Ni N. Sarkozy, qui s’est pourtant affiché comme le candidat de la rupture, ni S. Royal, ne présente dans son programme l’évolution du système éducatif français vers ce qu’on peut appeller le “modèle européen” : pilotage du système éducatif au niveau des régions, autonomie des établissements, assouplissement du statut des enseignants, personnalisation de l’enseignement, évaluation systématique et permanente des élèves, des enseignants, des établissements. Il est vrai que depuis l’échec du référendum constitutionnel européen, peut-être l’opinion s’est-elle renforcée dans l’idée que ce qui est français est meilleur, en tout cas pour nous.
On peut comprendre aussi qu’une “révolution scolaire” soit difficile à “vendre” à une opinion peu préparée, particulièrement l’opinion enseignante qui est bien peu informée sur l’enseignement dans les autres pays d’Europe.
Si on enlève la rhétorique purement électorale qui sera vite oubliée, il reste dans les propositions de Nicolas Sarkozy (voir son discours programme) quelques propositions intéressantes :
D’abord il s’intéresse à l’organisation générale du système éducatif : les établissements pourront se différencier, donc offrir aux élèves et aux familles des solutions différentes. L’offre d’enseignement étant diversifiée, les parents pourront choisir entre des formules diverses. La spécialisation des établissements permettra de supprimer la carte scolaire, en évitant la concurrence.
Sur le contenu des enseignements, Nicolas Sarkozy veut dissocier « l’école du savoir » (les apprentissages fondamentaux) confiée au système scolaire, de « l’école de la vie » (les activités d’éveil) confiée aux municipalités.
Troisième innovation importante : passer d’une culture de programme à une culture d’évaluation et de résultats. Evaluation du système lui-même (par un organisme indépendant), mais surtout celle des établissements et des enseignants (à partir des résultats des élèves). La gestion des moyens et des rémunérations serait modulée en fonction des résultats obtenus par les uns et les autres. Partout, particulièrement en ZEP.
Ensuite, pour faire face à l’échec scolaire, le candidat de l’UMP veut sortir de l’enseignement standard : soutien scolaire dans l’établissement, internats, écoles de la deuxième chance.
Enfin, une certaine ouverture du système éducatif sur le monde et son environnement, vers l’Europe notamment (un semestre de scolarité pour chaque jeune dans un pays voisin) et les entreprises (sensibilisation précoce aux métiers, stages..).
Mais les trois premières propositions vont à la fois trop loin pour rallier le corps enseignant à la candidature Sarkozy et pas assez pour être vraiment efficaces. Par exemple, les établissements ne peuvent fonctionner de façon autonome, s’ils ne sont pas en même temps coordonnés et pilotés. Or depuis Paris il est impossible de piloter les 11000 lycées et collèges et les 56 000 établissements. N. Sarkozy qui est un centralisateur, veut garder le système étatique. Donc çà ne marchera pas.
N. Sarkozy veut rapprocher sinon fusionner l’Education nationale et la Culture. Peut-être ferait-il bien de demander aux Britanniques pourquoi l’Education est dans les Affaires sociales… De même, la coupure entre « l’école du savoir » et « l’école de la vie » est une idée brillante, mais toute l’Europe va en sens inverse. L’enseignement français ne connaît que « l’élève ». Tous les systèmes performants s’intéressent à « l’enfant » (voir l’Angleterre). Séparer l’élève de l’enfant est une vision bureaucratique et administrative, une facilité parce que les écoles ferment à 17h30. Au contraire, si on veut faire de l’éducation, et pas de l’instruction, il faut s’intéresser aux jeunes dans la totalité de leur vie. Quand, après le Front populaire, le gouvernement de la Libération a intégré l’éducation populaire dans l’Education nationale, il avait cent fois raison et on paie encore dans les banlieues la coupure qui s’est installée… Les jeunes en difficulté ont en face d’eux une administration qui s’occupe de leur instruction, une autre de leurs loisirs, une autre de la sécurité, une autre de leurs activités sportives… Toutes ces structures se coordonnent rarement… Et en définitive qui s’occupe d’eux ?
Quant à Ségolène Royal, on peut comprendre qu’elle ait besoin de rassembler l’électorat enseignant sur son nom. Elle ne prend aucun risque au niveau de son pacte présidentiel et elle a sans doute raison. Reste à savoir si son programme, très proche des revendications syndicales, correspond à ses intentions, ou si, une fois élue, elle se lancera dans une vaste opération de mise à plat du système éducatif. Victorieuse, elle serait bien placée pour convaincre le corps enseignant, mais aussi les parents et l’opinion publique, de la nécessité de reconstruire le système éducatif avant qu’il n’implose ou qu’il se privatise.
J’explique dans mon livre “Révolution scolaire”, comment la gauche doit renouer avec le passé glorieux du Front populaire, relire le plan Langevin-Wallon et jeter le corporatisme aux orties. Autrement dit privilégier l’intérêt des enfants tels qu’ils sont aujourd’hui, sur les droits acquis des adultes. Il sera encore temps d’en parler au moment des élections législatives, et même après.