L’intervenant musique

Le mystère Ruy

Nous avons un intervenant musique extraordinaire. Il vient d’un autre quartier, ça c’est sûr, et d’une autre planète probablement. Son prénom est Ruy. Il a deux frères : Victor et Hugo. Des fois, je me demande s’il ne se fout pas un peu de moi.

accordeon

Lorsqu’il a fait sa toute première apparition dans ma classe de CP, les enfants se sont doutés que quelque chose d’extraordinaire ne tarderait pas à se produire. Il y a des gens comme ça qui portent une sorte de mystère et qui font envie, et qu’on a envie d’écouter. Ruy portait tout cela ainsi qu’un accordéon qui devait y être pour beaucoup. En tout cas la phase de séduction a été brève : Ruy, les élèves l’ont adopté dès son entrée sur scène.

Se présenter en rythme

Mais il a préféré à l’accordéon un petit tambourin qui lui a servi à faire les présentations. Il a tapé les syllabes : « Je me prénomme Ruy », avant de tendre le tambourin aux enfants, afin que chacun décline son identité.

« Je m’appelle Zayed.

– Je m’appelle Chérahazade.

– Je m’appelle Mohamed-Amine. »

Etc.

Les élèves ont tous à peu près convenablement tapé les syllabes sur le tambourin, pourtant Ruy grimaçait. Il leur a dit :

« C’est bien, mais vous allez recommencer. Parce qu’on ne s’appelle pas. On se prénomme. Allons-y.

– Je me prénomme Zayed…

– Je me prénomme Chérahazade… »

Etc.

Enfin satisfait, Ruy a posé son regard sur ma guitare. Je n’avais qu’à la ranger. Il m’a encouragé au contraire : c’est bien d’accompagner les élèves ! Alors nous avons été contraints de montrer à Ruy ce que nous avions appris à chanter ensemble. Nous nous sommes lancés dans la « Chanson de l’Escargot » ou « Le Petit Indien » ou « Le lion est mort ce soir », je ne me souviens plus très bien, en tout cas le maître de chant a eu la délicatesse de ne pas nous interrompre. « C’est bien » a-t-il simplement dit lorsque nous avons fini notre interprétation. Il ne m’a plus jamais reparlé de ma guitare.

La magie de l’accordéon

Lui, Ruy, il joue de l’accordéon. Et ça, c’est magique. Mes élèves chantent juste et fort. Moi, je savoure. Il arrive à Ruy d’animer le soufflet de son accordéon à vide, juste pour faire revenir le silence. C’est instantané. Un mardi, il m’a dit que je devrais me mettre à l’accordéon. Je crois qu’il se foutait encore un peu de moi.

Un autre mardi, la séance ayant touché à sa fin et alors que Ruy rangeait son instrument, j’ai dit à mes élèves « Les enfants, c’est la récréation. Rangez-vous en rang. » Je me suis tourné vers Ruy et lui ai demandé : « Ce n’est pas un pléonasme, ça, se ranger en rang ? » La réponse de Ruy a été d’autant plus magique qu’il l’a formulée sur un ton anodin, comme pour ne pas me froisser, et comme on trouve qu’il fait froid ou que vivement les vacances : « Vincent, si ce n’est pas un pléonasme, c’est au moins une lapalissade. »

Chaque mardi matin depuis deux mois, la magie opère. L’accordéon accompagne le chant des enfants, ça vocalise, ça poétise. Et moi, j’admire l’artiste.

Une chronique de Papa Lion

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2 Comments

  1. Vincent 16 janvier 2017
  2. maikresse72 16 janvier 2017

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Vous n'êtes pas un bot hein ? *