J'ai arrêté la trace écrite, c'est grave docteur ?

La trace écrite. Trois mots qui nous ont mené la vie dure. Un passage obligé, une routine, un pensum. Alors, voyons comment ça se passe. On sait au bout de quelques années, on a le chronomètre dans le sang. À 10h40, c’est l’heure de la prise de notes le moment rituel, le silence s’abat sur la classe, les trousses s’ouvrent, les stylos s’échangent, les papiers bruissent, les billes frottent et l’encre coule. Et on passe entre les rangs, l’air satisfait, en regardant le rite s’accomplir. Et demain, à l’heure de l’interrogation orale ou écrite, vous aurez encore un contrôle parfait sur vos ouailles.

J'ai arrêté la trace écrite c'est grave docteur ?

Le contrôle, tout est là. Faire un geste à l’unisson donne l’impression de l’apprentissage. C’est rassurant, ça achète 10 minutes de silence et c’est compréhensible voire salvateur.

Mais on peut aller plus loin.

Il faut abandonner le rituel et se desenvoûter. Renoncer à ce passage obligé.

Les différentes stratégies

Bien loin de moi l’idée de reléguer cahiers et livres au placard pour succomber aux sirènes du modernisme. Mais plutôt, réfléchir aux moyens de rendre le temps passé en classe avec les élèves vraiment efficace, propice à l’apprentissage et à la fixation des savoirs.

Si vous êtes curieux et prêt à découvrir des pistes de réflexion de cette évolution, cet article en anglais est très éclairant.

Il y a notamment en science, une prise de notes en tableaux en vidéo qui est claire avec 5 questions essentielles :

  • Qu’est-ce que crois connaître ?
  • Qu’est-ce que j’ai besoin d’apprendre ?
  • Qu’apprend-on ?
  • Quelles preuves en ai-je ?
  • Quelle est la relation avec le thème étudié ?

La trace écrite en déporté

On peut décider par exemple, pour avoir le silence et l’écoute des élèves, d’utiliser le dictaphone de son téléphone pour dicter la trace écrite. Si les élèves font du bruit, ça ruine le moment. Cela apprend aux élèves à être respectueux, à réfléchir à leurs apprentissages. On sait qu’il faut des pauses dans les cours pour laisser le temps aux jeunes cerveaux d’assimiler les nouvelles informations. C’est ma collègue, professeur de lettres qui m’a parlé de ces moments de pause, d’écoute, de respiration, nécessaires quand il faut faire le point et synthétiser.dictaphone-1549932_960_720

Le travail consiste alors à recopier le fichier audio qu’on a posté sur Pronotes. Dans notre ENT, on peut maintenant joindre des fichiers de dropbox ou google drive. Ça facilite la vie. Pourquoi ne pas demander à un élève de le faire ?

On peut aussi ajouter aussi un quiz avec Pronotes par exemple et ainsi garder la main sur le travail/les devoirs des élèves.

Et pour ceux qui ne peuvent se connecter, ils pourront prendre des notes ou recopier le lendemain sur les cahiers des camarades au moment de l’interrogation orale.

La trace écrite individuelle et personnalisée

En anglais, la trace écrite consiste à regarder un document (pas de vidéo), en l’occurrence la biographie d’un peintre américain, à prendre des notes et à envoyer une photo de son travail.

iIjy5HDu coup, je lis les cahiers avant les cours et peux commenter ou remédier.

Si on a un ENT ou un blog, on peut modérer les commentaires pour qu’ils n’apparaissent pas à toute la classe.

En général, je photocopie le cahier anonyme d’un élève qui devient la leçon.

Vu qu’on se souvient de 90% de ce qu’on fait, fort est à parier que l’élève se souviendra de ce qu’il a écrit et pas passivement recopié.

 

La trace écrite en mode combat

Projeter l’écran de son écran sur des tablettes, PCs, téléphones en direct.

Un petit Freebie en passant, utiliser Swipeto. On envoie un PDF et on le présente. Les élèves peuvent zoomer et consulter la page comme ils le souhaitent. N’importe quel document, page Web simplifiée, Powerpoint (exporter sous PDF) personnel, tant qu’il est en PDF peut être projeté en tant réel. Et c’est le professeur qui garde le contrôle. Chouette.

On réduit l’adresse avec un raccourcisseur d’adresse type Google shortener ou Bit.ly. Les adresses rébarbatives, que l’on oublie dans la seconde, se transforment en petites phrases. En plus, on peut savoir si les élèves ont bien cliqué dessus, et petit à petit notre librairie de documents s’étoffe : journal du travail de l’année.

On peut à défaut imprimer la page et en donner 2 exemplaires par îlot (réduction de photocopies) ;  et on demande aux élèves de transformer l’article d’une page en une prise de notes simplifiée. Un dictionnaire est disponible pour le vocabulaire.

Le cas étudié est celui de Misty Copeland, danseuse étoile qui parle de sa journée. La page web est longue et demanderait du travail pour la réduire et la reproduire.

Voici le document proposé aux élèves avec la marche à suivre du cours.

