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Jan 12

Dimanche 11 janvier 2015 : une France meurtrie, unie et debout

Paris. Dimanche 11 janvier 2015.

Journée historique.

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A 19 heures, selon le décompte du Monde, près de trois millions de personnes avaient défilé tout au long de la journée dans les villes de province. A Paris, même si aucun décompte officiel n’a été communiqué, ils étaient près de deux millions à marcher en hommage aux victimes des attaques terroristes qui ont fait dix-sept morts entre mercredi 7 et vendredi 9 janvier en région parisienne. Selon le ministère de l’intérieur, il s’agit d’un rassemblement sans précédent.

C’était effectivement un rassemblement sans précédent pour des événements qui l’étaient tout autant. Parler de tuerie, de barbarie, d’obscurantisme ne changera rien à la douleur des familles qui ont perdu des êtres chers dans des conditions abominables. Mais voir ces Français debout, ensemble, braver toutes les menaces pour dire haut et fort leur attachement à la démocratie et à la République donne soudain une raison d’espérer. Le peuple est là, fort et puissant. C’est lui qui fait l’Histoire. C’est lui qui marche. Les chefs d’État étaient derrière, silencieux, recueillis et presque impressionnés soudain par la noble et immense tâche qui leur a été confiée : nous protéger de la barbarie.

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L’émotion et le choc provoqués par les attaques et la cavale sanglantes des frères Kouachi et de Amedy Coulibaly ont fait se multiplier les comparaisons avec les attentats du 11 septembre 2001 à New York, Washington et en Pennsylvanie. Des rapprochements que l’on retrouve dans les réseaux sociaux et dans les médias, à l’image de la une du Monde. Certains estimeront – à juste titre – que c’est critiquable : comment comparer 2.973 morts à 17 morts ? Pourtant le choc émotionnel, politique et moral est comparable non seulement en France mais aussi dans le monde – les manifestations qui se sont tenues aujourd’hui dimanche 11 janvier en sont le témoignage poignant. Pourtant, Eric LESER sur Slate.fr estime qu’au-delà du « rassemblement instinctif d’une nation dans l’émotion et le patriotisme, les conséquences politiques et sociétales des attaques du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis et de celles des 7, 8 et 9 janvier 2015 en France seront très différentes« . Pour lui, le grand danger pour la France n’est pas celui d’entrer en guerre – comme l’avaient fait les États-Unis en Afghanistan en 2001. Il est surtout interne : c’est celui de la fracture de sa société, de la volonté et de la capacité des français chrétiens, musulmans, juifs et athées à résister aux tenants du choc des civilisations. Aujourd’hui, les accolades ont été nombreuses, sincères, spontanées entre différentes confessions. Et demain ?


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Passée l’émotion, ils vont resurgir en force. La guerre ne reviendra surement pas en France en janvier 2015, mais certains le souhaitent. Alain RODIER est directeur de recherche au sein du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R) et à ce titre il est chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée. Dans un récent article publié sur Atlantico.fr, il explique qu’en 2004, Abou Moussab Al-Souri, théoricien du djihadisme, publiait un ouvrage de 2500 pages donnant les indications des actions à mener pour composer un djihadisme mondial, qui ne s’arrêterait pas à la seule région du Proche et Moyen-Orient. Ayant une grande connaissance de l’étranger, il prônait la créations de cellules clandestines sans liens avec un commandement central pour ne pas se faire détecter. Ces cellules devaient pouvoir passer à l’action avec leurs propres moyens pour déclencher une guerre civile en créant des divisions entre les musulmans et les populations locales ! Pour Alain RODIER, « Daech, à la différence d’Al-Qaida « canal historique », ne possède pas (encore) de « réseau » à l’étranger. C’est pour cette raison que Daech lance des « appels au meurtre » via le net en espérant que des adeptes s’en inspireront. Daech qui « patine » sur le front syro-irakien depuis l’été, en particulier en raison des frappes de la coalition, de la résilience des Kurdes et de l’appui apporté par Téhéran (et le Hezbollah libanais) à Bagdad et à Damas, souhaite desserrer l’étau qui pèse sur lui en déclenchant des actions terroristes de par le monde. En dehors des mouvements qui lui ont fait allégeance en Libye, en Tunisie, en Algérie, au Liban, dans le Sinaï et en Extrême-Orient, il n’en a pas les moyens matériels et humains« . A y regarder de plus près, c’est vrai qu’aujourd’hui en Occident, Daech est particulièrement démuni, ce qui explique son « appel dans le désert ». Le problème réside dans le fait que des individus isolés trouvent dans la « cause » de l’État Islamique la raison de passer à l’action.


