Graciliano Ramos

4 12 2008

Toute son œuvre est profondément marquée par un Nord-est dépourvu d’exotisme : ni description complaisante des paysages, ni vision paternaliste des problèmes, mais une attitude critique, étude de l’homme dans son milieu, sa lutte pour la survie, dans ses souffrances et ses aspirations.

Les trois premiers romans, écrits à la première personne, se livrent à une dissection psychologique de l’être. Un peu timide dans « Caetés » (1933), où le héros, employé de commerce, écrivain raté, nourrit une passion coupable pour la femme de son patron, cette timidité s’affine dans « São Bernardo » (1934) et Angoisse (« Angústia », 1936). L’homme est seul, confronté au mal, sans perspective de salut, dans une société moralement et politiquement corrompue. Dans Sécheresse (« Vidas Secas », 1938), seul roman à la troisième personne, comme dans les contes, l’analyse psychologique cède le pas à l’étude des conditions de vie. Dans les mémoires, Enfance (« Infância », 1945) et Mémoires de prison (« Memórias do Cárcere », 1953), biographie et fiction se mêlent étroitement dans l’injustice et l’incompréhension de certaines situations de l’enfance, comme dans la violence et l’arbitraire de la prison sous la dictature de G. Vargas. À l’image de l’univers hostile, le style est sec et dépouillé. L’adjectif est banni, G. Ramos recherche la concision, le mot juste ; les expressions populaires  » sertanejas  » font leur entrée en littérature. Il s’élève contre le langage pédant et fleuri des  » bacheliers « . G. Ramos a su capter l’essentiel de la personnalité humaine, réconciliant régionalisme et universalité.

Marcus Tulius, étudiant FLE, niveau 6




Avalovara et Le fléau et la pierre

4 12 2008

Avalovara

Ce roman est le grand projet artistique d’Osman Lins : son chef-d’œuvre. Donc, pour arriver aux innovations de cette belle œuvre, l’auteur a eu besoin de réfléchir sur la littérature. Alors, il écrivait quelques essais, en pensant aux questions littéraires, pour comprendre mieux l’art d’écrire et lui-même les a publiés dans des recueils, comme par exemple : « Guerre Sans Témoins » (notre traduction de « Guerra Sem Testemunhas »).

Le motif d’Avalovara est la construction elle-même du roman. Pourtant, Osman Lins allait plus profond que les autres auteurs qui restaient dans la surface de cette question métalinguistique. Il a conclu que l’écriture artistique peut atteindre un univers que le langage commun n’est pas capable d’y arriver. En effet, il faut que les aficionados de la bonne littérature fassent la connaissance de cette œuvre et de cet auteur.

Le fléau et la pierre


On a parlé, à propos de ce livre, de nouvelle Enéide, de roman populiste et même de western. La vérité est que nous avons ici un livre inclassable, un récit dont l’écriture, par ses rythmes, ses cadences, donne puissance et beauté à l’affrontement d’un juste avec les tentations du mal, une histoire où la nature, indiscrète, apporte des notes aiguës ou tendres dans le concert des passions, une tragédie qui force les particularismes jusque dans ses dimensions universelles, de telle sorte que dès les premières lignes, rien ne nous est plus étranger et moins indifférent que le destin de Bernardo et de Teresa. Une révélation pour ceux qui ont conservé le goût de la découverte.

Victor et Lucas, Français 6




Une fois de plus : Bruno Tolentino

2 12 2008

Encore, je le sais ! Mais, qu’est-ce que je peux faire si le poète était et l’est, à travers sa grande oeuvre, un géant, vraiment. Bon, je pourrais parler encore de la personne, de Bruno lui-même, comme je l’ai déjà fait au dernier texte. Mais, non. Je désire raconter, ou même donner l’avant-goût d’un des livres de l’écrivain : A Balada do Cárcere (La Balade de la Prison). Juste pour celui qui n’a pas lu mon dernier texte, j’avais écrit ça :

<<A Balada do Cárcere à l’origine de l’expérience que Tolentino a vécu en 1987 dans la prison anglaise de Dartmoor, “L’île du Diable”, quand il a été condamné, sous l’accusation de trafic de drogues. Mais, l’écrivain a été libéré 22 mois après et a obtenu des excuses du gouvernement britannique pour avoir été accusé injustement. “J’ai aimé et essayé de tirer le maximum d’avantages“, a déclaré le poète en parlant de son expérience.>>

