mois d’août. Entre deux grains de sable, j’ai construit mes séquences. Ici, réaliser un reportage sur le négociant rochelais…. Là, faire un diaporama montrant les différentes facettes de Bangkok et de Mexico. Ou encore, construire une carte mentale illustrant la révolution néolithique.

Catastrophe ! Mes collègues ont également mis à profit la pause pédagogique estivale pour construire diverses séquences à l’aide du numérique. Ils ont fait comme moi. Les copieurs. Comment cela ? Mutualiser les projets, travailler en groupe, co-construire les connaissances, toutes ces pratiques ne sont pas réservées qu’aux élèves ? Mais le problème n’est pas là. Au collège, il n’y a qu’une salle informatique, un ordinateur par salle et par chance, une classe mobile. Avec 28 classes, 26 heures par classe et plus de 50 professeurs, combien d’heures hebdomadaires devant un écran puis-je espérer ? Faut que je construise un EPI avec un prof de math pour trouver la solution.

Bin non. Les profs de math m’ont gentiment expliqué qu’ils devaient enseigner la programmation avec Scratch (ce n’est donc pas un personnage de dessin animé ?) dans tous les niveaux. Donc, il reste très peu de temps.

Une chronique de Philippe Crémieu-Alcan

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2 Comments

  1. Philippe Cremieu-Alcan 13 novembre 2016
  2. Jane 12 novembre 2016

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Vous n'êtes pas un bot hein ? *