La balle anti-stress

Le grignoteur

Cet enfant a toujours quelque chose dans sa bouche, il s’agit la plupart du temps d’un morceau de papier qu’il mâche nerveusement ou d’un bout de plastique arraché d’un stylo ; plus rarement, il lui est arrivé d’extraire sous la contrainte et l’indignation de ses pairs un trombone ou encore un bouchon ramassé dans la cour. Il grignote ses ongles, ses doigts, les manches de ses t-shirts, son sous-main et ma patience. C’est un enfant extrêmement violent et il a eu à plusieurs reprises des gestes déplacés à l’encontre de ses petites copines de classe.

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Cet hiver, la psychologue l’a rencontré et a orienté sa mère vers le CMPP. Ne voyant pas d’évolution dans son comportement, j’ai quelques semaines plus tard demandé à sa maman ce qu’avait donné le rendez-vous. Elle m’a dit que « ben pas grand chose », vu qu’elle avait laissé un message et qu’ils ne l’avaient pas rappelée. Elle n’a pas l’air très concernée et semble sous-évaluer la gravité du comportement de son fils, qu’elle autorise à jouer à des jeux violents sur sa console, notamment un jeu sans autre règle que celle consistant à tamponner des gens sur le bord de la route avec une grosse voiture. C’est interdit aux moins de 18 ans, il en a 6. Il aime beaucoup ce jeu.

La balle miracle

Nous nous croisons au portail, l’autre jour, je dresse le procès-verbal des exactions du gamin que je parviens à peine à faire lire, alors pour entrevoir une solution à défaut d’aide des spécialistes, je suggère à la maman de munir son fils d’une balle anti-stress. J’ai eu comme ça un élève, il y a quelques années, qui s’apaisait de façon spectaculaire, après la récréation ou même pendant la classe, rien qu’en triturant sa petite balle de sable. La situation avait été très vite acceptée par les autres élèves et cet enfant avait pu, grâce à l’outil magique, poursuivre l’année un peu plus sereinement. Alors je file le tuyau à la maman de mon petit excité. Elle essaie bien de me refourguer un fidget spinner mais non, j’insiste : ce sera une balle anti-stress ou rien, sans quoi les camarades, cette fois-ci, n’y comprendraient rien.

 

Il serait tentant d’écrire que je rentre chez moi en pensant à mon petit élève qui expulsera dès le lendemain son agressivité en malaxant sa petite balle miracle, mais en réalité j’évite de penser à lui en rentrant chez moi, j’évite de penser à l’école, je ne fais plus croire à personne que j’ai la même empathie pour tous les élèves : non, franchement, je l’écris et je l’assume, celui-ci, j’ai vraiment hâte qu’il passe au CE1.

 

Le lendemain, l’enfant n’a pas sa balle. Bon, sa mère n’aura pas eu le temps d’aller la lui acheter, il n’y a d’ailleurs pas d’urgence. Il n’a jamais un stylo, ni une gomme, ni le moindre crayon, alors c’est sûr elle ira acheter la balle anti-stress ce week-end et peut-être complètera-t-elle la trousse par la même occasion, comme recommandé tant de fois dans le cahier de liaison. Bref. Mais en fait non, le scénario est tout à fait différent : l’enfant accourt le matin et me dit « Maître, tu sais quoi ? Ma mère va m’acheter une balle anti-stress. Enfin… seulement si aujourd’hui je me tiens bien. »

 

C’est peut-être moi qui devrais m’équiper.

 

Une chronique de Papa Lion

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