“REVOLUTION SCOLAIRE”

Révolution scolaire
Peut-on faire naitre un vrai débat sur le système éducatif que nous voulons ?
C’est l’objectif de mon livre “Révolution scolaire” publié par les Editions La Martinière.
La vérité est révolutionnaire et la vérité, c’est que l’Education nationale, dernier des dinosaures, est à bout de souffle. A l’aube du XXIème siècle, elle apparait totalement incapable de faire face aux nouveaux enjeux. Que faire ?
On n’a guère le choix que de laisser une privatisation rampante s’installer ou tout changer.
La vérité, c’est que tous les experts, les dirigeants politiques, de gauche ou de droite, ont le même modèle en tête. Les exemples étrangers, les réussites connues dans notre pays même, nous disent ce qu’il faudrait pour en finir avec l’échec scolaire, redonner un niveau correct à tous dans les matières principales et assurer une bonne intégration économique, sociale et culturelle des jeunes dans la société.
Mais ce modèle reste secret. Chut ! N’en parlons pas ! Les syndicats écoutent.
On ne dit rien, mais on avance en catimini. Par petites touches de gauche et de droite, suivant l’alternance, on y va. Un peu de Lolf, un peu de conseils pédagogiques, une main tendue aux parents, un zeste de découverte professionnelle, un début d’évaluation, un petit coup de canif dans le statut des enseignants, un peu d’autonomie pour les EPLE, un essai de soutien individuel…
On y va, mais à ce rythme, cela va prendre un demi-siècle.

Dans mon livre, j’expose donc les grandes lignes de ce modèle présent partout, et exprimé nulle part. Pour qu’on en discute.
La démocratie consiste à dire la vérité aux citoyens pour qu’ils prennent leurs responsabilités. Je crois profondément que, fondée sur l’intérêt des jeunes, cette nouvelle organisation du système éducatif ralliera une grande majorité des enseignants (mais oui !), des parents et des responsables économiques. Mais faut-il attendre 50 ans ?

Education nationale : Rupture ?

Oui, il faut rompre avec le centralisme dont les effets sont dévastateurs. Car le centralisme cogéré au niveau national avec les syndicats entraine nécessairement le fonctionnement par “oukases” et une standardisation généralisée (tous les établissements sont mis sur le même plan, sauf ceux des ZEP, tous les profs se valent, tous les élèves sont censés avoir les mêmes caractéristiques, donc les horaires, les programmes, l’organisation des études etc… sont identiques).

Si le nouveau ministre croit qu’il peut personnaliser l’enseignement, assouplir les statuts des personnels, donner une vraie autonomie aux établissements, sans décentraliser, il se trompe. Comme ses prédecesseurs, il peut évidemment faire semblant.

Dans la conjoncture actuelle, le gouvernement étant à droite et les régions en quasi totalité à gauche, le partage des responsabilités est idéal pour décentraliser : en confiant le pilotage de l’Education aux régions, le gouvernement UMP donnerait aux Conseils régionaux socialistes la responsabilité de l’enseignement, se réservant les fonctions de péréquation et d’évaluation. Un cadeau qui ne saurait être refusé !

Les programmes des candidats pour l’éducation

Ni N. Sarkozy, qui s’est pourtant affiché comme le candidat de la rupture, ni S. Royal, ne présente dans son programme l’évolution du système éducatif français vers ce qu’on peut appeller le “modèle européen” : pilotage du système éducatif au niveau des régions, autonomie des établissements, assouplissement du statut des enseignants, personnalisation de l’enseignement, évaluation systématique et permanente des élèves, des enseignants, des établissements. Il est vrai que depuis l’échec du référendum constitutionnel européen, peut-être l’opinion s’est-elle renforcée dans l’idée que ce qui est français est meilleur, en tout cas pour nous.

On peut comprendre aussi qu’une “révolution scolaire” soit difficile à “vendre” à une opinion peu préparée, particulièrement l’opinion enseignante qui est bien peu informée sur l’enseignement dans les autres pays d’Europe.

Si on enlève la rhétorique purement électorale qui sera vite oubliée, il reste dans les propositions de Nicolas Sarkozy (voir son discours programme) quelques propositions intéressantes :

D’abord il s’intéresse à l’organisation générale du système éducatif : les établissements pourront se différencier, donc offrir aux élèves et aux familles des solutions différentes. L’offre d’enseignement étant diversifiée, les parents pourront choisir entre des formules diverses. La spécialisation des établissements permettra de supprimer la carte scolaire, en évitant la concurrence.

 Sur le contenu des enseignements, Nicolas Sarkozy veut dissocier « l’école du savoir » (les apprentissages fondamentaux) confiée au système scolaire, de « l’école de la vie » (les activités d’éveil) confiée aux municipalités.

