Aménager sa salle pour faire progresser tous les élèves

Du tableau noir au tableau blanc

Lorsque l’on regarde des estampes du Moyen Âge consacrées à l’école, une chose est frappante : en 800 ans, on a juste ajouté une table et des chaises à l’école ! Depuis Doisneau, rien n’a véritablement changé, et l’on peut faire le même cliché aujourd’hui. Je laisse aux sociologues le soin de penser cette bizarrerie.

amenagement-classe

Pourtant, la manière d’enseigner préconisée par les inspecteurs et la hiérarchie de l’Éducation nationale est bien différente. Bien plus, les nouveaux usages, classe inversée, AP, EPI, exposés, toutes ces pratiques que l’on veut développer, imposent une nouvelle utilisation de l’espace. Or, ces dernières années, la principale transformation de cet espace a consisté dans le remplacement du tableau noir par un tableau blanc, la suppression du rétroprojecteur et des diapos au profit ’un vidéoprojecteur. Un ordinateur vient compléter cet ensemble. Autrement dit, on a troqué le document papier ou diapo par un diaporama, le stylet a remplacé la craie dans le cadre des VPI et autres Tableau Blanc Interactif.

 

L’individualisation des tâches, parfois demandée aux élèves, les amène à investir différemment l’espace classe. Spontanément, certains s’assoient par terre, au prétexte d’être plus près de la prise pour recharger la tablette. Aussi, un grand tapis, des coussins à jeter dans un coin…

 

Cela me rappelle les classes de maternelles : un espace modulé en fonction des différentes activités ou des différents temps de la journée. Et quand on passe à l’école élémentaire : terminé ! Assis derrière un bureau, toute la journée, avec le prof en face. Une forme de régulation, d’ordonnancement de l’espace, qui peut sembler carcérale au premier abord. Ce qui est intéressant, c’est de regarder la galerie photos rassemblée par ce site : dans le monde entier, la même déclinaison, avec de subtiles variations de hauteur, de densité. Éplucher les cinq premières pages de Google n’amène aucun infléchissement du modèle mis en place : l’aménagement de classe concerne essentiellement la maternelle et, éventuellement, l’élémentaire. Ensuite, place à l’ordre quasi régimentaire de la classe.

En U ou en îlots

Bien sûr, je sais les modes actuelles… à la classe traditionnelle où professeur et élèves s’affrontent frontalement a succédé la classe en U où les élèves, se regardant, participent à la création d’un dialogue, en anglais, espagnol ou allemand principalement. Et depuis deux ou trois ans, la classe en îlots, forcément bonifiée. Ici, on n’envisage finalement pas une révolution. Le professeur est toujours au centre de l’arène, les îlots ne servent que pour proposer des activités en fonction du niveau des élèves (je sais, je simplifie à outrance).

 

Je cherche à rompre drastiquement avec ces modèles et mettre en place un plateau multifonctions, éminemment flexible et bon marché, parce que je ne me leurre pas : il n’y a pas d’argent ! Parce que, s’il y a des moyens, alors je veux des chaises à roulettes ! C’est la classe mobile et modulable par excellence, puisqu’on passe très rapidement d’une configuration en îlots à une configuration en grand groupe ou en demi-groupe. On peut en voir un exemple sur ce site.

Aménager à moindres frais

Aménager sa classe, cela peut être très simple. Un tableau mobile, le paperboard d’autrefois, à la disposition d’un groupe. Le tableau principal, avec le vidéo-projecteur restant au centre, pour l’ensemble de la classe. De même, un panneau d’affichage pour exposer des travaux ou des consignes, des conseils. Un coin bas, table basse et tapis. Le long d’un mur, une bibliothèque avec des ressources à disposition de la classe. Au moins deux ordinateurs pour répondre aux besoins des élèves.

 

Les 15 tables réglementaires sont rassemblées pour former des îlots. L’idéal tourne autour de 6 ou 7. Plus et le travail est atomisé, moins et les groupes, trop grands, ne favorisent plus les échanges et pis, permettent à certains de se reposer. En tout état de cause, il faut, en ’absence de matériel dédié, bénéficier d’un grand espace. L’autre souci est de devoir repenser tout le mode de fonctionnement du groupe classe. Faut-il que tous le monde ait la même leçon ? Faut-il individualiser le travail ? Et jusqu’à quel point ? Et l’évaluation ?

 

Lorsqu’on a franchi le pas, la première impression est déroutante car le professeur n’est plus le centre de l’attention générale. Très vite, cette vision angoissante est remplacée par autre chose, plus subtil : des élèves échangent, du travail se fait en commun. Bon, il y a aussi plus de bruit et quelques bavardages… mais le professeur peut tourner entre les groupes, donner des conseils, débloquer des situations, observer des élèves se lancer dans la remédiation. La classe bourdonne, parfois elle devient bruyante, mais il se passe quelque chose, vous dis-je…

 

Et vous ? Avez-vous vous franchi le Rubicon ? Êtes-vous toujours dans l’expectative (comme moi, finalement) ? Faites-nous part de vos réflexions.

Une chronique de Philippe Crémieu-Alcan

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4 Comments

  1. Crémieu-Alcan 29 novembre 2016
  2. violette eric 29 novembre 2016
  3. Crémieu-Alcan 29 novembre 2016
  4. violette eric 29 novembre 2016

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