Etes-vous un bon prof ? Série 1 : l’enseignant et ses cadres

Nous vous parlions la semaine dernière du lancement d’une série d’auto tests pour vous aider à évaluer votre pratique. Nous vous laissons découvrir avec François Muller la première des cinq facettes : l’enseignant et ses cadres.

“Etes-vous un bon prof ?” : cette question, vous vous l’êtes posée plusieurs fois, comme l’a fait n’importe quel professionnel, pour s’ajuster au contexte changeant, à de nouveaux publics d’élèves, pour réguler l’intensité de son propre travail, pour tenir la comparaison avec d’autres collègues, ou pour postuler à un nouveau poste.

C’est un exercice d’explicitation que l’on se doit à soi-même, qui met en rapport les compétences effectives et le sentiment subjectif de sa propre compétence. Pourtant, les réponses ne sont jamais satisfaisantes, faute d’une analyse partagée et de référents communs.

Afin d’améliorer votre auto-positionnement, nous vous proposons une démarche progressive, par étapes, avec votre participation active :

1 – L’exercice du « petit vélo », une approche métaphorique

2 – Un exercice de positionnement par rapport au cadre référentiel du métier

3 – L’identification de vos points forts et des points à développer


1 – L’exercice du « petit vélo »

Réfléchir à sa pratique…

Cet exercice est fondé sur un support métaphorique misant sur la familiarité et la puissance d’évocation des situations qui s’y attachent. Il est une technique parmi d’autres pour inciter à la réflexion, au retour sur ses propres points d’appui, ses buts.

La métaphore est intéressante puisque le vélo suppose une dynamique nécessaire et un équilibre stable dans le mouvement uniquement. On peut le proposer en exercice individuel, et solliciter en groupe quelques présentations volontaires. On peut aussi ne retenir que quelques items pour faire le point en groupe, sur un domaine en particulier.

 


Téléchargez par mail la version PPT de l’exercice


[download_file_with_email file=”velo2.ppt” title=”Exercice du “PetitVélo””]

Merci de votre téléchargement. Le fichier d’exercice du “petit vélo” se trouve en pièce jointe.

Bonne réception, en espérant que cela vous sera utile !

[/download_file_with_email]
Les remarques du formateur

Le cadre de votre activité n’est pas autoréférentiel.

Cet exercice a été proposé de nombreuses fois dans des groupes d’enseignants, écoles, collèges ou lycées. Les réponses proposées sont propres à chacun, elles attestent que chaque enseignant s’est construit sa propre identité, pour parcourir sans trop de risques et sur le long terme les chemins de l’enseignement.

Un champ est pourtant plus stratégique que tous les autres : Il s’agit du « cadre ».

En portant l’attention au « cadre » de l’activité enseignante, vous mesurez que ce qui fait le « métier », c’est bien le partage de références communes et de compétences attendues du point de vue de l’employeur. Si l’Education nationale n’a jamais demandé à ses personnels de signer au bas d’un parchemin, ou contrat de travail, elle n’a aucunement mis en œuvre une prestation de serment, comme le fait tout médecin avec le serment d’Hippocrate ou encore les jeunes enseignants de la Communauté francophone de Belgique, qui prêtent le serment de Socrate.

De fait, en France, les enseignants ont été amenés à construire eux-mêmes un cadre de référence.

Faites de représentations anciennes, alimentées par les routines professionnelles, précisées lors de visites d’inspection souvent irrégulières, les références au cadre prescrit sont peu fréquentes ; il s’agit de se trouver des appuis et des ressources suffisamment solides pour rendre le service équitable et juste aux élèves. Ce qui est en jeu, c’est bien la régulation du système et l’évolution des pratiques. Elle ne pourra se professionnaliser que si les enseignants participent à la construction du sens qu’ils y trouvent. La définition du cadre du métier est du ressort de l’employeur, son appropriation est du ressort de ses différents personnels, pourvu qu’il soit connu, explicité, discuté et partagé.


2 – Un exercice de positionnement par rapport au cadre référentiel du métier

Dans « bon prof » l’adjectif « bon » désigne un degré de maîtrise dans une compétence donnée, ici l’enseignement.

Etre un « bon » prof renvoie à une valeur étalonnée. Vous percevez qu’il existe différents niveaux de maîtrise dans un contexte donné, depuis l’entrée dans le métier, ou cinq années dans le même établissement, ou après vingt ans d’exercice, votre degré de maîtrise se perfectionne. On peut distinguer classiquement quatre niveaux :

  1. Sensibilisation : première approche ou découverte d’un champ de savoirs, de savoir-faire ou de savoir-être qui permettra une prise de conscience génératrice d’une mobilisation (envie d’approfondir).
  2. Apprentissage initial : disposer des bases suffisantes pour comprendre un champ et être capable d’interagir avec des professionnels du domaine.
  3. Maîtrise : avoir une maîtrise suffisante des connaissances, des pratiques et des comportements pour pouvoir les utiliser professionnellement sans être un spécialiste et en mesurer les effets pour soi et pour les autres.
  4. Expertise : avoir une maîtrise suffisante pour pouvoir utiliser les savoirs, savoir-faire et savoir-être spécifiques à un champ et en faire son activité unique, identifier les principales ressources  (références, outils, réseaux, recherche) pour développer son activité, en témoigner et même former d’autres collègues.