Cependant, l’histoire de cette prison ne s’arrête pas là. Il faut savoir ce que le poète a fait à l’intérieur de cette prison, pendant son incarcération. D’abord, il faut savoir que Bruno Tolentino a réalisé un cours pour alphabétiser et enseigner la littérature aux prisonniers – l’atelier littéraire s’appelait en anglais « Seminars of Drame and Literature ». Les prisonniers, ainsi, faisaient les premiers pas dans le monde de la littérature. Mais, A Balada do Cárcere, à vrai dire, raconte, en vers, la tragédie d’un des prisonniers que Bruno a connu là-bas – cet homme avait été condamné parce qu’il avait tué sa femme. Ce drame est raconté à travers la poésie et essaye de découvrir la psychologie tourmentée de cette personne. A Balada do Cárcere est, par conséquent, le chemin entre l’esprit confus d’un prisonnier jusqu’à la manifestation du langage poétique.

A Balada do Cárcere – La Balade de la Prison (1996)

Wilson, Étudiant FLE, Niveau 7




Bruno Tolentino: vaste œuvre poétique

16 11 2008

Bruno Lúcio Carvalho Tolentino est né à Rio de Janeiro, le 12 novembre 1940. Le poète a vécu, depuis enfant, parmi les intellectuels brésiliens : Cecília Meireles, Manuel Bandeira, Carlos Drummond, João Cabral de Melo Neto, etc. En 1964, Tolentino a déménagé pour l’Europe, où il est resté pendant 30 ans. Il a été professeur des universités d’Oxford, d’Essex et de Bristol et le directeur du magazine Oxford Poetry Now, en 1973. À l’étranger, Tolentino a publié, pendant la décennie de 70, des œuvres en anglais, About the Hunt, et en français, Le Vrai Le Vain et Au Colloque des Monstres. En 1993, Tolentino est retourné au Brésil. Il publie en 1994, cette fois-ci en portugais, As Horas de Katharina (Les Heures de Katharina), la biographie, en vers, d’une sœur religieuse fictive. Dans la décennie de 90, l’auteur publie encore Os Deuses de Hoje (Les Dieux d’Aujourd’hui), Os Sapos de Ontem (Les crapauds d’Hier) et A Balada do Cárcere (La ballade de la Prison). Ces deux derniers livres ont une histoire intéressante. Os Sapos de Ontem, c’est un ensemble de poèmes satiriques, textes et articles originaires de la polémique intellectuelle de Bruno Tolentino contre les frères Haroldo et Augusto de Campos. A Balada do Cárcere à l’origine de l’expérience que Tolentino a vécu en 1987 dans la prison anglaise de Dartmoor, « L’île du Diable », quand il a été condamné, sous l’accusation de trafic de drogues. Mais, l’écrivain a été libéré 22 mois après et a obtenu des excuses du gouvernement britannique pour avoir été accusé injustement. « J’ai aimé et essayé de tirer le maximum d’avantages« , a déclaré le poète en parlant de son expérience. Pendant les dernières années de sa vie, Bruno Tolentino a publié, selon lui-même, ses chefs-d’œuvre : O Mundo como Idéia (2002) (Le Monde comme Idée) et A Imitação do Amanhecer (2006) (L’Imitation de l’Aube). Dans le premier, il a mis 40 ans pour l’écrire, l’auteur développe une poétique de ses doutes les plus intimes et une philosophie de la forme. Le second, celui-ci, il a mis 25 ans pour le terminer, c’est un livre formé par 538 sonnets alexandrins qui dramatise l’obsession de sa vie comme poète. Ces deux livres, plus celui intitulé As Horas de Katharina, ont donné à l’auteur trois Prix Jabuti – le plus traditionnel et important prix littéraire du Brésil aujourd’hui. Bruno Tolentino est mort le 27 juin 2007.

Extraits : Au Colloque des Monstres

VII. Au Sonnet

Ce n’est pas la peine
de pleurer ton sort,
le parfum des morts
remplissant la scène,

on retient l’haleine,
on reste dehors.

Ouvre-nous ta veine,
tout de même, encore

et encore agonise
pour qu’ils nous reviennent,
portés par la brise,

loin, loin des Sirènes,
le glaive en sa gaine,
la paix reconquise.

Wilson, étudiant FLE, français 7




L’œuvre de Leminski

16 11 2008

Leminski a publié ses premiers poèmes en 1964 dans le magazine Invenção. Son œuvre n’est pas trop grande. La plupart est dédiée à la poésie. Il y a dans toute l’œuvre seulement un livre de prose, Il s’appelle Catatau et a été publié en 1976.

