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Des remèdes à l’ancienne vont-ils permettre la mise au point de contraceptifs d’un genre nouveau ?

Des chercheuses de l’université de Californie à Berkeley ont isolé dans 2 plantes t utilisées en Asie et dans le Pacifique 2 composés anti-fertilisation, c’est-à-dire anti-fécondation. Leurs « condoms moléculaires », comme elles les ont surnommés, ont fait l’objet d’une publication dans les Proceedings of National Academy of Sciences

« Ces produits chimiques végétaux sont efficaces à faible dose et ne semblent pas avoir d’autres effets que celui d’empêcher le spermatozoïde de traverser la couche protectrice qui enveloppe l’œuf », explique la biologiste moléculaire et cellulaire Polina Lishko qui a dirigé l’étude. Concrètement, ils empêchent l’hyperactivation de la flagelle, ce dernier coup de fouet vigoureux de la queue du spermatozoïde, sans lequel il ne peut percer la membrane de l’ovule au terme de sa course dans l’appareil reproductif féminin.

En avril 2016, Polina Lishko et sa collègue Nadja Mannowetz avaient déjà découvert que cette hyperactivation dépendait de la progestérone produite par l’œuf au moment de l’ovulation. Pour faire simple, cette hormone stimule une enzyme ABHD2 qui permet l’ouverture des canaux calciques de la flagelle. L’afflux massif de calcium modifie le tempo et la vigueur du battement, qui devient plus vif et asymétrique et peut se lancer dans une dernière opération de forage.

C’est en cherchant les composés qui pourraient stimuler ou altérer cette « hyperactivation de la mobilité » que les biologistes ont eu l’idée de compulser d’anciens traités sur les « plantes de l’infertilité » utilisées notamment par les Chinois ou par des tribus des îles pacifiques. 2 d’entre elles ont retenu leur attention.

Tripterygium wilfordii, la vigne du tonnerre divin, une plante médicinale traditionnelle chinoise, utilisée dans le traitement contre la polyarthrite rhumatoïde réputée provoquer l’infertilité et riche en primisterine. Et une racine de pissenlit du pacifique, riche en lupéol, était apparemment discrètement utilisée pour sa seconde propriété.

A faible dose, les 2 composés  bloquent la réaction en chaîne qui devrait provoquer l’hyperactivation.

Après une nage libre, le spermatozoïde se retrouve la flagelle en berne au moment crucial et ne peut pas forer l’ovule. Selon les chercheuses, la primistérine et le lupéol pourraient être utilisés en association pour des contraceptions d’urgence, via une pilule ou un anneau vaginal, puisque les spermatozoïdes restent plusieurs heures dans l’appareil génital avant d’atteindre l’œuf. Ils pourraient permettre la mise au point d’un contraceptif oral pour les hommes. Bref, c’est une alternative à la contraception hormonale et au préservatif classique qui se profile dans les laboratoires de Berkeley. Des essais sur des primates non humains sont à l’étude.