Mais où sont les neiges d’antan ?

Nostalgie

À l’heure matutinale où le merle commence sa ritournelle et annonce les jours qui rallongent, il me vient comme une nostalgie…

nostalgie

Une nostalgie de l’odeur de la craie et du tableau vert. Quand il fallait inventer une forme d’écriture particulière pour être lisible. Quand il fallait savoir organiser son tableau en fonction des trois parties, plus celle de derrière. Un vrai Jack-in-the-box, le panneau arrière ! Une carte patiemment dessinée que l’on garde une semaine ? L’interro-surprise que l’on réserve pour les dix dernières minutes ? La zone cahier de texte ?

Une nostalgie du temps d’avant. Un rapport au temps mesuré qui a rejoint la comtoise et les plumes Sergent-Major. Je suis certain que cette mesure du temps n’existe plus, qu’elle a disparu. Quel temps me direz-vous ? Celui que l’on partageait avec une classe. La porte fermée, les fenêtres ouvrant sur le ciel. Rien n’avait plus d’importance que ce temps clos, parfois long, parfois mutin, quelquefois houleux. Parfois, une alchimie se créait avec la classe. Un bonheur commun. Bien entendu, il arrive encore. Mais tellement différent. Car tous alors, nous n’avions pas d’autres horizons que ce temps immobile. Pas de sms, pas de réseaux sociaux, pas de parents qui appellent pour résorber leurs  angoisses, pas de réunions pour une quelconque paperasserie administrative, du contrat d’objectif au projet particulier de je-sais-plus-trop quoi ?

Une nostalgie de l’attention et de la concentration d’avant. Quand on pouvait raconter une histoire pendant plus de trois minutes, même sans talent de conteur. Quand on pouvait semer des indices et ramasser le tout dans la dernière partie de l’heure parce que des élèves avaient fait le lien. Quand l’hypertexte ne dominait pas tous les échanges et qu’un même fil pouvait être déroulé lentement. Quand un cours n’était pas un ensemble de pratiques à changer toutes les trois minutes, un empilage d’activités, une hyper-activité pour conserver, capter l’attention d’un public qui préfère se regarder, regarder son téléphone, penser à ce qu’il fera dans cinq minutes, et vouloir toutes les réponses, tout de suite, à n’importe quel sujet et qui vous sommes d’accréditer que Chambord est un modèle de voiture parce que vous faites au mieux la leçon sur le château médiéval et habituellement celle sur le carrosse médiéval.

Avant l’email

Une nostalgie du panneau d’affichage d’avant qui trône dans la salle des profs. Pas de courriel alors. Pas ces dizaines de pourriels que l’administration déverse quotidiennement. Ces millions de concours qui chacun, plus important que l’autre, exigent à eux seuls des dizaines d’heures de mise en œuvre. Pas ces courriels « très signalés » et « très urgents » qui nous proposent au mieux des postes inaccessibles, en Mandchourie inférieure ou alors des profils de poste réservés aux polyglottes pervers du genre à parler la langue turkmène et le mandarin. Sans compter les films, les livres et je ne sais plus quel château où-il-faut-absolument-amener les élèves.

Une nostalgie du beau tableau avec ses fiches multicolores qui symbolisait l’emploi du temps, qui symbolisait les heures passées par l’adjoint pour réussir sa rentrée, qui était aussi la nôtre. Quand on se penchait dessus ensemble pour trouver une permutation, une fourchette improbable pour déplacer un cours. Loin de l’écran, du logiciel froid qui calcule les possibilités et de l’adjoint qui vous répond par courriel que « c’est possible » et que vous n’avez plus qu’à consulter… Pronote, ce soir, alangui(e) devant la cheminée, l’écran hd de la télé plate, la tablette sur les genoux, en train de chercher un billet pas cher sur l’internet pour le prochain week-end.

Qui se souvient de la Camif ?

Tiens, et même la nostalgie du catalogue de la Camif, ses fringues spéciales « look de prof » et ses meubles « comme autrefois », spécialement étudiés pour ranger le kalamazoo ou le minitel.

Profs, n’enquerez de sepmaine
Ou elles sont, ne de cest an,
Qu’a ce reffrain ne vous remaine :
Mais ou sont les neiges d’antan ?

 

Une chronique de Philippe Crémieu-Alcan

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2 Comments

  1. Sanchez Michelle 4 avril 2017

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Vous n'êtes pas un bot hein ? *