Les filles sont nulles en maths

Une conférence qui chamboule ma vision du monde

C’est en substance le titre de la conférence menée par Pascal Huguet dont je voulais vous parler (en fait le titre plus sérieux est « Stéréotype de genre et performances intellectuelles »… mais avouez-le, vous n’auriez pas lu !).

filles-maths

Bien sûr, je devrais être habitué – notre association (celle des Professeurs de Biologie Géologie : l’APBG ) organise chaque année 2 jours et demi de conférences en lien avec différents organismes de recherche et à chaque fois, c’est la même chose :

ma vision des sciences, et donc du monde, est chamboulée.

Les progrès scientifiques bousculent les savoirs bien établis et donc la façon de penser : bref une belle leçon d’humilité pour le « maître » et une bonne bouffée d’air frais pour le « scientifique ».

Mais je m’égare, revenons à nos détentrices de deux chromosomes X (cas le plus fréquent chez nos « sujettes ») et leurs difficultés présupposées en mathématiques.

C’est une telle évidence qu’une célèbre poupée américaine avait été conçue pour s’exclamer : « math is hard » : curieuse idée pour une poupée !!! (Rassurez-vous, elle a été retirée du commerce.)

Je ne parle pas non plus des places de parking spécialement réservées aux femmes en Corée (c’est là!) (Loin des obstacles comme les poteaux et plus larges pour manœuvrer… et bien sûr : en rose.)

Bon après tout, les enquêtes PISA le montrent : les résultats des garçons sont supérieurs à ceux des filles en maths, notamment dans tout ce qui relève de la vision spatiale.

Les tests de sélection des grandes écoles le confirment et que dire de l’histoire des sciences où les hommes se taillent une place royale.

Oui mais…

Et si tout n’était pas si simple ?

Et si notre vision n’avait de scientifique que l’aspect, une accumulation de données mal interprétées et aux conclusions subjectives ?

Comment expliquer alors de telles différences…

Eh bien pour cela il faut changer l’angle de vue et reconsidérer nos certitudes : et si les filles avaient, tout simplement « un obstacle supplémentaire à surmonter » ?

Pour le mettre en évidence, des expériences ont alors été menées : l’idée principale est de changer le contexte des tests, d’en éliminer les enjeux et la tension. Tout simplement, il suffit de faire passer cela pour un jeu.

Que montrent alors les résultats ?

L’hypothèse semble se confirmer et les résultats des filles ne présentent plus de différence avec ceux des garçons.

Les expériences sont reproduites alors avec des figures en 3D qu’il faut faire pivoter mentalement (une épreuve où habituellement les garçons « écrasent » les filles). Les conclusions sont identiques : aucune différence entre garçon et fille.

« Mais, chez les garçons, observe-t-on de tels mécanismes ? » vous demandez-vous peut-être ?

Les expériences sont alors reconduites avec une compétence qui habituellement montre un avantage très net pour les filles : la lecture (j’en frémis d’avance).

C’est encore les mêmes observations : lorsque l’on sort du test classique pour le faire passer pour un jeu, les résultats ne montrent aucune différence entre garçons et filles.

Pour résumer, il semble donc que chez les filles (pour l’aspect mathématiques), il existe des mécanismes qui entraînent une moindre efficacité que les garçons (par exemple en générant du stress), qui eux, ne sont pas affectés.

Comment l’expliquer ?

L’hypothèse actuelle serait que le fait d’être comparées aux garçons sur un test en mathématiques créerait une pression supplémentaire chez les filles, qui de manière inconsciente s’estiment moins performantes dans ce domaine que leurs congénères masculins.

De tels mécanismes sont déjà bien connus dans le cas par exemple des seniors qui subissent des tests d’évaluation des symptômes de l’Alzheimer . On sait que le simple fait de se sentir évalué pousse les sujets à présenter des signes de la maladie responsable de 30 % de faux diagnostics positifs.

Pourtant, il y a des filles qui réussissent en maths ! Seraient-elles alors « insensibles » au stéréotype ? Auraient-elles surmonté « l’obstacle supplémentaire » ?

Pour le vérifier, les expériences sont reproduites avec des filles de classes préparatoires ou d’écoles d’ingénieur et les résultats montrent encore que lorsqu’on les place en conditions de test classique, l’avantage est aux garçons et quand le contexte n’est plus à la comparaison, les résultats sont identiques.

Ces mécanismes, comme le montrent les études par IRM, seraient liés à des mécanismes nerveux très ancrés (c’est là!), à tel point qu’ils sont quasiment de l’ordre du réflexe stéréotypé, aussi bien chez les filles qui se sentent fragiles dans ce domaine (ce qui génère stress et colère), que chez les garçons qui acceptent cette donnée comme une loi naturelle (qui ressentent comme une anomalie une égalité sur les capacités mathématiques entre garçons et filles).

En conclusion, il n’existe pas de différence dans les facultés en mathématiques des garçons et des filles, mais bien sûr il existe dans les deux sexes des très bons et d’autres plus en difficulté, mais ces proportions sont identiques.

De plus, le contexte culturel semble à l’origine de ces mécanismes en renforçant petit à petit ces stéréotypes et, pour balayer devant ma porte, il faut bien reconnaître que dans les livres de sciences, 90 % des « figures » présentées sont des hommes…

Il reste à vérifier si dans d’autres cultures plus « égalitaires », voire matriarcales, ces obstacles supplémentaires sont absents ou différents chez les filles.

Alors évidemment, cette conférence met en lumière plusieurs choses :

-une inégalité entre sexes en mathématiques totalement artificielle. C’est clairement un stéréotype.

-cette inégalité est injustifiée alors que cette matière même est un élément de sélection important des élites dans notre société.

-cette inégalité fictive tend à justifier la « suprématie des hommes ».

Mais elle nous interroge aussi sur nos pratiques, bien au-delà des stéréotypes de genres.

-Créer une situation de test et de comparaison entre chacun, c’est biaiser les conditions pour les élèves qui se sentent « fragiles » sur une compétence ou un domaine considéré.

-Et alors qu’évalue-t-on ? Des compétences réelles ou des compétences altérées par un « obstacle supplémentaire » ?

-Notre système d’évaluation est-il un bon système, lui qui tend à évaluer par des notes qui favorisent un classement au sein de nos classes et la comparaison entre chacun ? Ne renforce-t-il pas plutôt les stéréotypes ? N’enferme-t-il pas plutôt l’élève dans des « certitudes » dont il est difficile de l’extraire (« Je suis nul en sciences. », « En langues j’y comprends jamais rien. »,  « Pas la peine d’essayer, je n’y arrive jamais… »).

-Comment évaluer efficacement sans créer ces conditions qui font immanquablement basculer dans ces considérations ?…

Une chronique de Damien Thomas (bien content d’être un homme… mais bien content qu’il y ait des femmes, même si elles sont meilleures que moi en maths).

PS : la preuve que j’y étais, aux journées de l’APBG!!!-> c’est là

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  1. Crémieu-Alcan 25 janvier 2017
  2. THOMAS 25 janvier 2017
  3. Crémieu-Alcan 25 janvier 2017

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