Tous les billets de novembre 2007

La Belgique va t’elle disparaître ?(suite)

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Aujourd’hui, 7 novembre 2007, le vote de la scission de l’arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde était à l’ordre du jour de la commission de l’Intérieur de la Chambre. « Au 150e jour d’une crise interminable », cette échéance constitue « une véritable bombe politique et institutionnelle », s’inquiète Le Soir, qui titre sur « le pacte belge en péril« .

Le vote est intervenu peu après 14h30 (13h30 GMT), juste après que les députés francophones eurent quitté les lieux en signe de protestation (photo), selon les images retransmises en direct sur plusieurs chaînes de télévision, francophones et flamandes. Les Flamands avaient amplement prévenu de leur intention de procéder à ce vote, tout comme les francophones avaient prévenu qu’ils le considèreraient comme un acte «très grave», voire une «déclaration de guerre» qui pourraient torpiller cinq mois d’efforts pour tenter de former un gouvernement fédéral.

Le texte adopté par la commission de l’Intérieur du Parlement belge, où les Flamands sont majoritaires puisqu’ils représentent 60% de la population belge, prévoit la scission de l’arrondissement électoral de Bruxelles Hal Vilvorde (BHV).

Cet arrondissement réunit Bruxelles, ville majoritairement francophone, et 35 communes flamandes de sa périphérie. S’il est effectivement scindé, ce que les francophones ont toujours refusé, les quelque 120.000 francophones vivant en périphérie flamande perdraient la possibilité de voter pour des candidats francophones aux élections législatives.

«On ne peut évidemment pas accepter qu’une communauté belge agresse de manière aussi brutale une autre communauté. Aujourd’hui, les Flamands rompent cet équilibre de manière brutale. Nous sommes dans quelque chose qui s’apparente à une crise de régime», a déclaré Yvan Mayeur, député francophone socialiste, membre de cette commission. La Belgique va mal, très mal…

voir l’article de 20 minutes sur sur le vote de ce texte.

voir la revue de presse de Courrier International.

Qui est le papa d’Astérix ?

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Son papa est René GOSCINNY (scénariste) , mort il y a tout juste trente ans. Aujourd’hui encore, il fait toujours l’actualité. Deux nouveaux ouvrages sont consacrés au génial créateur d’Astérix , d’Iznogoud ou du Petit Nicolas. Du Panthéon à Buenos Aires (éd. Imav) souligne l’influence persistante de ce maître de l’humour, en compilant 16 courtes chroniques publiées entre 1964 et 1976 et illustrées par des dessinateurs de générations diverses. Plus confidentielle, Gos­cinny – La liberté d’en rire (éd. Perrin), une biographie de Pascal Ory, raconte le destin hors du commun de ce fils d’immigrants polonais devenu une référence mondiale en matière de BD… et un auteur de cinéma très rentable !

En compagnie André UDERZO, le dessinateur, René GOSCINNY avait lui-même expliqué comment Astérix était né :

Astérix a failli ne pas naître. Nous avons créé Astérix pour le journal Pilote, que nous avions fondé. Il nous fallait créer une histoire. La première idée que nous avons eue était de moderniser Le Roman de Renart en BD. Nous avons fait une page qui nous plaisait bien, et nous avons appris que quelqu’un venait de faire quelque chose de tout à fait similaire. Nous avons cherché autre chose, qui a été Astérix. Les études de marché prouvaient alors que le héros devait être jeune et beau pour que le lecteur puisse s’identifier, qu’il fallait traiter de problèmes actuels plutôt qu’anciens. Demander à quelqu’un ce qu’il aimerait, c’est déjà fini, puisque nous sommes là pour surprendre le lecteur. S’il connaît les histoires avant nous, ça ne lui plaira pas. Personne ne peut prévoir les succès. (…) On s’est simplement dit : ça va être marrant de prendre des Gaulois et des Romains, deux groupes antagonistes. Les Gaulois étant moins nombreux et moins forts, on leur donnera un druide qui fabrique une potion magique… Et c’est parti comme ça, sans autre idée préconçue.

in Les Cahiers de la bande dessinée n° 22 et supplément au n° 125 des Inrockuptibles, qui reprend la Radioscopie de Jacques Chancel du 18/02/1972 et les personnages d’une vie de Monique Lefebvre et Claude-Jean Philippe, réalisé par Claude de Givray

