Les lectures interclasses

Ou comment donner du sens aux lectures

J’aime l’idée que la lecture se partage. Aussi, je propose régulièrement à mes élèves des lectures « interclasses ». Actuellement, je travaille avec une classe de 6e et une classe de CM2 dont l’école est rattachée à notre collège.

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Le principe est simple : chaque classe lit les mêmes livres et crée pour l’autre classe des exercices, de tous types, afin d’obtenir des points et de déterminer la classe gagnante – les petits concours stimulent toujours les élèves. Ces activités, qui sont une source de motivation pour les élèves, et permettent de développer de multiples compétences en plus de celles centrées sur la lecture, nécessitent une organisation, mais qui reste tout à fait accessible.

Quels livres choisir ?

Deux possibilités existent : participer à un projet existant ou composer soi-même sa propre sélection.

Jusqu’à présent, je me suis située dans le premier cas. J’ai testé deux projets :

– le projet CANOPE : le grand atout de ce projet, c’est que la sélection, composée de quatre ouvrages de jeunesse, est de qualité, qu’elle aborde divers genres et permet de travailler en interdisciplinarité. Pour les écoles, cela me paraît plus simple qu’en collège. Même si aujourd’hui il existe les EPI, l’interdisciplinarité n’est pas présente dans tous les collèges. En ce qui me concerne, cette activité, je l’accomplis seule avec des élèves de 6e – mes collègues de français préférant travailler sur d’autres œuvres. En outre, je ne les vois qu’une fois tous les quinze jours. De fait, aborder tous les livres de la sélection est un exercice difficile à accomplir.

le défi Babelio Junior : là, encore, c’est une sélection d’une trentaine d’ouvrages de qualité – les livres sont choisis par les enseignants. Ce projet, je l’avais fait dans le cadre d’un club lecture qui ne regroupait que six élèves volontaires. Contrairement au premier projet, où je pratique la lecture offerte, là, il faut que les élèves veuillent lire les livres à la maison. Du coup, comme c’est une activité en plus de leur cours de français, l’imposer me pose problème, d’où le volontariat. Je la proposerai de nouveau l’an prochain – chaque année, le public change.

Pour mes 6e,, l’année prochaine, je vais proposer une sélection maison en privilégiant un support peu utilisé, notamment en collège : l’album. Dans le cadre du Défi Babelio, nous avions travaillé sur La petite fille en rouge d’Aaron Frisch. L’activité avait été particulièrement enrichissante compte tenu de l’histoire qui est une réécriture du petit Chaperon Rouge à notre époque, de l’enchâssement des récits et des illustrations. Comme il y a, aujourd’hui, plein d’albums pour adolescents, cela me tente.

Quand la sélection est établie, le travail peut commencer.

Quelles activités ?

Pour la lecture, comme je l’ai déjà indiqué, je pratique la lecture offerte, d’une part, parce que je ne peux pas acheter plusieurs exemplaires d’une même série, mais surtout parce que cela permet pour des 6e une continuité avec ce qui se fait à l’école ; d’autre part, parce que, j’ai des élèves qui sont loin d’être des lecteurs autonomes ; et qu’enfin, de cette manière, tous les élèves connaissent l’histoire parce qu’ils l’écoutent réellement. Certes, ils n’apprennent pas à lire ainsi, mais ils développent leur capacité de compréhension et d’interprétation puisque la lecture est à chaque fois entrecoupée de moments d’échange.

Quand la lecture est terminée, les élèves doivent produire des activités pour la classe partenaire. En général, ils réalisent des activités centrées directement sur le texte et d’autres qui ouvrent vers de nouveaux horizons.

Dans le premier cas, nous avons : le QCM à choix multiples ; l’élaboration de phrases à remettre dans l’ordre pour constituer le résumé ; la proposition de divers résumés dont un seul est juste ; la création d’un résumé truffé d’erreurs, qu’elles soient orthographiques, grammaticales ou axées sur l’histoire ; des mots mêlés où avant de trouver le mot dans la grille il convient à partir d’une définition de trouver le terme ; des mots fléchés.

Dans le deuxième cas, je propose aux élèves de découvrir de nouvelles choses à partir des livres. Nous avons travaillé, en fonction de ceux-ci, sur la découverte de musiciens, sur celles d’un peintre, sur le lieu de vie du héros. Ces activités plus ludiques prennent soit la forme de jeux en créant des Qui suis-je ?, des rébus, des phrases codées, soit, la forme d’un défi Internet – création de questions multiples où les réponses se trouvent sur divers sites.

Ces activités permettent de développer de multiples compétences.

Quel est l’intérêt de tout cela ?

Outre, la découverte d’un texte littéraire, ce qui est loin d’être négligeable, les élèves produisent des activités qui ont un sens puisqu’elles sont adressées à quelqu’un. Pour que les activités proposées tiennent la route, il faut que les élèves écrivent correctement – dans les QCM, il y a un gros travail sur l’élaboration d’une question digne de ce nom. Pour les activités sur le vocabulaire, il faut rechercher les définitions appropriées. Pour celles axées sur l’ouverture culturelle, il faut faire des recherches – cela nécessite de s’interroger sur le choix du sujet, sur le type d’informations retenu.

Pour toutes ces productions, je privilégie le travail de groupe. Il me paraît fondamental que les élèves puissent échanger, confronter leurs idées.

Une fois les activités réalisées, ils les testent entre eux. C’est un travail intéressant, car les imperfections apparaissent, et donc, un nouvel échange s’établit.

Après ces activités sur chaque ouvrage qui sont adressées régulièrement à la classe partenaire, nous organisons, en fin d’année, une rencontre physique où chaque classe présente un projet à l’oral. L’année précédente, les élèves avaient imaginé une autre histoire, à partir d’un livre qui s’y prêtait, et la présentaient à l’autre classe sans la lire, mais en « l’interprétant ».

 

Une chronique de Christine Grbec

Commentaires

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2 Comments

  1. Cécile Thivolle-Cazat 15 avril 2017
    • Christine Grbec 19 avril 2017

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