4 choses que j’ai mises dans mon cartable

La Rentrée, une allégorie.

La rentrée.

Si je devais, en bon prof de français, en dessiner l’allégorie, ce serait cette jeune maman, aux joues rosées et à la robe fleurie, qui nous regarde avec un sourire éclatant, tendant d’une main le sac en toile de jute du goûter et de l’autre le sac à dos de notre magnifique journée.

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Et chaque fois les mots, les mêmes mots qui sortent de ses lèvres siliconées et beurrées au piment coloré.

« Mon chéri, tu n’as rien oublié ? »

NON.

Ça fait quelques semaines que mon sac est prêt pour la rentrée, 21 jours, huit heures et une poignée de secondes que je l’ai fermé en me disant : « Voilà, ça. C’est fait. » Puis que je l’ai planqué quelque part chez moi en attendant que l’entité allégorique peroxydée ne le récupère pour me le tendre.

Le contenu de base

Cette année, c’est un peu inhabituel car je change de bahut. Oui, donc ça prend plus de temps. Car l’enseignant classique-qui-ne-change-pas-de-bahut a exactement le même sac que celui du 30 juin :

  • Un sylo bic machouillé, souvenir des surveillances du bac où il s’est bien fait chier.
  • Une feuille, en général usée car il s’est amusé au morpion avec son camarade lors de la réunion de fin d’année (la prof de sport, elle a grossi. Définitivement grossi.)
  • L’agenda 2016/2017, sorte de boîte noire de l’enseignant, avec ou sans crash in fine.
  • Le guide du Routard de Rome, pour les surveillances ET les réunions cette fois ci.

Non mais là non.

Je change de lycée, donc ceci ne suffisait pas ; car comme le dit l’adage, on n’a pas deux fois l’occasion de faire une première bonne impression, et dans le labeur éducatif rien n’est plus vrai que ça (peut être avec le chien aboie la caravane passe, dédicace à notre camarade Jean Mich B).

Le sac spécial nouveau bahut

Voici donc pêle-mêle le contenu de mon sac, avec nonobstant quelques explications. Sac dont il est convenu que je le vide systématiquement à chaque premier cours que je vais avoir avec mes nouveaux élèves. Afin de camper le personnage que je suis : All the world’s a stage comme le dirait William.

Donc.

Un guide de Cancún, d’Ibiza ou encore d’Oulan Bator, car un prof qui voyage fait rêver l’auditoire

« Wahou t’as vu le prof il est allé là-bas, trop la classe ! »

Oui, exit Rome qui ne fait rêver personne de leur âge, il serait inutile de leur expliquer que je n’ai pas pu dépasser l’Europe Occidentale sous peine de ne manger que des féculents le restant de l’année. Un prof qui voyage, c’est un prof qui a vécu, qui a rencontré le monde, qui a mangé des choses innommables ou a dormi à même l’asphalte durant plusieurs nuits. Après avoir terrassé un loup de ses mains. Donc faut pas l’emmerder. Et Cancún dans tout ça ? Bah le prof sait faire la fête. Donc faut pas l’emmerder non plus.

Un exemplaire, légèrement usé, mais pas trop, d’ouvrages de George Martin, disons le 3 ou le 4

Il faut absolument que le prof soit ancré dans son temps, littérairement parlant. Et en 2017, si on veut être littéraire, on doit parler du Trône de Fer. Les élèves me dévisageront d’un air suspect tout d’abord, et je n’aurai qu’à lâcher des anathèmes à voix basse tels que : « que la peste soit ce Lannister ! » ; ou interpeller une élève en l’appelant Daenerys. Là, ils seront dans ma poche et mangeront dans ma main tels des petits dragounets. *

Un thermos

Oui le prof hype boit dans un thermos. Il arrive même en cours avec le thermos dans la main droite, et le pose sur son bureau. Peu importe que vous ayez soif ou non, il est indispensable de montrer aux élèves que l’enseignant peut s’abreuver SI et seulement SI il le désire. La logorrhée professorale est telle qu’il faudra de toute manière boire pour tenir selon les classes que j’aurai.

Un magazine de type Muscle fitness ou Men fitness coach

J’insiste pour que ce soit écrit en anglais car c’est tout de suite plus professionnel (Arnold, Sylvester, Jean-Claude, ils viennent d’où ?).

Car exit le prof de français mangeant sa pauvre tranche de jambon devant un Molière à la TV, le nouveau prof s’entretient, mange équilibré et si possible protéiné, et parvient à soulever deux exemplaires de Guerre et paix une cinquante de fois, et cela une fois par jour. Peu importe si je suis encore gras de mon régime hypercalorique de cet été, je n’aurai qu’à insister sur le fait que je dois sécher vers novembre-décembre (au moment où on met des pulls et des cols roulés).

Voilà en somme les quelques outils nécessaires, voire indispensables pour une rentrée et surtout une première approche avec les élèves. Il va de soi qu’il me restait de la place dans le sac donc j’ai pu caser quelques préparations de cours mais rien de bien compliqué, laissons tout d’abord agir la forme avant de privilégier le fond. Chaque chose en son temps.

Sur ce, je dois vous laisser, je viens d’apprendre que Thibault est en couple avec Jessica, et à Marseille, on en fait une séance au minimum, je dois donc potasser mes pré-requis.

Bonne rentrée.

*Selon les classes, Lannister peut être remplacé par Skywalker, Parker ou Schweinsteiger.

Une chronique de Frédéric Lapraz

Ce billet a été publié initialement sur le Huffingtonpost

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