Quelques références complémentaires :

-  un article du site RTL info.be intitulé René Goscinny, scénariste et grand auteur français

- le site officiel de René GOSCINNY

- le site officiel d’Astérix pour devenir incollable sur le sujet

 

Le nouveau site GEO-Webreportage

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Thomas GALOISY, un sympathique collègue, a rencontré dans un cocktail mardi soir Jean-Luc Marty, l’actuel rédacteur en chef du magazine GEO. Ce dernier vient de lancer le site GEOwebreportage sur celui du magazine.

iL’idée dominante au niveau éditorial est de considérer que la géographie est concrète, ancrée dans la réalité de la vie quotidienne des individus. Ainsi, le premier reportage évoque la vie des taxis à Mexico sous un angle très réaliste.
Tout comme Thomas, j’apprécie cette démarche qui allie un journalisme rigoureux et l’utilisation d’internet de façon malicieuse pour présenter une information utile à tous ceux qui s’intéresse à la géographie. Je suis certain que vous aussi vous serez scotché à votre écran en voyant la géographie prendre vie sous vos yeux…

Vous pouvez même écouter ici une interview sur le net de Jean-Luc Marty.

Retrouvez les articles de Thomas Galoisy, professeur d’histoire-géo, sur son blog en cliquant ici.

Je profite de l’occasion pour vous donner l’occasion de visionner un excellent numéro de la série « Le Dessous des Cartes » intitulé Une Planète en Sursis. Comment sera le monde en l’an 3000 ? Lorsque la géopolitique se teinte d’humour, on se met forcément à réfléchir, comme avec les Webreportages de GEO…

Hitler, portrait de jeunesse

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Le destin d’Adolf Hitler est pour le moins paradoxal. Né autrichien, il devint le maître de l’Allemagne; petit et brun, il exalta une prétendue «race supérieure» d’hommes grands et blonds; désireux de bâtir un «Reich de mille ans», il entraîna son pays, en cinq ans, dans un effondrement total.
Quatrième enfant d’un douanier, il est né le 20 avril 1889 à Braunau-am-Inn, petite ville de Haute-Autriche (à la frontière bavaroise) située alors dans l’empire austro-hongrois. Son père, Alois Hitler, est un fonctionnaire des douanes qui vit dans l’aisance. Il a épousé en troisièmes noces sa cousine, de 22 ans plus jeune que lui. Contrairement à ce que sa biographie officielle laisse entendre, Hitler jouit d’une enfance heureuse. Son seul souci est de pouvoir s’épanouir dans la peinture ou l’architecture, alors que son père veut le diriger vers la fonction publique.

Lors de sa scolarité à Linz, il ne manifeste que des aptitudes très moyennes. Il décide d’ailleurs d’abandonner ses études secondaires et il s’enfuit du domicile familial dès l’âge de seize ans en 1908 (son père est mort en 1903, sa mère en 1907) et gagne la capitale, Vienne ! Sur place, il entame alors une existence oisive, fréquentant les théâtres, découvrant la musique wagnérienne et consacrant de nombreuses heures à l’élaboration de projets architecturaux plus ou moins fantaisistes. Il éprouve une violente amertume en 1909 à l’occasion de son deuxième échec à l’examen d’entrée à l’École des Beaux-Arts de Vienne. Artiste raté, il dilapide dans la bohême la fortune laissée par son père et découvre très vite la misère et les refuges pour sans-abri.

Une fois l’héritage paternel épuisé, il vit, difficilement, d’une pension d’orphelin et du dessin de cartes postales et d’aquarelles. Il vivote en vendant dans la rue des dessins de Vienne. Clochard aigri, sans joie et sans relation féminine connue, il rumine sa haine de la bourgeoisie cosmopolite de Vienne, joyeuse et prospère. Ses loisirs se passent dans la lecture de quelques livres de vulgarisation qui exaltent la nation germanique… C’est durant ces années viennoises que l’antisémitisme en vient à occuper une place centrale dans sa vision du monde. Ecoutant les discours du chrétien-social Karl Lueger et du nationaliste pangermaniste Georg von Schönerer, lisant les pamphlets racistes d’Adolf Lanz, Hitler croit découvrir dans le judaïsme la source de tous les maux qui menaceraient la nation allemande et la «race aryenne».

