Le goûter d’anniversaire

La table du puni

La grande table au fond de ma classe de CP sert généralement à la peinture ou aux petits groupes, quand il me prend l’idée folle de faire de la manipulation, et que cette idée folle coïncide avec une journée où le reste de la classe a décidé de travailler en autonomie, donc en silence. Ça n’a pas été si fréquent.

anniversaire

Ces derniers temps, assis derrière cette table, l’air contrit mais pas trop quand même, nous avons surtout vu R., le copain du CE1. Celui qui terrorise les CM2 dans les toilettes et qui tape la maîtresse. Non mais, pour de vrai. Or la fantaisie m’a pris de lui dire ses quatre vérités le jour de rentrée et, depuis, il m’obéit. Je n’écris pas ça pour me vanter : je me suis fait manger par quelques élèves dans ma carrière, et il m’est arrivé moi aussi d’en envoyer chez les collègues, pour ne pas craquer. Bon, celui-ci, il se trouve qu’il n’est calme que chez moi. Alors je l’accueille.

 

Je lui nettoie les bronches, bien sûr, il se met à pleurer, c’est toujours embêtant, et en même temps, fallait pas taper un CM2 dans les toilettes. Il est arrivé avec une punition, très nulle : un exercice qu’il n’arrive pas à faire ; je lui dis de suivre la séance du CP, du coup, il est content. Et puis nous fêtons l’anniversaire de I.

C’est très politiquement incorrect et particulièrement régressif, un anniversaire en CP : allez les enfants, gélatine et huile de palme pour tout le monde ! La vue du Fanta m’incommode. Mais I. sourit, et c’est déjà ça. C’est sa maman qui a apporté tout ce sucre. Elle l’a apporté hier, mais elle n’avait pas pensé aux verres en plastique ; je lui ai dit « alors plutôt demain », donc aujourd’hui, mais toujours pas de verres en plastique. À midi, je suis allé acheter des verres en plastique.

C’est ton anniversaire… et pas celui de R. ?

Alors que j’incite les enfants à boire de l’eau plutôt que du Fanta, R. lève le doigt. Que me veut-il, l’impudent ? Si c’est aller aux toilettes, ou prendre un livre, ou demander un verre en plastique, il va être reçu. Je ne vais quand même pas donner une part de gâteau à un élève qui vient purger sa peine.

« Maître, moi aussi c’est mon anniversaire. »

Il fait une drôle de tête, mon R., ce n’est pas sa tête normale. Je suis un peu embêté, il m’assure pourtant que son anniversaire, c’est bien le 25 novembre. Je lui demande si c’est le 25 novembre chaque année, pour rire ; je ris tout seul. J’explique à R. que je vérifierai l’information à l’aide de la fiche de renseignements, et qu’il n’a pas intérêt à me mentir dans le but d’avoir du gâteau, mais notre invité est catégorique. Du coup je l’associe à la fête avec l’accord d’I. et, puisque nous avons chanté « Joyeux anniversaire » pour la petite fille trop sage, nous chantons aussi pour la petite brute égoïste du CE1.

Je crois que je n’ai jamais vu un élève faire cette tête. Il n’en revient pas, il est très mal à l’aise. Il observe attentivement mes élèves qui chantent en le regardant, je me demande si on lui a déjà fêté son anniversaire.

Je suis moi aussi dans mes petits souliers : ma collègue m’envoie un élève qui a passé sa journée à mettre le bazar, et je lui chante « Joyeux anniversaire ».

Un petit élève me demande si on peut la lui chanter en anglais. Je lui réponds qu’il ne faut peut-être pas exagérer.

 

J’ai vérifié : R. est né le 25 novembre 2008.

 

Une chronique de Papa Lion

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  1. Lacuve 5 décembre 2016

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