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Vendredi 9 janvier dans la matinée, BFMTV avait joint, par accident, l’un des deux terroristes réfugiés dans une petite imprimerie de Dammartin-en-Goële (Seine-et-Marne). Chérif Kouachi affirmait alors appartenir à « Al-Qaïda du Yémen » et précise avoir été formé et financé par l’imam Anwar Al-Awlaki, tué en septembre 2011 par une attaque américaine. Cette appartenance revendiquée à Al-Qaïda au Yémen confirme ce qu’avait rapporté un témoin le jour de l’attentat visant la rédaction de Charlie Hebdo. De son côté, Amedy Coulibaly, le forcené de Montrouge et l’assaillant de l’épicerie casher de la porte de Vincennes, contacte la chaîne à 15 heures, en pleine prise d’otages. Il indique appartenir à l’organisation Etat islamique et explique s’être « synchronisé » avec les frères Kouachi. Il explique également avoir attaqué un magasin casher car il visait des juifs.

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Ces déclarations sont assez claires et entrent assez bien dans le schéma prévu par Abou Moussab Al-Souri. Comme l’explique Alain RODIER, en Europe comme ailleurs, « l’objectif est de créer le chaos qui devrait amener la destruction des sociétés en vigueur. Sur ce chaos, l’islam radical serait alors imposé comme la solution. Toutefois, cette organisation n’a plus les moyens nécessaires pour déclencher des attentats du type « 11 septembre ». Cela n’exclue pas des opérations de moindre importance mais pouvant être meurtrières du style des attentats de Londres (ou de Paris). »

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Alors, dans ce contexte, que penser de l’exceptionnelle mobilisation des Français aujourd’hui ? Que dire de ces centaines de milliers de personnes qui ont marché en brandissant des pancartes « Je suis Charlie », en chantant La Marseillaise ou en applaudissant les forces de police présentes ? Ce rassemblement d’ampleur sans précédent est une réponse implacable à cette montée en puissance de l’obscurantisme et de la barbarie. C’est un camouflet infligé à ceux qui pensaient pouvoir trouver dans le peuple français les failles nécessaires à l’instauration d’un chaos dont les intégristes sortiraient vainqueurs. C’est la démonstration qu’il existe un souffle puissant de fraternité et un amour tel de la liberté qu’ensemble, nous pouvons aller au delà de nos différences qui sont nos richesses.

Soyons fiers de qui nous sommes et de ce que nous avons fait aujourd’hui. Soyons fiers de notre passé et confiant en notre avenir. Comme le disait Winston CHURCHILL à Londres le 13 mai 1940, devant la Chambre des communes, « Je n’ai rien d’autre à offrir que du sang, de la peine, des larmes et de la sueur. Nous avons devant nous une épreuve des plus douloureuses. Nous avons devant nous de nombreux et longs mois de combat et de souffrance […] Vous demandez, quel est notre but ? Je peux répondre en un mot : la victoire, la victoire à tout prix, la victoire en dépit de la terreur, la victoire aussi long et dur que soit le chemin qui nous y mènera ; car sans victoire, il n’y a pas de survie.« 

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