EVOLUTION / L’HYPOTHESE DE LA REINE ROUGE (Van Valen, 1972)

Lewis Carroll achève « De l’autre côté du miroir » (1930, réédité sous ce nom en 1938), le second volet d' »Alice au Pays des Merveilles »

Dans ce livre, la Reine rouge, une pièce du jeu d’échecs, entraîne Alice dans une course effrénée : “ Mais, Reine rouge, nous courons vite et le paysage autour de nous ne change pas ?”
La Reine rouge répond : “Nous courons pour rester à la même place.”Cette métaphore symbolise la course aux armements entre les espèces, la lutte de l’épée et du bouclier. Il y a 42 ans, en 1972, Van Valen constate que la probabilité d’extinction d’un groupe d’êtres vivants est constante au cours des temps géologiques. Elle se base sur les courbes de survie, établies par lui-même, d’une cinquantaine de groupes d’organismes vivants tels que des Protistes (Animaux Unicellulaires), des Plantes et des Animaux. Ainsi, si la sélection naturelle favorise les prédateurs les plus rapides, elle favorise aussi les proies les plus rapides, ce qui aurait pour résultat un rapport de forces inchangé entre les espèces mais des générations d’individus toujours plus rapides, donc des espèces pas plus « évoluées » vis-à-vis du rapport de forces. Le processus constitue donc, comme dans le conflit sexuel, une forme de coévolution antagoniste, une évolution parallèle contraire. De ce fait, la théorie de la Reine rouge est également surnommée paradoxe de l’évolution.
Dans cette course, la reproduction sexuée est un avantage certain grâce à la constante recombinaison des allèles qu’elle permet. Cette évolution va dans le sens de la complexification des organismes.
Exemple : les papillons pollinisateurs et les variétés d’Orchidées qu’ils pollinisent. Le papillon plonge sa trompe dans le nectaire (glande à nectar de fleurs).
Ce faisant, il se barbouille du pollen situé dans les organes sexuels de la fleur près de l’extrémité libre du nectaire ; le papillon transporte ensuite ce pollen et fertilise d’autres fleurs.
Hypothèse : la taille des papillons augmente et donc la longueur de leur trompe. Ils pourront alors, si on l’admet, aspirer le suc des plantes de petite taille sans toucher au pollen et les petites plantes seront défavorisées. Aussi ne se reproduiront que les plantes au long nectaire.
Cette reproduction fera alors que certaines plantes auront des nectaires trop longs pour que les insectes puissent y plonger leur trompe et seuls les insectes à très longue trompe pourront se nourrir : ils seront avantagés et se reproduiront mieux.
Ainsi les papillons à longue trompe prédomineront, et parmi ceux-ci, certains à la très longue trompe pourront se nourrir sans attraper de pollen dans les orchidées à petit nectaire, ce qui favorisera la prolifération des plantes à tube encore plus profond, etc, etc.
Cette augmentation conjointe de la taille des papillons et des orchidées fait qu’aujourd’hui la taille du tube à nectar des papillons est de 25 centimètres ! Aussi la théorie de l’évolution de Darwin est précisée : quand la mutation d’un organisme amène un changement qui lui est favorable, ce changement induit des modifications d’autres organismes qui vont l’amener à amplifier ce changement ou à développer d’autres caractéristiques avantageuses, qui elle même entraîneront d’autres modifications, etc., etc. A chaque génération il y a sélection d’orchidées au nectaire de plus en plus profond et de papillons à la trompe de plus en plus longue.
Conséquence : la complexité s’accroît, sans qu’augmente la qualité de l’adaptation vis à vis de l’environnement.
C’est pourquoi nous sommes beaucoup plus complexes que les bactéries, les premiers habitants planétaires. Depuis 3 Ga (milliards d’années) nous évoluons vers la complexification, un changement de l’environnement amenant une sélection qui en induit d’autres. Un pays des Merveilles ? La coévolution est une course perpétuelle !

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