Août 1914 va changer son destin comme celui du monde. Hitler, qui s’est établi à Munich deux ans plus tôt, s’engage comme volontaire dans l’armée bavaroise… Il est affecté au 16e régiment d’infanterie de réserve. Dans les tranchées, les différences sociales et les humiliations de la vie civile s’effacent. Ayant été blessé à deux reprises, il finit la guerre avec le grade de caporal, et est décoré de la croix de fer de première classe. Traumatisé par la défaite, il rejoint le dépôt de son régiment alors aux mains d’un conseil de soldats (novembre 1918). Comme beaucoup de soldats démobilisés et sans ressources, Hitler reste dans l’armée et finira par être employé comme «officier politique» pour infiltrer et dépister à Munich les trublions révolutionnaires, communistes, anarchistes… D’indic, il devient militant et s’engage lui-même dans un groupuscule nationaliste comme il en existe pléthore dans l’Allemagne déboussolée de l’après-guerre.

Hitler se fait remarquer par ses qualités d’orateur – sa voix magnétique et gutturale fascine l’assistance -, et s’impose à la présidence du parti en juillet 1921. A cette date, le NSDAP compte déjà plus de 3.000 militants, des troupes paramilitaires, les sections d’assaut (SA), et dispose d’un journal, le Völkischer Beobachter. Deux années plus tard, le NSDAP domine tous les autres groupuscules extrémistes, rassemblant 55.000 militants. Aux côtés du général Ludendorff, l’ancien caporal est devenu l’une des deux grandes figures de l’extrême droite munichoise, et sa réputation commence à s’étendre hors de Bavière.

Le 8 novembre 1923, alors que l’Allemagne connaît une situation économique et politique dramatique, Hitler tente un coup de force, mais le putsch, mal organisé, échoue lamentablement : seize nazis sont tués par la police munichoise, et Hitler lui-même est arrêté. Lors du procès qui s’ensuit, le chef du parti nazi n’en réussit pas moins à se présenter comme un patriote révolté par les agissements d’une république indigne, ce qui lui vaut la sympathie de toute l’Allemagne nationaliste. Le reste de l’Allemagne ne tardera pas à apprendre à le connaître…

Pour en savoir plus :

- article du site Herodote.net sur Les débuts cahotiques de Hitler *

- la biographie de Adolf HITLER sur le site MEMO *

- la biographie de Adolf HITLER sur le site SECONDE GUERRE MONDIALE

- Ian KERSHAW, Le Mythe Hitler, image et réalité sous le IIIe Reich. Traduit de l’anglais par Paul Chemla, Flammarion, 414 p. *

- Norman MAILER, Un château en forêt. Traduit de l’anglais par G.Meudal, Plon, 454 p. Dans ce roman, ce grand écrivain américain raconte l’enfance de Hitler à travers les yeux d’un SS, envoyé du diable. C’est sa manière d’expliquer pourquoi il ne croit pas à la banalité du mal. Voir son interview donnée au magazine L’Express

(*) Ces sources ont été utilisées, entre autres, pour la rédaction de cet article.

De quand date le premier Cirque ?

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La Piste aux étoiles

Tout commence 5 000 ans avant J.-C., en Chine, berceau de l’acrobatie, où femmes, enfants et paysans manient objets usuels et objets guerriers (drapeaux, bâtons). Puis viennent les acrobates d’Asie Mineure, les contorsionnistes hindous, les équilibristes japonais sur bambou, et, vers 2000 avant J.-C., les jongleurs à trois balles de Basse-Égypte. En Grèce, acrobates, montreurs d’animaux et personnages grotesques analogues aux augustes de cirque se produisent sur l’agora. À Rome, civilisation du spectacle, tout est visible, théâtralisé. On y est spectateur des orateurs du forum, des sacrifices rituels, des parades militaires, des funérailles où des figurants portent les masques mortuaires des ancêtres.