En seconde, on revoit le présent simple et les habitudes en début d’année, histoire de rassurer les élèves…

4 élèves 4 paragraphes. Les plus avancés, peuvent commenter, ajouter leur opinion. Je prends une photo d’un cahier par îlot qui a été choisi par le capitaine du groupe, après avoir lu les propositions des camarades. (Les cahiers ont tourné et donc chaque élève a pris connaissance de ce que les autres avaient écrit.)

On finit la séance en faisant un exercice de vérification. J’ai aussi fait la trace écrite (oui j’ai fait mes devoirs) mais sous Quizlet et du coup, à partir de leurs notes, ils doivent trouver le début ou la fin de la phrase. C’est la fonction Flashcards que j’utilise qui permet automatiquement de générer jeu, tests et quiz collectifs. Il ne faut pas négliger bien sûr l’effet modélisant de la production, particulièrement nécessaire en début d’année.

En mode « Scatter » les élèves peuvent s’affronter et être le plus rapide à retrouver les paires. L’heure se finit dans l’excitation et avec le sourire quand on découvre les scores et qu’il y a un vainqueur.

C’est fait, on s’est battu pour ma trace écrite. Certains élèves, ayant oublié de s’inscrire, ne voient pas leurs noms sur l’écran alors qu’ils ont été les plus rapides. La frustration est palpable.

On libère les élèves de la nécessité absolue d’écrire en classe et de passer ce temps à interagir, poser des questions, communiquer, questionner. Le temps de la réflexion et de la réécriture sera fait à la maison. Si on y ajoute une possibilité de poser des questions (type commentaires) et d’y répondre, l’élève sera rassuré et prêt à répondre à des questions en classe sans avoir eu conscience d’apprendre sa leçon.

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Quand on a un peu de temps, on peut tenter un Quizlet live. Avec 7 appareils connectés, les équipes se forment et il faut répondre à toutes les questions sans se tromper pour gagner. Les élèves sont placés en groupes, on leur donne un nom d’animal (Cheetah, alligator, panda…) et ils doivent trouver la bonne réponse sur leur tablette. Tout ça c’est chronométré, intensité garantie.

 

Dessins versus prise de notes

Qui ne dessine pas sur un bout de papier au téléphone ? Cette activité anodine, en classe, peut déchaîner la rage de n’importe quel professeur. Déluge de feu, colles et remarques dans le carnet.

Il apparaît que l’étudi8467670527_9167a3d536_zant qui « Dooddle » dessine, accroît sa capacité d’attention mine de rien.

Il y a même des formations pour faire des prises de notes qui reprennent les informations sous forme de dessin. Ceux qui soutiennent cette théorie prétendent qu’il n’est pas nécessaire de savoir dessiner.

Dans cette vidéo qui reprend la prise de notes sous forme de carte mentale, un connecteur enregistre les notes instantanément.

Il faudrait se lancer et laisser les élèves relier mots et images en classe à l’heure de la prise de notes ou tout au long du cours.

La méthode Cornell

Cette méthode semble efficace et bien adaptée quand les élèves doivent prendre beaucoup de notes.

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Il suffit de demander ensuite aux élèves de faire un résumé en bas de page pour le cours suivant.

Trace écrite personnelle, accès à ses notes pendant les contrôles

Tous les jours, on a des élèves qui oublient leurs cahiers, qui empilent les feuilles dans des trieurs mange-tout et qui ne savent jamais s’il y avait un contrôle, un exercice à faire. L’élève désorienté qui surjoue la confusion pour retarder l’évaluation.

En donnant l’accès aux élèves à leurs notes (sur Padlet, Onenote, un Drive) pour faire une évaluation de synthèse rassure et permet d’apprendre aux élèves à gérer leurs prises de notes sur le long terme. Rassurer d’abord puis apprendre aux élèves à voler solo, sans aide textuelle.

En Terminale, imprimer le Padlet des devoirs avec des notes modérées données (c’est à dire invisibles aux autres élèves) a permis aux élèves de faire une production écrite plus poussée en classe sur le thème du rêve américain.

La prise de notes est un compétence négligée au lycée, savoir classer, hiérarchiser, synthétiser mettre en forme, sont des exercices formateurs qui font partie prenante de l’apprentissage de la leçon. Comme l’élève n’est pas limité et prend des notes, sur son brouillon ou directement dans son cahier, ce dernier devient son allié, sa référence et cela devient un outil indispensable en classe et à la maison.

Et mes cahier alors ?

school-161702_960_720Toujours là, toujours noircis, cornés et raturés, témoins du travail de l’élève et non plus serment d’allégeance au professeur qui demande une écriture rituelle à la même heure.

Un petit bout de liberté, une terre d’indépendance, qui se développe au fur et à mesure des progrès de l’élève. Plus de texte sacré, mais un travail personnel reconnu avant la mise en commun.

 

 

Une chronique d’Amélie Silvert

Commentaires

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4 Comments

  1. Myriam HERZOG 14 octobre 2016
  2. Sophie 10 octobre 2016
  3. Marie-Hélène 4 octobre 2016

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Vous n'êtes pas un bot hein ? *