 Troisième innovation importante : passer d’une culture de programme à une culture d’évaluation et de résultats. Evaluation du système lui-même (par un organisme indépendant), mais surtout celle des établissements et des enseignants (à partir des résultats des élèves). La gestion des moyens et des rémunérations serait modulée en fonction des résultats obtenus par les uns et les autres. Partout, particulièrement en ZEP.

 Ensuite, pour faire face à l’échec scolaire, le candidat de l’UMP veut sortir de l’enseignement standard : soutien scolaire dans l’établissement, internats, écoles de la deuxième chance.

 Enfin, une certaine ouverture du système éducatif sur le monde et son environnement, vers l’Europe notamment (un semestre de scolarité pour chaque jeune dans un pays voisin) et les entreprises (sensibilisation précoce aux métiers, stages..).

  Mais les trois premières propositions vont à la fois trop loin pour rallier le corps enseignant à la candidature Sarkozy et pas assez pour être vraiment efficaces. Par exemple, les établissements ne peuvent fonctionner de façon autonome, s’ils ne sont pas en même temps coordonnés et pilotés. Or depuis Paris il est impossible de piloter les 11000 lycées et collèges et les 56 000 établissements. N. Sarkozy qui est un centralisateur, veut garder le système étatique. Donc çà ne marchera pas.

N. Sarkozy veut rapprocher sinon fusionner l’Education nationale et la Culture. Peut-être ferait-il bien de demander aux Britanniques pourquoi l’Education est dans les Affaires sociales… De même, la coupure entre « l’école du savoir » et « l’école de la vie » est une idée brillante, mais toute l’Europe va en sens inverse. L’enseignement français ne connaît que « l’élève ». Tous les systèmes performants s’intéressent à « l’enfant » (voir l’Angleterre). Séparer l’élève de l’enfant est une vision bureaucratique et administrative, une facilité parce que les écoles ferment à 17h30. Au contraire, si on veut faire de l’éducation, et pas de l’instruction, il faut s’intéresser aux jeunes dans la totalité de leur vie. Quand, après le Front populaire, le gouvernement de la Libération a intégré l’éducation populaire dans l’Education nationale, il avait cent fois raison et on paie encore dans les banlieues la coupure qui s’est installée…   Les jeunes en difficulté ont en face d’eux une administration qui s’occupe de leur instruction, une autre de leurs loisirs, une autre de la sécurité, une autre de leurs activités sportives… Toutes ces structures se coordonnent rarement… Et en définitive qui s’occupe d’eux ?

Quant à Ségolène Royal, on peut comprendre qu’elle ait besoin de rassembler l’électorat enseignant sur son nom. Elle ne prend aucun risque au niveau de son pacte présidentiel et elle a sans doute raison. Reste à savoir si son programme, très proche des revendications syndicales, correspond à ses intentions, ou si, une fois élue, elle se lancera dans une vaste opération de mise à plat du système éducatif. Victorieuse, elle serait bien placée pour convaincre le corps enseignant, mais aussi les parents et l’opinion publique, de la nécessité de reconstruire le système éducatif avant qu’il n’implose ou qu’il se privatise.

J’explique dans mon livre “Révolution scolaire”, comment la gauche doit renouer avec le passé glorieux du Front populaire, relire le plan Langevin-Wallon et jeter le corporatisme aux orties. Autrement dit privilégier l’intérêt des enfants tels qu’ils sont aujourd’hui, sur les droits acquis des adultes. Il sera encore temps d’en parler au moment des élections législatives, et même après.

Laurent Lafforgue

Au cours d’une émission radio sur BFM, j’ai pu échanger avec Laurent Lafforgue, grand mathématicien, médaille Field 2002, homme courageux qui dénonce les errements de notre système éducatif et la catastrophe en cours. Sa force de conviction est grande, ses arguments impressionnants. Il croit que l’Education nationale peut évoluer sous l’effet d’une prise de conscience. Malheureusement, il se trompe. Un puissant verrou empêche toute évolution. Les trente dernières années l’ont prouvé. J’ai signé sa pétition, parce qu’il a raison sur les objectifs. Mais y a-t-il quelque chose de possible tant que le système restera centralisé et bureaucratique et tant que  l’ensemble de la classe politique et les principaux syndicats enseignants auront également intérêt à ne rien changer ? 

La journée scolaire

Aucun candidat à l’élection présidentielle n’est apparemment préoccupé par la journée scolaire imposée aux enfants enfants et adolescents de ce pays. Pourtant le parti socialiste se réfère souvent à l’emblématique Plan Langevin-Wallon revendiqué depuis 1946 par toute la gauche et qui sur ce sujet, a pris des positions, on ne peut plus nettes et révolutionnaires. (voir site de la Ligue de l’Enseignement). Que prévoyait ce projet toujours cité, mais jamais appliqué ?

“Pour fixer le temps consacré par l’enfant à l’école, il faut tenir compte de ses possibilités physiologiques et de ses besoins psychologiques. Il ne devra pas excéder, entre 7 et 9 ans, 2 heures par jour et 10 heures par semaine ;

De 9 à 11 ans : 3 heures par jour et 15 heures par semaine ;

De 11 à 13 ans : 20 heures par semaine.