Il a travaillé aussi comme traducteur. C’est lui l’auteur des traductions de : Folhas das folhas da relva de Whitman (1983); Supermacho de Alfred Jarry (1985); Satyricon de Petrônio (1985); Sol e Aço de Mishima (1985) et Malone Morre de Samuel Beckett (1986)

Il y a aussi des biographies et des études sur la littérature dans son œuvre comme par exemple: Cruz e Souza (1983); Matsuó Bashô (1983) Jesus A.C. (1984); Agora é Que São Elas (1984) et Leon Trotski – A Paixão Segundo a Revolução.

La poésie de Leminski a reçu beaucoup d’influence de la culture orientale. Cette influence a été la responsable du grand nombre de Haïcais dans son œuvre. Ses livres de poésie publiés sont: Polonaise; Não Fosse Isso e Era Menos, Não fosse tanto e Era Quase; Caprixos e relaxos; Distraídos venceremos; La vie en close; Winterverno et O ex-tranho.

Fernanda, étudiante FLE, français 6




Manuel Bandeira

8 11 2008

Manuel Bandeira (Recife, Pernambuco, 1886 – Rio de Janeiro, RJ, 1968) interrompt des études d’architecture en 1913 pour un séjour dans un sanatorium suisse où il rencontre Eugène Grindel, le futur Paul Eluard. De retour au Brésil en 1917, il sera toute sa vie critique, traducteur, journaliste, professeur de langue portugaise et de littérature, mais surtout poète. La modernité de son expression déjà sensible dans son premier recueil, A cinza das horas (1917), éclate dans Carnaval (1919), au ton ironique. Libertinagem (1930) marque le sommet de sa trajectoire et contient ses plus beaux poèmes. Par la suite Estrela da manhã (1936), Lira dos cinquenta anos (1940), Opus 10 (1952), Estrela da tarde (1963) jalonnent une carrière sans défaillance qui aboutit à la publication de ses poésies complètes en 1966 (Estrela da vida inteira). Il a également publié des anthologies poétiques, une biographie de Gonçalves Dias, des chroniques, un guide touristique (Guide d’Ouro Preto, 1938) et une autobiographie littéraire (Itinerário de Pasárgada, 1954).

La voix la plus haute du  » modernisme dans la continuité ”, Manuel Bandeira, est aussi une des figures les plus captivantes de toute la poésie brésilienne : familier et ironique, créateur de mythes qui entreront ensuite dans le patrimoine poétique collectif. C’est un des rares écrivains capables de ces sauts hors du quotidien et de l’analytique jusqu’à l’universel qui sont les véritables bases de la poésie.

Marcus de Barros, étudiant FLE, Français 6




La Reine des prisons de Grèce (Osman Lins)

6 11 2008

Ce roman se présente comme le journal tenu par un professeur de sciences, resté seul dans un appartement de São Paulo après la mort violente de Julia Marquezim Enona, qui partageait sa vie depuis trois ans. Pour ressusciter un passé – Vécu ? Imaginaire ? – il entreprend de commenter le roman inédit laissé par la jeune femme. La composition énigmatique du manuscrit le pousse à s’intéresser aux arts divinatoires et à la chiromancie.

Nous assistons aux tribulations de la malheureuse aux prises avec un système aberrant et particulièrement inefficace, à ses pérégrinations entre Recife et Olinda, dont la topographie se brouille et se confond. Le temps lui-même se dissout en un temps aboli, celui où les Hollandais s’étaient installés sur la côte Nord-Est du Brésil, il y a trois siècles. Aux yeux de cette héroïne dénuée, les détritus et les épaves qui couronnent les tas d’ordures ou qui sont charriés par les fleuves en crue, deviennent de véritables trésors. La description détaillée, cinglante de ses découvertes, illustre bien cette esthétique de la pénurie particulière aux pays du Tiers Monde où sévit la faim. C’est est aussi une métaphore de l’acte d’écriture, bricolage maniaque et superstitieux qui devient du texte.

Le personnage central du roman est Marie de France, jeune ouvrière, ancienne domestique… qui n’a jamais eu toute sa tête. Son état mental s’aggrave, si bien qu’elle postule une pension à vie, ou à défaut, temporaire,  auprès de la Sécurité Sociale brésilienne.

