Les fondamentaux !

« J’aime pas le français »

Mon travail consiste à réconcilier les jeunes avec l’écrit. Du petit qui rentre dans la lecture et l’écriture au grand qui passe le bac de français, j’ai la chance d’accompagner des élèves très différents, de l’enfant qui est en grande difficulté au jeune qui est en grande réussite mais a besoin de parvenir à l’excellence pour son orientation. Tous ne sont donc pas totalement fâchés avec l’écrit mais trop souvent, ils me disent : « J’aime pas le français. » Quelle horrible phrase ! Même si elle signifie « Je n’aime pas les cours de français », elle me frappe, à chaque fois, comme une gifle.

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Nous avons alors de longues discussions avec ces petits et ces grands qui n’aiment pas les cours de français, car je veux comprendre pour mieux remédier.

Qu’est-ce qu’ils n’aiment pas dans nos cours de français ?

La conjugaison, l’orthographe et la grammaire pour les plus jeunes. Pourtant, nous avons beaucoup progressé dans l’enseignement de ces disciplines barbantes ! Nous savons aujourd’hui leur donner du sens, faire appel à l’analyse, à la logique, mettre l’élève en action, en situation d’enquêteur à la recherche des secrets de notre langue. Et puis, les cours de français, c’est aussi la lecture, les débats, l’écriture, la poésie, le théâtre… Il est même possible de chanter en cours de français et de dessiner parce que les mots font naître les images et jouent avec les sons et les rythmes. C’est magique.

Les lycéens n’aiment pas le français car ils pensent que l’on veut faire dire à l’auteur ce qu’il n’a pas voulu dire. Mais, depuis fort longtemps pourtant, nous nous intéressons bien davantage à la réception de l’œuvre plutôt qu’à sa production. C’est le lecteur qui donne son âme à l’œuvre ! Rien de nouveau pourtant ! La beauté de l’œuvre dépend du regard du lecteur, mais ils ne le savent pas ! Ils ne savent pas qu’une lecture peut-être active, qu’ils ont le pouvoir de donner vie au texte ; et ils ont passé 15 ans à l’école ? Zut alors, nous avons raté quelque chose !

« Il dépend de celui qui passe

Que je sois tombe ou trésor,

Que je parle ou me taise,

Ceci ne tient qu’à toi

Ami n’entre pas sans désir »

Paul Valéry

Nous avons alors de multiples discussions sur l’utilité du français, la nécessité de l’écrit, sur le sens surtout. Pour tous ces enfants, le français n’a pas de sens ! Alors que c’est la base de l’échange et du partage, que le français est notre patrie plus encore que notre pays, alors que l’écrit nous permet de voyager dans le temps et dans l’espace, et même dans les émotions, alors qu’il est l’outil pour faire cheminer le raisonnement, pour fixer la parole qui s’envole, le moyen de faire agir aussi et même de changer le monde… Les cours de français sont sans intérêt ???

Parler, écouter, lire, écrire : comment ne pas aimer ?

Il y a tant de belles œuvres, de la littérature de jeunesse à la littérature classique, tellement d’écrits qui font rêver, qui font réfléchir, avancer et grandir. Comment en sommes-nous venus à dégoûter ces enfants de la beauté, de la richesse de notre langue ?

L’apprentissage du français repose sur l’envie et le besoin de communiquer, sur la magie des histoires, sur la conquête de l’écrit, sur la profondeur de la littérature, sur le sens, sur la vie surtout.

Alors bien sûr, pour commencer, c’est l’échange oral qui compte. Parler, c’est donner ses mots à l’autre. Écouter, c’est prendre soin de ce cadeau.  La respiration de l’esprit et du cœur. En dialoguant, nous donnons de l’importance à l’autre mais nous nous donnons aussi de l’importance. Trop souvent, les enfants les plus bloqués avec la parole, qu’elle soit orale ou écrite, sont les enfants qui n’ont aucune estime d’eux-même. AIMER, nous avons rendu tabou le plus beau mot ; mais il faut s’aimer pour avoir le désir de communiquer. AIMER, c’est peut-être ça l’apprentissage fondamental. 

Alors, pour faire aimer le français, nous pouvons faire de la grammaire et du vocabulaire, mais je crois qu’il vaut mieux commencer par leur donner envie de s’aimer…

Une chronique de Claire Nunn

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  1. Gennevois 4 juin 2017

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Vous n'êtes pas un bot hein ? *