Le « je me souviens… » d’une prof

Autoportrait

souvenirs

Je me souviens de mon premier voyage scolaire. C’était à Tolède lors de ma seconde année d’enseignement. Je n’avais qu’une seule peur : perdre un élève.

Je me souviens de ma conseillère pédagogique en stage d’observation. J’avais dû retravailler mon support de cours jusqu’à ce qu’il soit parfait. J’y avais passé la nuit.

Je me souviens de mon 2/20 en mémorisation de citations en Master 2. J’y avais pourtant passé la nuit aussi !

Je me souviens d’une professeure d’éducation musicale souriante. J’étais assistante d’éducation. Elle seule venait nous dire « bonjour. » En même temps, sa salle était face au bureau de la vie scolaire.

Je me souviens de mon premier oral du C.A.P.E.S. Il faisait chaud et j’avais mal aux pieds.

Je me souviens du pot de départ de mon ancien principal. J’étais émue, je ne voulais pas qu’il parte.

Je me souviens de la première fois où j’ai corrigé le D.N.B. J’étais arrivée à 11 heures en remplacement, mes collègues à 9 heures. J’étais stagiaire. J’étais dépitée.

Je me souviens des fiches auteurs qu’on se partageait à l’université. À l’époque c’était essentiel. Aujourd’hui elles moisissent dans un carton.

Je me souviens du cours d’E.P.S. que m’avaient donné mes élèves de troisième. J’avais « gagné » un pari. Comme j’avais été « mauvaise élève » !

Je me souviens de ce professeur à l’université qui nous avait fait écrire notre autobiographie. J’avais employé un style ampoulé dont j’ai honte à présent.

Je me souviens du parfum que m’avait offert une élève en fin d’année. J’avais trouvé que c’était bien trop.

Je me souviens de mon premier jour en tant que professeur de collège. Mon regard sur la salle vide. Ce mélange de fierté et de peur, et la bizarrerie de se retrouver « de l’autre côté ».

Je me souviens de Karam. Et pourtant il ne bossait pas tant que ça.

Je me souviens de ma première séance « réussie ». C’était une chasse au trésor littéraire. J’avais trouvé mon style.

Je me souviens de ma tutrice Laurence, elle avait des piercings et d’excellents conseils.

Je me souviens de ce professeur en troisième année qui m’a dit de passer le concours le plus vite possible. J’ai suivi son conseil, je ne sais pas pourquoi.

Je me souviens de l’annonce des résultats du C.A.P.E.S. J’étais à une réunion de vente, je n’osais pas regarder. Je tremblais comme une feuille.

Je me souviens des rires en salle des professeurs alors que je n’étais que T.Z.R. dans mon établissement. J’y ai trouvé des amis.

Je me souviens de l’exercice de confinement dans le couloir. J’avais imprimé des jeux de Noël.

Je me souviens de la maman d’élève qui m’avait autorisée à taper son enfant s’il faisait des bêtises. Je lui avais expliqué que c’était interdit en France.

Je me souviens de la fois où une élève m’a dit : « Ce n’est pas le français que j’aime bien, c’est vous ! » J’avais pleuré seule dans ma salle après sa sortie. Ce n’était pas un compliment.

Je me souviens de la liste de prénoms que m’avaient donnée mes élèves quand ils avaient appris ma grossesse. Dans cette liste figuraient « Brioche » et « Jean-Eudes ».

Je me souviens d’Oussine qui avait fait un sit-in dans ma classe pendant la récréation. Il ne voulait pas que je le renvoie. Il est resté.

Je me souviendrai toujours du « doigt coincé dans la chaise ». Oh oui, toujours.

Et vous, vous êtes-vous déjà pris au jeu de l’autoportrait ?

Une chronique de Marine Vendrisse

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2 Comments

  1. Passerose Viénot 7 avril 2017
  2. S 6 avril 2017

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