Cette alliance entre le traditionnel et des procédés d’écriture novateurs fait la singularité et la richesse de l’œuvre d’Osman Lins, dont les personnages appartiennent tous au monde des déshérités, des souffrants. La démarche de l’écrivain reflète ici la situation du Brésil contemporain où coexistent d’une part la tradition agraire, patriarcale et mystique du Nord-Est et d’autre part la modernité de grandes villes du Sud.

Victor et Lucas, étudiants FLE, Français 6




Nelson Rodrigues : la fleur de l’obsession

13 10 2008

Nelson Rodrigues (Recife 1912 - Rio de Janeiro 1980)

À la nouvelle rentrée du blog, je veux élargir le sujet de mes articles. Si, premièrement, j’écrivais sur les poètes de Pernambouc, maintenant j’essayerai de parler des auteurs brésiliens que j’aime bien. Allons-y !

Il y a quelques semaines j’ai lu un recueil de chroniques de Nelson Rodrigues. C’est une lecture trop agréable, car l’écrivain mélange dans ses textes la mémoire passée avec les faits autour de son quotidien, toujours imprégnés d’une ironie acide. Connu comme réactionnaire, par sa position politique, Nelson s’affirme anticommuniste, en s’opposant aux idées de gauche qui se trouvent dans la société et, surtout, parmi les intellectuels de son temps. Mais ce n’est pas seulement ça, l’auteur remarque les personnages sociaux très singuliers, parfois, comiques : le canaille, la veuve, les personnes de la haute société, le communiste, le brésilien, etc. Quelqu’un peut dire que l’écrivain répète beaucoup les thèmes et les personnages dans ses chroniques. Bon, ce n’est pas complètement faux. Mais je pense que cela n’a aucune importance, parce qu’il n’aborde jamais un sujet ou une personne par le même aspect. L’écrivain était aussi dramaturge, romancier et nouvelliste. C’est important remarquer que Nelson est l’auteur de phrases et d’images géniales qui nous font réfléchir, rire et qui nous émeut :

« Dans notre siècle, le « grand homme » peut être, en même temps, une bonne bête. »

« Le mari ne doit pas être le dernier à le savoir. Le mari ne doit jamais savoir. »

« Le lit est un mobile métaphysique. »

Wilson, étudiant FLE, français 7




Paulo Leminski

7 10 2008

Paulo Leminski est né à Curitiba le 24 août 1944. Au cours de sa vie, il a travaillé comme professeur de rédaction et d’histoire. Il était ceinture noire et aussi professeur de judo, directeur et rédacteur publicitaire, traducteur et par-dessus tout poète.

Ses premiers poèmes ont été publiés en 1964 dans le magazine Invenção, porte-parole de la poésie concrète de São Paulo. Bien qu’il ait écrit aussi en prose, la poésie est la meilleure de ses facettes. Poète d’une œuvre singulière et originale ayant reçu des influences de la musique, de la philosophie, de la culture orientale, et d’autres encore. Son œuvre et est pleine d’ironie et d’humour. C’est l’influence de la culture orientale qui a donné un grand nombre de haïcais, genre de poème japonais qui constitue la partie la plus connue de son œuvre.

Bohème dans le corps et poète dans l’âme, il a eu une vie rare. Il a même écrit à une amie qu’il laisserait les beuveries car il ne voulait pas mourir comme Fernando Pessoa. Par ironie ou par hasard, le brésilien est mort au même âge et de la même maladie que l’auteur portugais.

L’acide, le passionnant et génial Leminski nous a laissé son meilleur legs : sa poésie.

Fernanda, étudiante FLE, français 6




João Cabral de Melo Neto

7 10 2008

João Cabral de Melo Neto, né le 09 janvier 1920 et mort le 09 octobre 1999, est un grand poète brésilien.

L’essence de son activité poétique essaie de dévoiler les éléments concrets de la réalité, qui se présentent comme un défi pour l’intelligence du poète.

Toujours guidé par la logique et le raisonnement, ses poèmes évitent l’analyse et l’exposition du moi et se tournent vers l’univers des objets, des paysages, des faits sociaux, sans jamais recourir au sentimentalisme.

Par conséquent, le plaisir esthétique que sa poésie pourrait causer découle d’une lecture rationnelle et analytique plutôt que de l’implication émotionnelle avec le texte.

Ses descriptions acquièrent une valeur symbolique dénonçant la critique sociale que le poète veut mettre en place.

Marcus Tulius, étudiant FLE, français 6