Les ludi, jeux donnés lors des grandes occasions, se déroulent dans les amphithéâtres et font précéder les combats de gladiateurs (le premier date de 264 avant J.-C.) et les courses de chars de démonstrations athlétiques, défilés de phénomènes et d’animaux exotiques, jongleurs, écuyers, équilibristes, dompteurs d’animaux et faiseurs de tours. Coûteux et sanglants, les ludi ne survivent pas à la chute de l’Empire et à l’expansion du christianisme. Dans l’Europe médiévale, montreurs d’animaux, jongleurs et acrobates sont condamnés à l’itinérance. Ils participent à des fêtes populaires et profanes, aux foires marchandes qui deviennent le fief des errants. Les banquistes, autre nom des saltimbanques, y gagnent difficilement leur pain. Leur habileté est même suspectée de sorcellerie et conduit certains au bûcher…

Philippe Astley, né en 1742 à Newcastle Under Lyne, vint à Paris et ouvrit, le 16 octobre 1783, faubourg du Temple, une salle ronde comportant deux rangées de loges, éclairées par 2000 bougies et où l’on voyait, durant les mois d’octobre à janvier, des exercices de manège ainsi que des tours surprenants de force et de souplesse tant sérieux que comiques. La forme actuelle du Cirque était née !

Les deux principaux acteurs étaient Astley père, le plus bel homme d’Europe et son fils âgé de 17 ans qui « avec des grâces et une vigueur capable d’enchanter le beau sexe« , exécutait sur des chevaux courant au grand galop, le menuet de Devonshire composé et dansé en 1781 à Londres par le grand Vestris. On y admirait encore le cheval qui rapporte ; le cheval qui s’assied comme un chien ; le combat du tailleur anglais et de son cheval ; un équilibriste sur le fil d’archal, nommé Sanders, un paillasse d’une agilité merveilleuse, et enfin un petite fille de quarante mois qui touchait du forte piano. Les places coûtaient 3 livres aux premières loges et 1 livre 10 sol aux secondes et 12 au parterre . L’année suivante, ce manège ferma, rouvrit en 1785 pour refermer encore et rouvrir le 29 septembre 1788.

Sous la Restauration, et encore plus sous le règne de Louis-Philippe, les Champs-Elysées furent un lieu de délices. Le cirque olympique devint le rendez-vous de toutes les élégances ; on y applaudissait le célèbre écuyer Baucher « qui domptait le plus terrible des chevaux d’Angleterre, le forçant à exécuter des quadrilles et des pas dont Vestris lui-même serait jaloux« . Dès sept heures du soir, il était impossible de se procurer une seule place. Trois mille personnes se pressaient pour applaudir la poste royale dans laquelle Mr Lalanne, en costume écossais, « montait cinq chevaux au son du pibroch … ». Son rival, Mr Lejars, « en habit de Mercure » exécutait la grande voltige sur un cheval libre. Auriol, le grand équilibriste, le clown merveilleux, stupéfiait les spectateurs par son adresse et ses drôleries. Enfin Adolphe Franconi lui-même, le représentant de cette illustre dynastie, présentait en liberté des chevaux extraordinaires, désignant du bout du sabot la personne la plus amoureuse de la société, rapportant un drapeau, une fleur, une chaise et surtout … beaucoup d’argent au directeur !Au XIXe siècle, vînt le music-hall… et le cirque rechercha une nouvelle mise en scène du music-hall, mais il ne put y parvenir, car, outre des artistes de cirque, le music-hall présentait lui des danseurs, des chanteurs et des revues à girls !

Ce n’est que dans le bouillonnement culturel des années 1970 que des artistes, voulant rompre avec les valeurs esthétiques établies, partirent à la conquête d’espaces de représentation neufs et de nouveaux publics. Venus de la rue, du théâtre ou de la danse, ils réemploient les usages du cirque forain et les théâtralisent, souvent hors du cercle. Le Puits aux Images, le Cirque Aligre, le Cirque Bidon, les Matapeste, la compagnie Maripaule B. et Philippe Goudard sont regroupés, en 1984, sous l’appellation générique « nouveau cirque », révélatrice d’une différence, à commencer par celle des codes esthétiques.
Le nouveau cirque se démarque du cirque classique : il rompt avec tout ou partie de ces codes et met en œuvre des conceptions de l’art radicalement étrangères à la tradition. Dans ce Cirque désormais contemporain, se mélangent les classiques du cirque, mais aussi la danse, le théâtre, la musique et les arts plastiques… Pour le bonheur des petits et des grands !

Pour en savoir plus :

- article Métamorphose de la piste par Jean-Michel GUY

- site Le Cirque par Max Stevenson Jr

Cet article s’est librement inspiré de ces deux sources.