Lettre à la stagiaire que je ne suis plus

Chère moi,

En cette veille de rentrée, je voudrais te dire deux trois petites choses.

prof-stagiaire

Je voudrais te dire que ce n’est pas bien grave si tu n’as pas vraiment préparé de cours. Tant pis pour ceux qui s’offusquent, mais vraiment, demander à quelqu’un qui n’a jamais enseigné (ou presque) de pondre une progression annuelle, selon moi, cela défie l’entendement. Contente toi de savoir ce que tu fais la première semaine. Puis, tu aviseras. De toute façon, tu as prévu tellement de trucs, que tu vas certainement tenir 3 semaines avec ce que tu as préparé fin août ! Ce qui nous amène au point numéro 2.

Je voudrais aussi te prévenir : un collégien, c’est lent. Surtout les 6e Mais aussi les 5e. Et les 4e, qui, en septembre, ressemblent encore à des 5e. Tout prend du temps. Sortir les affaires, s’installer, recopier une consigne… Si comme moi tu imposes le classeur, tu vas connaître les joies de la manipulation des feuilles, des intercalaires… 55 minutes, ça passe vite !

Je voudrais te dire que tu ne vas beaucoup dormir. Que tu vas sans doute tomber malade comme tu ne l’as jamais été. La faute au manque de sommeil, certes, mais surtout aux miasmes par milliers que les collégiens trimballent avec eux. Un conseil : ouvre grand les fenêtres entre chaque heure de cours, en plus ça réveille. (et quand tu seras bien vieille, comme moi, peut-être que tu investiras dans un diffuseur d’huiles essentielles ?!)

Les bonnes personnes

Je voudrais te dire que tu vas rencontrer des gens formidables. Qui vont t’aider, te conseiller, l’air de rien. Des formateurs, des collègues… Et que dans quelques années, c’est toi qui aura ce rôle-là. Tu vas aussi rencontrer des râleurs, des aigris, en salle des profs, mais aussi dans les amphi de l’ESPE. Fuis-les. Ne les laisse pas ternir ce qui a fait que tu as choisi ce métier. Va te chercher une tasse de thé, corrige des copies en douce, et surtout ferme tes oreilles. 🙂

Je voudrais te dire de ne jamais perdre ton énergie et ton enthousiasme, qui vont te permettre de traverser cette année de folie. De garder l’esprit positif qui t’anime, qui te permet de prendre la défense de certain(e)s élèves en conseil de classe, que certain(e)s profs plus avancé(e)s jugent perdu(e)s pour la cause. De continuer à croire que chacun(e) de nos élèves peut réussir, même si ce n’est peut-être pas toujours exactement comme on aurait voulu.

Je voudrais aussi te dire que tu as le droit de t’arrêter. Que tu as le droit d’aller chez le médecin, même si tu as « juste un peu de fièvre ». Tes élèves ne vont pas rater leur vie si leur prof est absent trois jours. Et mieux vaut s’arrêter un peu plus longtemps et revenir vraiment requinqué, que s’arrêter le minimum et mettre 1 mois à s’en remettre.

Je voudrais te dire que tu as le droit de vivre. Tu as le droit de prendre des vacances. Des vraies. Tu as le droit de rendre ce paquet de copies un ou deux jours plus tard que ce que tu avais initialement prévu, et d’aller prendre un verre. Parce que comme nous l’avait dit une de nos formatrices, la meilleure : « un prof heureux et reposé avec un cours un peu bancal vaut mieux qu’un prof épuisé, aigri, même s’il possède le meilleur plan de séance du monde ».

Et enfin, je voudrais te donner deux derniers conseils :

1) Lorsque tu fais une évaluation, édicte cette règle, et respecte-la scrupuleusement : une seule question par élève ! Là maintenant, tu ne comprends peut-être pas bien, mais tu verras…

2) Abonne-toi au Petit Journal des Profs ! C’est un concentré de bonnes idées, de pistes à explorer, de projets à mener, qui, personnellement, me font un bien fou, surtout les jours de découragement.

Bonne rentrée à tous !

 

Une chronique de Cécile Thivolle

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