Non, les profs ne radotent pas !

FDP et fière de l’être

En tant que FDP (Fille De Prof), j’ai subi dans les grandes largeurs une grooooooosse déformation professionnelle de mes parents : leur capacité démesurée non seulement à parler tout seuls parfois mais aussi à râbacher, répéter, ressasser, bref à radoter, jusqu’à en gaver leur auditoire (moi, en l’occurrence).

radoter

MAIS

Maintenant que je suis devenue enseignante à mon tour, je ne peux que m’insurger quand j’entends dire que l’enseignement est un métier de la répétition. Car NON, NON et NON, les profs ne radotent pas :

… Ils s’assurent JUSTE que leurs élèves aient un cadre stable et cohérent.

Ce serait dommage qu’un napprenant de CM2 puisse avoir le moindre doute sur le fait que oui, comme chacun des travaux qu’il a été amené à rendre depuis le début de sa scolarité, il doit bien écrire son prénom afin de le rendre identifiable.

 

… Ils font JUSTE en sorte de former ceux de leurs élèves qui deviendront profs et de leur assurer un réservoir de phrases-types.

Ce serait dommage qu’un bébé-prof ne puisse pas reproduire dès son tout premier jour de classe des phrases qu’il a entendues et réentendues étant élève : « Chuuuut, je vous trouve bien excités cet après-midi, qu’est-ce qui vous arrive ? », « Mais vous ne savez plus vous mettre en rang ou quoi ? », « On LÈVE la main ! » etc.

 

… Ils savent JUSTE jouer sur les subtilités de la langue pour faire découvrir à leurs élèves les différents registres de langue.

Ce serait dommage que les élèves ne découvrent pas en classe que les registres de langue permettent d’énoncer un même message de façon différente : « Chuuuut, un peu de silence je vous prie. », « Si je vous empêche de parler, dites-le moi hein ? », « Et taisez-vous maintenant ! », « Mais vous allez fermer vos gueules bordel !!! »…

 

… Ils ont JUSTE à cœur de s’assurer que chaque élève ait eu l’occasion d’écouter la consigne au moins une fois. Même si pour cela il peut falloir du temps. Beauuuuuuuuuuuuuuuuuuucoup de temps…

Ce serait dommage de ne pas différencier en fonction de la capacité volonté des apprenants d’écouter les consignes qui leur sont données.

En voici une petite illustration :

 

Étape 1

 

Vous prenez une feuille de classeur, vous écrivez la date du jour qui est écrite au tableau et « Dictée ».

–       On va faire quoi Madame ?

–       Est-ce qu’on écrit la date ?

–       Il faut sortir les cahiers du jour ?

–       On écrit dans quelle couleur ?

 

Étape 2

 

Je répète : vous prenez votre feuille de classeur, vous écrivez la date du jour et « Dictée » comme nous faisons tous les matins. Rien de nouveau…

 

–       Madame, j’ai pas mon cahier du jour !

–       On va faire une dictée ?

–       Faut prendre une feuille de classeur ?

–       Il faut écrire la date en entier ?

 

 

Étape 3

 

C’est bon pour tout le monde ? Vous avez écrit la date du jour et « Dictée » sur votre feuille de classeur ? On va commenc…

 

–       Mais Madame, vous n’avez pas dit que c’était sur une feuille de classeur !

–       C’est quoi la date du jour ?

–       C’est grave si je n’ai pas écrit « Dictée » ?

–       On est mardi ?

 

[…]

 

Étape 784

 

Allez je commence à vous lire les mots de la dictée !

 

Attendez Madame, je savais pas que c’est maintenant qu’on faisait la dictée, j’ai pas sorti mon cahier !

 

…Et vous, quel radoteur prof-aux-capacités-de-répéter-inlassablement êtes-vous ?

 

Une chronique de Sophie Pouille

Professeur des écoles stagiaire, vous pouvez suivre ma découverte du plus beau métier du monde du métier de prof sur mon blog, sur ma page Facebook et (plus rarement) sur Twitter.

Commentaires

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5 Comments

  1. DAVAL jacques 27 mars 2017
    • Sophie Pouille 27 mars 2017
  2. Marie Louise 27 mars 2017
    • Mikouil 27 mars 2017
    • Sophie Pouille 27 mars 2017

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