La Reine des prisons de Grèce (Osman Lins)

6 11 2008

Ce roman se présente comme le journal tenu par un professeur de sciences, resté seul dans un appartement de São Paulo après la mort violente de Julia Marquezim Enona, qui partageait sa vie depuis trois ans. Pour ressusciter un passé – Vécu ? Imaginaire ? – il entreprend de commenter le roman inédit laissé par la jeune femme. La composition énigmatique du manuscrit le pousse à s’intéresser aux arts divinatoires et à la chiromancie.

Nous assistons aux tribulations de la malheureuse aux prises avec un système aberrant et particulièrement inefficace, à ses pérégrinations entre Recife et Olinda, dont la topographie se brouille et se confond. Le temps lui-même se dissout en un temps aboli, celui où les Hollandais s’étaient installés sur la côte Nord-Est du Brésil, il y a trois siècles. Aux yeux de cette héroïne dénuée, les détritus et les épaves qui couronnent les tas d’ordures ou qui sont charriés par les fleuves en crue, deviennent de véritables trésors. La description détaillée, cinglante de ses découvertes, illustre bien cette esthétique de la pénurie particulière aux pays du Tiers Monde où sévit la faim. C’est est aussi une métaphore de l’acte d’écriture, bricolage maniaque et superstitieux qui devient du texte.

Le personnage central du roman est Marie de France, jeune ouvrière, ancienne domestique… qui n’a jamais eu toute sa tête. Son état mental s’aggrave, si bien qu’elle postule une pension à vie, ou à défaut, temporaire,  auprès de la Sécurité Sociale brésilienne.

Cette alliance entre le traditionnel et des procédés d’écriture novateurs fait la singularité et la richesse de l’œuvre d’Osman Lins, dont les personnages appartiennent tous au monde des déshérités, des souffrants. La démarche de l’écrivain reflète ici la situation du Brésil contemporain où coexistent d’une part la tradition agraire, patriarcale et mystique du Nord-Est et d’autre part la modernité de grandes villes du Sud.

Victor et Lucas, étudiants FLE, Français 6


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