Coopérons, mutualisons…

Un pour tous, tous pour un !

Collaborer, coopérer, mutualiser. Voilà de nouvelles compétences transversales inscrites dans les programmes, à mettre en œuvre dans les classes, à inculquer à nos élèves pour favoriser un meilleur vivre ensemble et en faire des citoyens éclairés. Apprendre et travailler en commun, élaborer et produire à plusieurs, prendre part à une tâche collective, mettre à disposition des autres ses compétences et connaissances, organiser un travail dans le cadre d’un groupe et se compléter, s’enrichir mutuellement et se répartir des tâches, manipuler des outils numériques et aboutir à des réalisations collectives. Alléchant, non ?

cooperer

Cela suppose de discuter, s’expliquer, confronter ses représentations, argumenter pour défendre des choix, réfléchir et débattre. Les valeurs d’entraide et de solidarité sont de fait mises en avant. Cela engendre stimulations et engouements mais aussi crispations et tensions. De la difficulté de travailler ensemble. Mais au fait, qu’en est-il côté adultes ? Ne sommes-nous pas en mode « faites ce que je dis mais surtout pas ce que je fais » ? Pourquoi au quotidien est-il si compliqué de coopérer et d’harmoniser au sein d’un même établissement, au sein d’une même équipe, au sein d’une même matière ?

Internet, mutualisation ou individualisme ?

D’un côté Internet. Les plateformes collaboratives se multiplient. Les sites académiques s’étoffent au gré des nouveaux programmes. Les blogs naissent, perdurent ou tombent rapidement en désuétude. Les capsules vidéo inondent la toile. Bref, les ressources foisonnent. On trouve tout. Des séquences entières ou des séances clés en main, des évaluations et des diaporamas, des extraits vidéo et des quiz. Un tri d’ailleurs s’impose. Les collègues déposent ou prennent, échangent et commentent, cherchent des idées pour faire bouger leurs pratiques. Une belle bouffée d’oxygène pour celui qui vit géographiquement dans un angle mort du territoire ou qui est définitivement solitaire et asocial. Mais alors, cette abondance de ressources incite-t-elle à collaborer et à partager ou nous conforte-t-elle plutôt dans une attitude consumériste ? Internet ne nous pousse-t-il pas à davantage d’individualisme ? Dans la mesure où on trouve tout en quelques clics, pourquoi se concerter des heures durant avec son collègue de la salle d’en face ?

De la difficulté de coopérer et de mutualiser au quotidien

De l’autre côté, la réalité sur le terrain. Au quotidien, le travail collectif est rare, non ? Il se fait généralement sous la contrainte d’un examen blanc, d’un devoir commun à préparer ou d’un EPI imposé, éventuellement d’une sortie à organiser. Quand il est spontané, il repose sur des affinités entre un ou deux collègues. Le plus souvent, nous sommes seuls dans nos classes face à nos élèves, porte fermée, sauf les jours de forte chaleur, question de survie. Nous sommes seuls à corriger nos copies. Nous sommes seuls à préparer nos cours. Impossible d’utiliser la séquence faite par quelqu’un d’autre ? Plus facile de discuter sur un forum qu’avec le collègue de la salle d’à côté ? Pourquoi ?

C’est vrai que la structure ne facilite pas l’échange et le travail collaboratif. Difficile parfois de trouver des créneaux dans des emplois du temps qui ne comptabilisent que les heures de cours sans prévoir de moments de concertation. Pas d’heures de libre communes si ce n’est le repas de midi pris sur le pouce. Pas simple non plus de dénicher un espace de travail calme en dehors de la salle des profs et de l’agitation de la machine à café. Le manque de temps donc ou l’impression de gaspiller ce temps si précieux. Discuter, confronter, réfléchir à plusieurs fait perdre en efficacité et en rapidité. La richesse de l’échange pourtant, la plus-value du regard croisé sont incalculables. Mais il y a aussi la peur d’être jugé par un pair de la même matière. Fierté mal placée, dommage. Il est parfois plus facile du coup d’échanger et de monter des projets avec des collègues d’autres disciplines. On est complémentaires et pas en concurrence.Et puis il y a l’hétérogénéité des équipes. Elles sont de plus en plus mouvantes. Pas simple de travailler de façon pérenne avec des collègues TZR, des contractuels éphémères, des compléments de service courant d’air, des derniers arrivés qui craignent pour leur poste et des anciens en place depuis longtemps qui aspirent à bouger ou au contraire à ne surtout rien changer. Il faut du temps pour collaborer et trouver un rythme. Se caler sur les autres est contraignant. S’adapter est nécessaire. Certains anticipent, d’autres préparent au dernier moment. On ne peut pas collaborer avec tout le monde, c’est clair. Avec certains, c’est épidermique. Cela dépend du nombre en plus. À trois, ça va ; à dix, ça se complique. Ça se corse par ailleurs si on ne partage pas la même vision de l’enseignement, si on n’est pas un minimum en phase sur les méthodes d’apprentissage. Comment faire coopérer l’adepte du cours magistral et l’inconditionnel de la classe inversée ? Comment travailler en équipe quand l’un suit imperturbablement le plan du manuel, que l’autre travaille toujours avec l’ancien programme et que le dernier, à l’affût de toute innovation pédagogique, brandit à tout va le socle commun, ce qui fait fulminer le premier et agace le second ? Que répondre à ceux qui refusent d’harmoniser au nom de leur sacro-sainte liberté pédagogique ? Elle est essentielle et ce métier offre une grande liberté, on l’oublie parfois. Mais faut-il pour autant en son nom refuser tout échange et tout regard extérieur ?

Bref, un minimum de bonne volonté et d’envie sont indispensables pour travailler ensemble, non ? Et vous, vous êtes plutôt Internet ou échanges en direct ?!

Une chronique d’Agnès Pleutin

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