 

Téléchargez par mail la version PPT du test

[download_file_with_email file=”test1.ppt” title=”Test1″]

Merci de votre téléchargement. Le fichier test de positionnement n°1 se trouve en pièce jointe.

Bonne réception, en espérant que cela vous sera utile !

[/download_file_with_email]


3 – Identification de vos points forts et des points à développer

 « Bon » désigne un état, or la réalité est plus dynamique.

La valeur est d’autre part liée à un contexte spécifique, il serait difficile d’être « bon » tout le temps et en toutes circonstances. Par exemple, vous savez conduire et vous n’avez jamais eu d’accident dans vos déplacements, mais conduire dans la brousse ou sur une piste de rallye sera une autre histoire. De plus, il y aurait des situations où l’on peut être « mauvais », et si vous ne le percevez pas subjectivement, on pourrait vous le signifier. La compétence est donc dynamique, évolutive, changeante et dépendra en grande partie de la reconnaissance par autre que vous. La compétence est un « savoir agir reconnu » (d’après Guy Le Boterf [1]) .

Ce peut être aussi le défaut ou la dérive d’un tel référentiel que de vouloir « avoir bon » à toutes les cases. Il convient de le prendre et de le pratiquer comme guide de l’activité et un moyen de conduire son apprentissage professionnel sur la durée. Dans le qualificatif « bon », il y a vraisemblablement aussi une composante, « développement durable ».  Les Cahiers Pédagogiques, il y a quelques années, avaient consacré tout un numéro à des « enseignants suffisamment solides [2] ».

 

Téléchargez par mail la version PPT du test
[download_file_with_email file=”test2bis.ppt” title=”Test2″]

Merci de votre téléchargement. Le fichier test de positionnement n°2 se trouve en pièce jointe.

Bonne réception, en espérant que cela vous sera utile !

[/download_file_with_email]
Cette première facette vous a permis d’expliciter votre propre cadre de valeurs et de points d’appui, mais aussi de mieux situer l’état de votre pratique, en toute subjectivité assumée, au regard des attentes exprimées par l’Education. Vous avez pu d’ores et déjà identifier non pas si vous étiez « bon » , mais quels étaient les domaines de votre expertise, et quels seraient ceux à approfondir.

La semaine prochaine, nous proposerons la deuxième facette de l’enseignant : il ne s’agira pas de mesurer l’écart par rapport au prescrit institutionnel ; nous évoquerons les pratiques « efficaces » en appui aux résultats de la recherche internationale.

D’ici là, n’hésitez pas à réagir dans la zone de commentaire 🙂

François MULLER

 

SOMMAIRE DU DOSSIER
2e série : Des manières de faire, l’enseignant et ses pratiques
3e série : Les qualités de l’enseignant au risque de l’évaluation de ses élèves
4e série : Conseils de pairs experts !
5e série : « Deviens ce que tu es » : le développement professionnel continu pour l’enseignant

 

—————————————-

Note :

[1] Guy Le Boterf, De la compétence à la navigation professionnelle, éd. L’Organisation, 3e éd., 1999.

[2] Des enseignants suffisamment solides. Cahiers Pédagogiques, n° 342-343, mars-avril 1996.

 

Pour aller plus loin :

Guy Le Boterf, De quel concept de compétence avons-nous besoin ?, Soins Cadres n°41, février 2002.

Publication Eduscol, Pour aller plus loin sur la notion de compétences.

 

 

Une réaction au sujet de « Etes-vous un bon prof ? Série 1 : l’enseignant et ses cadres »

  1. topinambour

    Cher François, j’ai parcouru avec un amusement attristé cet article. Hélas, je vois qu’il reste encore beaucoup de chemin à parcourir pour que les enseignants soient enfin débarrassés de cette foutaise d’approche par compétences. Les pédagogues feraient bien mieux de s’intéresser aux apports des sciences cognitives fondées sur de vraies expériences et entre autre méthode, l’imagerie cérébrale. Elle sont autrement plus fécondes pour l’amélioration des pratiques professionnelles des enseignants. Mais bon, je suppose qu’il faut bien gagner sa vie. alors bonne continuation. Jette quand même un oeil sur youtube sur quelques vidéos des sciences cognitives et laisse tomber ces théories fumeuses, inopérante et surannées, moquées par tous les enseignants que je connais. amicalement

Laisser un commentaire