Malgré des mises en garde répétées du régime, quelque 100 000 personnes menées par des bonzes ont encore aujourd’hui dans Rangoon, la plus grande ville de Birmanie. Des soldats et des policiers anti-émeutes birmans se sont déployés autour d’au moins six monastères bouddhistes de Rangoon, à la pointe des manifestations des derniers jours contre la junte militaire. Un manifestant est mort alors que la police dispersait des opposants au régime.

Pourquoi de telles manifestations ?

Contre la hausse des prix et contre une junte militaire qui a conduit le pays à la misère, des milliers de personnes semblent aujourd’hui être prêtes à aller jusqu’au bout. Frappés de plein fouet par la hausse brutale, le 15 août, du tarif officiel des carburants – qui s’est aussitôt répercutée sur le coût des transports et des produits de base – la plupart des 52 millions d’habitants se maintenaient déjà, à grand-peine, sur le seuil de la survie: 9 sur 10 gagnent chaque jour à peine 1 000 kyats, la monnaie locale, liée au dollar. Au taux de change du marché noir, le seul en rapport avec la réalité, cela ne représente guère que 80 cents. Aung San Suu Kyi, leader de l’opposition démocratique et Prix Nobel de la paix, assignée à résidence depuis des années, a soudain été conduite à la prison d’Insein, 24 heures après être apparue, en larmes, devant sa résidence pour saluer les moines qui défilaient dans les rues, défiant la junte du «généralissime» Than Shwe.

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Jusqu’où ces manifestations peuvent-elles aller ?

Nul ne le sait à l’heure actuelle. Tout le monde est cependant hanté par le souvenir du bain de sang de 1988, quand le pouvoir n’avait pas hésité à donner l’ordre de tirer sur les protestataires d’une grande manifestation. D’un côté, les derniers rapports de l’O.N.U ont souligné un risque très fort d’une «véritable crise humanitaire» dans un pays où la pauvreté est croissante croissante et où le sida et la malaria ne cessent de faire des victimes de plus en plus nombreuses de jours en jours. De l’autre, les statistiques officielles gratifient l’économie nationale d’une croissance à deux chiffres depuis 1999: 12,2% en 2005, plus de 13% en 2006! Le taux réel serait inférieur à 3%. Encore est-il largement dû aux exportations de gaz naturel dont les bénéfices servent essentiellement la richesse des dirigeants en place. Conviés au printemps dernier à l’inauguration de la nouvelle capitale, Naypyidaw («Demeure des rois»), édifiée à quelque 500 kilomètres au nord de Rangoon, au milieu de nulle part, les diplomates chinois eux-mêmes, malgré les excellentes relations de Pékin avec la junte, n’ont pu se retenir d’éprouver un choc, tant ce projet dispendieux contraste avec l’état du pays. Son coût aurait absorbé entre 1 et 2% du PIB annuel ces dernières années. Par comparaison, la Santé n’a droit qu’à 0,5% du budget!

Pourquoi ces manifestations ont-elle lieu aujourd’hui ?

Beaucoup s’accordent à penser que la tenue de l’Assemblée générale de l’O.N.U cette semaine n’y est pas étrangère. Si les projecteurs de l’actualité sont braqués en Birmanie, les yeux des délégués du Conseil de sécurité également. Même la Chine, l’un des cinq grands du dit conseil (avec les États-Unis, la Russie, le Royaume-Uni et la France) n’ose plus apporter ouvertement son soutien au pouvoir en place. Son image de “démocratie fréquentable” à la veille des Jeux Olympiques de Pékin en 2008 pourrait gravement en pâtir.

Le pouvoir peut-il être renversé ?

Than Shwe est loin d’être sans ressource puisqu’il a accordé à la Défense plus de 35% des dépenses budgétaires du pays ! Et c’est sans compter des ressources cachées… Ses forces comptent ainsi déjà plus de 400 000 hommes, des milliers d’armes chinoises, russes, des tanks, des avions. Mais contre quel ennemi ce régime s’est-il donc prémunit ? Oui, hélas… Il semblebien que ce soit contre ses propres compatriotes. En ce cas, la guerre civile est inévitable et elle sera d’autant plus sanglante qu’elle est déséquilibrée. D’un côté,des manifestants descendus dans les rues, avec à leur tête 10.000 bonzes pacifistes, scandant le mot de “Démocratie! Démocratie!” En signe de défi, certains manifestants agitaient le drapeau rouge du “paon combattant”, emblème des syndicats étudiants qui s’étaient placés à la pointe du mouvement insurrectionnel de 1988. En face, l’armée… Elle a tiré aujourd’hui. Et demain ?

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