De 13 à 15 ans : 25 heures par semaine.

Dans cet horaire seront incluses les séances de “travail dirigé’. Ce travail sera véritablement dirigé de 11 à 15 ans, il sera seulement contrôlé durant le troisième cycle et complètement libre dans les dernières années. En dehors de la classe, l’enfant devra pouvoir se livrer à toutes les activité de son choix : jeux, lectures, etc.”

Or où en sommes nous ? 6 à 7 heures par jour pour les 7-11 ans et plus ensuite, jusqu’à 10 heures par jour pour certains lycéens. En fait, l’école pratique le gavage des oies et il n’est pas surprenant que beaucoup d’enfants, saturés dès le début du CP, soient en échec scolaire dès le départ.

N’oublions pas qu’à l’entrée en 6ème, près d’un enfant sur trois est tout à fait incapable de suivre les programmes du collège et que deux sur trois ne sont pas vraiment au niveau. 60% sont incapables de diviser 60 par 4 ! On attribue plusieurs causes à ce désastre, mais le rythme scolaire imposé dès l’âge de 7ans pourrait bien en être la principale. Les neuropsychiatres constatent de plus en plus de “phobies scolaires” , y compris chez de bons élèves. Ces enfants ne veulent tout simplement plus aller à l’école. (voir le site de Psy.enfant).

Sans compter que le nombre important de cours dans la même journée détermine directement le poids du cartable scolaire. Nos enfants portent sur leur dos de 20 à 26% de leur propre poids ! Trop de cours dans la journée. Tout le travail devrait être fait à l’école. Un enfant de six ans ne devrait pas avoir à porter de livres entre l’école ou la maison. Ce gavage ne sert strictement à rien, sinon à sélectionner les plus résistants. On peut parler de maltraitance à propos de la journée scolaire imposée aux enfants et aux adolescents.

Alors quel candidat décidera la révision déchirante ? Mieux distinguer, pour les enfants de moins de 11 ans, le travail (intensif mais limité à 4 heures par jour maximum), et les activités ludiques, distrayantes et surtout reposantes, avec un ou d’autres adultes. Et surtout plus de travail à la maison, qui est faite pour jouer en famille ou avec des amis, à moins d’aller faire du sport, de la musique, de la danse… Notre école primaire ne fonctionne pas. Il faut la repenser en étudiant ce que font les autres.  La journée se termine vers 13 heures en Hongrie, 13h30 en Slovaquie, 15 heures en Grande Bretagne et en Pologne, 15h30 en Suède, 16h en Belgique. La journée allemande ne dure que 5 heures. Nos élèves sont-ils meilleurs ?

On s’est trompé pour la réduction du temps de travail. C’était aux enfants qu’il fallait la donner.

Les TIC ont-elles leur place à l’école ?

Suivant une étude Médiamétrie, 80 % des 13-17 ans ont accès à un ordinateur à la maison. 60% se connectent tous les jours. L’Education nationale nous explique que les ¾ des enseignants sont à titre personnel équipés d’un ordinateur connecté à internet. Selon Vincent Bastid, responsable marketing Education de Microsoft en France, entre 5 à 10% des professeurs seulement utilisent les technologies en classe. On en connaît les raisons : L’équipement des établissements est encore insuffisant. Les professeurs ne sont pas dotés à titre personnel des outils de travail dont ils ont besoin et pas davantage des formations qui vont avec.

En conséquence, « l’école qui en 2000 favorisait les premières expériences, ne semble pas avoir réussi l’intégration d’internet dans les pratiques scolaires » suivant le Clemi qui cite une étude européenne.

Par ailleurs, certains commencent à dire que les TIC en général et internet en particulier se développent dans une direction qui n’est pas celle des objectifs de l’école. Le Café Pédagogique en conclue dans un édito de juin dernier que « l’école, lieu de médiation par excellence, est concurrencée » par les technologies nouvelles et les valeurs qu’elles portent : « l’interactivité, la communication interindividuelle, la collaboration » qui vont à l’encontre de la « forme scolaire canonique ». Il ne faut donc pas en attendre une réconciliation par les TIC entre les adolescents et le travail scolaire. La lette de la VST (Veille scientifique et technologique de l’INRP) dans son numéro 19 daté du 16 juin a repris le même discoursEnfin, la lecture des publications altermondialistes montrent que l’extrême-gauche, et même certains syndicats enseignants sont opposés à l’entrée des TIC dans l’école parce qu’il ne s’agit en fait, selon eux, que de l’ouverture d’un nouveau marché pour les multinationales, comme l’a très bien expliqué Nico Hirtt dans une de ses conférences. Je me demande si tout cela n’est pas lié et si, pour des raisons idéologiques, l’usage des TIC n’est pas délibérément freiné dans le système éducatif…