Viens, j’ai un plan !

Give me an A, give me a B…

Dans une classe, les élèves sont très différents. Je ne parle pas de leur caractère qui a pourtant son importance mais je parle de la différence en matière de travail. Je ne parle pas non plus des différents types d’intelligence qui ont aussi leur mot à dire. Je parle plutôt cette fois-ci de la motivation et de la rapidité de travail et d’exécution qui en découlent souvent.

eleve-rapide

Il y a l’élève de type A. Il se définit par une succession de : « je suis pas sûr… j’ai peur… je sais pas faire… » plus ou moins évoqués oralement. Il manque de confiance en lui et mettra donc 2 jours de plus à faire un exercice que d’autres font en 5 minutes juste parce qu’il n’est pas sûr qu’il faille utiliser le stylo bleu à la place du crayon papier ou parce qu’il n’est pas sûr d’être à la bonne page…

L’élève B quant à lui travaille seul, sans trop nécessiter d’aide ou d’attention parce qu’il applique ses apprentissages sans votre intervention. Il n’est ni trop lent, ni trop rapide et termine son activité à peu près dans le temps que vous aviez programmé pour elle. C’est l’élève d’appui grâce à qui, régulièrement, vous prenez vos mesures de temps et de difficulté. Il est votre référence, votre point de repère, votre sécurité : s’il comprend, c’est que l’ensemble de la classe doit pouvoir accéder à ce travail.

Enfin, il y a, à l’opposé de l’élève A, l’élève C. Il est vite identifiable car se caractérise souvent par un jaillissement non autorisé à voix haute d’un : « Madame, j’ai fini !!! » Lui a déjà terminé son travail avant que vous ne l’ayez donné, il vous harcèle par une danse exagérée de son doigt en l’air sautillant sur sa chaise pour délicieusement vous demander « J’ai fini, je fais quoi après ? » alors que vous n’avez pas encore su accoster auprès de l’élève de type A qui n’a pas encore osé tracer le premier mot d’une réponse pourtant évidente et termine seulement d’inscrire la date sur son cahier…

Problématique :

Face à ce portrait de classe hétéroclite, il n’est pas simple de trouver la bonne vitesse de croisière.

Privilégier l’élève A ?

Il faut alors lui laisser davantage de temps. Mais ce temps apporte l’ennui à l’élève B et C qu’il faut alors occuper autrement.

Installer ses repères de temps par rapport à l’élève C ?

C’est mettre en stress les élèves B et en panique l’élève A.

Travailler au rythme de l’élève B ?

Cela obligera-t-il l’élève A à progresser en vitesse de travail ? L’idée frustrera sans doute l’élève C toujours à part et dans l’attente de ce qui va venir « après ».

Une idée : le plan de travail.

Le point commun entre ces trois types d’élèves, ce sont les apprentissages. Tous ont reçu la même découverte, ont été questionnés par des situations problèmes et bousculés par des questions de mise en situation collective. La difficulté, c’est l’appropriation de la notion pour « soi-même » : réinvestir ce qu’on pense avoir compris pour voir si on sait le faire seul.

Dans ce cas, il existe une solution qui, je pense, rallie à la fois la souplesse de travail, le rythme de travail, le niveau de compréhension et de mise en difficulté de chacun : le plan de travail.

Un plan de travail se présente comme un tableau à double entrée : présentant d’un côté le domaine et la notion travaillée et de l’autre côté les exercices proposés.

Il est identique pour l’ensemble des élèves mais s’adapte à leurs besoins dans une auto-gestion de son contenu grâce aux différents niveaux d’activités qu’il propose.

Le principe

Chacun reçoit le plan de travail qu’il colle dans son cahier du jour.

Le plan présente plusieurs « niveaux » d’activités. Ce terme de « niveau » plaît particulièrement à nos élèves de la génération consoles de jeux qui aiment souvent comparer leurs niveaux. Ce terme d’ailleurs ne remet pas en cause la capacité d’intelligence de l’élève mais sa vivacité et rapidité de travail comme dans leurs jeux et évite donc de faire un mauvais amalgame : niveau 1/niveau des nuls, niveau 3/niveau des forts.

Le contenu de chaque niveau est essentiellement lié aux exercices d’un livre (mais il peut inclure des activités sur d’autres supports : tablettes, fiches…).

Pour ma part, dans ma classe, il existe 3 niveaux d’activités :

  • niveau 1 : activités très simples d’application de la notion,
  • niveau 2 : activités un peu plus avancées qui peuvent comporter quelques pièges,
  • niveau 3 : activités plus complexes qui nécessitent de la production ou de l’attention plus poussée (sans intervention de l’enseignant).

Chaque élève choisit donc le niveau de l’activité qu’il va produire pour chaque notion.

Il effectue son travail dans son cahier puis, lorsqu’il l’a terminé, colorie la case de l’activité réalisée en jaune afin de valider son travail et de se repérer dans son plan tout en mesurant l’avancée de son entraînement.

Le plan de travail peut s’utiliser de trois manières selon la configuration de la classe.

  1. Obligation pour tous de commencer au niveau 1 puis possibilité d’accéder aux autres niveaux (comme dans les jeux vidéos, même si c’est facile et qu’on sait faire, on doit quand même le valider).
  2. Obligation de valider le niveau 1 puis choix libre de l’autre niveau.
  3. Liberté totale de choisir le niveau qui correspond le mieux à l’élève dès le début du plan : l’élève C se précipitera donc souvent au niveau 3.

Les plus

La liberté qu’offre le plan de travail dans la gestion personnelle des activités permet à l’enseignant de circuler librement dans la classe et d’offrir aide et assistance aux élèves de type A et B sans subir le harcèlement de l’élève C qui se régale de son plan.

Cette organisation permet aussi, sur 1 heure de temps de travail sur plan, de corriger régulièrement les activités des élèves qui ont terminé un domaine.

Par ailleurs, il permet à certains élèves de type B de se mettre au défi : ils travaillent un peu plus vite dans l’idée d’accéder au niveau 3.

Il rassure aussi les élèves de type A qui se trouvent en sécurité au niveau 1 dans des activités « sans piège », ce qui les conduit même parfois à choisir un niveau supérieur.

Il permet pour un élève en échec au niveau 2 ou 3 de repartir sur un travail plus simple au niveau 1, rassurant ainsi l’élève dans ses acquis minimum.

Le moins

Comme tout support de travail, le PLAN de TRAVAIL a ses limites.

Parfois la lassitude s’installe et c’est pourquoi il ne faut pas hésiter à intégrer les plans de travail à d’autres moyens d’application (cf. ma chronique : « Rythmons l’école » dans laquelle je présente comment travailler en ateliers : http://www.lepetitjournaldesprofs.com/blog/2017/01/04/rythmons-lecole/ )

 

Je ne sais pas si c’est un bon plan… mais ça vaut le coup d’essayer !

Une chronique de Claire Maurage

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