Des tutos pour les pédagos ?

Formation des profs

L’explosion des tutos et des articles DoItYourself le montre bien, on utilise de plus en plus Internet pour apprendre à faire les choses soi-même et monter en compétences. Livrés par des internautes ou par des entreprises, les tutoriels fleurissent pour le jardinage, le bricolage, la cuisine ou la couture. Coudre une trousse, piéger des taupes, monter un dressing ou détacher un tapis, on pioche dans ce réservoir les pratiques et astuces utiles au quotidien. Cette tendance est forte puisque la moitié des internautes français y aurait recours, d’après un reportage de France2.

 

tutos

Ces tutos sont même devenus un vrai business pour quelques Youtubeurs et Youtubeuses spécialisés. Dans le domaine de l’éducation, on n’a pas attendu cette frénésie pour se lancer dans la formation à distance. Déjà en 2010, le CNDP avait estampillé des ressources sous le titre « Tenue de classe » et certains se souviendront peut-être du salvateur doigt sur la table pour imposer l’autorité professorale.

Les MOOC

Plutôt raillé par la profession, ce genre d’initiatives formatives a laissé la place à des témoignages moins exposés et surtout aux MOOC. Apparus en 2008, les cours en ligne ouverts et massifs (MOOC en anglais) ont explosé dans les universités nord-américaines en 2012. Un an après, la France se lançait elle aussi dans l’aventure avec FUN (pour France Université Numérique), issue du Ministère de l’Education nationale. Rapidement, les MOOC s’articulent autour…

  • de courtes vidéos appelées capsules où un formateur fait face à la caméra,
  • de quiz et activités pour se tester,
  • d’une session avec un début et une fin,
  • d’un forum ou espace dédié sur les réseaux sociaux pour échanger.

Curieux de tester ce format d’apprentissage, je me suis inscrit rapidement sur la plateforme FUN pour un MOOC intitulé « La Première Guerre mondiale expliquée à travers ses archives ». Mais ce style de MOOC demande une rigueur et un investissement que je n’ai pas forcément en ce moment. J’aime grappiller librement des idées de-ci, de-là et je trouve l’itinéraire d’un MOOC fastidieux à tenir pour un enseignant en activité. Cette semaine, je viens de m’inscrire au MOOC « Éducation aux médias et à l’information à l’ère du numérique », où plusieurs niveaux d’engagement sont possibles (1. simplement suivre les vidéos et faire quelques travaux ; 2. réaliser l’ensemble des activités proposées ; 3. élaborer un projet et le mener jusqu’au bout).

Les SPOC

Si, comme moi, les MOOC vous paraissent chronophages et contraignants, sachez que d’autres formats d’apprentissage en ligne se développent. Dérivés des MOOC, les SPOC (formation en ligne à effectif réduit) proposent un plan de travail avec la réalisation d’exercices pratiques et de travaux collaboratifs, comme l’explique cette vidéo.

Le format des SPOC, plus pratique et collaboratif, montre qu’une réflexion sur le digital learning est en cours. Pour les collègues engagés dans la réforme du collège, qui refondent en ce moment la plupart de leurs cours et parfois leurs pratiques, il est impossible de tout mener de front, et ils préféreront grappiller des idées plutôt que de suivre une formation sur [email protected] Si certains font machinalement ce butinage pédagogique en surfant sur Twitter ou Facebook, d’autres ont besoin qu’on leur mette le pied à l’étrier. La question de la formation en ligne des enseignants pose donc celle du format des MOOC, SPOC ou autres tutos. Proposer des postures ou des outils faciles à prendre en main, tout en montrant leurs usages en classe, est une véritable attente.

Le « Comment faire ? », cette question à laquelle répondent en quelques minutes les tutos en vogue actuellement, est un angle de formation privilégié pour des enseignants de plus en plus sollicités. À titre personnel, nombre d’enseignants ont investi ce champ en proposant des capsules vidéos (de cours ou de méthodologie), offrant ainsi de précieuses ressources à leurs élèves, et aussi à leurs collègues. Éparpillés sur le net, ces travaux de professeurs peuvent être mal référencés. Eduscol pourrait mieux répertorier et valoriser plus souvent ce travail : cela commence à être fait. Avec ou sans vernis institutionnel, les tutos de pédagos ont un avenir où le meilleur et le pire se mêleront. Mais pour faire classe, il ne suffit pas de lire la recette, et la volonté d’expérimenter sera toujours plus efficace que le prêt-à-enseigner.

Une chronique d’Emmanuel Grange

 

 

Commentaires

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2 Comments

  1. Emmanuel GRANGE 21 novembre 2016
  2. Violette 21 novembre 2016

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