Nov 02

Sandy : histoire vraie, images fausses

«Dans un monde de tromperie universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire.»  Georges ORWELL.

Je viens de lire un article assez exceptionnel sur le site OWNI. C’est un média social européen qui cherche à offrir le meilleur de l’information et du débat sur l’évolution de la société numérique en France et en Europe, raconte et analyse l’impact d’Internet sur la société, les pouvoirs et les cultures.

Initialement publié sur son blog, Hyperbate, Jean-Noël LAFARGUE s’intéresse aux images qui circulent sur tous les réseaux sociaux depuis quelques jours au sujet de l’ouragan Sandy. Cette catastrophe climatique a déclenché une tempête d’images plus ou moins crédibles de l’évènement que Jean-Noël a su déchiffrer et expliquer. Grâce à lui, j’ai pris conscience – une fois de plus – que la vérité n’était pas forcément essentielle au « processus de restitution émotionnelle de l’instant ».

Je vous restitue ci-dessous l’essentiel de son article directement accessible sur son Blog :

 » L’ouragan Sandy, rapidement rebaptisé Frankenstorm, a atteint New York avant-hier, y causant aussitôt une dizaine de morts. Le quotidien Libération a alors publié un article titré Sandy touche terre et fait ses premières victimes, ce qui semble un peu léger, puisqu’avant d’atteindre la côte Est des États-Unis, le cyclone a tout de même fait au moins soixante-quinze morts dans les Caraïbes, dont cinquante sur la seule île d’Haïti1.

Le cliché ci-dessus à gauche, qui représente l’ouragan en train de menacer New York a été partagé plus d’un demi-million de fois sur Facebook. Beaucoup, y compris parmi ceux qui ont diffusé cette image, ont eu des doutes sur sa véracité, notamment puisqu’il anticipait sur les évènements. Vérification faite, il s’agissait bien d’un montage entre une vue classique de la statue de la liberté et une tempête de 2004 dans le Nebraska.

Cela m’a rappelé un cas sur lequel je suis tombé en préparant mon livre. Une agence d’images sérieuse proposait à la vente une photographie impressionnante censément prise à Haïti il y a deux ans, où l’on voyait des palmiers noyés par une vague géante [ci-dessous]. Jolie image, mais qui me posait un problème car il n’y a pas eu de tsunami en Haïti en 2010. Alors j’ai fait quelques recherches…

Vérification faite, la photographie en question s’avère être un recadrage et une colorisation d’un cliché pris à Hawaïi en 1946 par Rod Mason, un simple amateur qui se trouvait alors directement menacé par le tsunami Hilo, qui a causé en son temps la mort de cent soixante personnes. Un photographe indélicat avait vendu à l’agence cette image ancienne, qui ne lui appartenait pas, remixée en tant que photographie d’actualité récente.

Revenons à Sandy. Plusieurs montages faciles à identifier ont été réalisés en incrustant des titres d’actualité à des captures issues des films-catastrophe de Roland Emmerich : Independance Day (1996), The Day After Tomorrow (2004) et 2012 (2009), ou encore en utilisant des images du film coréen The Last Day (2009).

Parmi les images qui ont beaucoup circulé, on a aussi pu voir un certain nombre de photographies de requins circulant dans les villes inondées. Je ne suis pas certain qu’il y ait beaucoup de requins aussi haut qu’à New York à la fin du mois d’octobre, ces animaux n’aimant pas les eaux froides, mais l’idée du requin qui se balade dans le jardin est délicieusement effrayante.

Parmi les images très populaires, il y a aussi eu celle de ce restaurant McDonald’s inondé :

…Il s’agit en fait d’un photogramme extrait d’un film réalisé en 2009 par les artistes danoisSuperflex et intitulé Flooded McDonald’s, c’est à dire littéralement McDonald’s inondé.

Toutes ces images, déjà factices ou sorties de leur contexte ont assez rapidement suscité des parodies, bien sûr.

L’image ci-dessus à gauche cumule diverses menaces de cinéma : Godzilla, le requin géant desdents de la mer ou de Shark attack, des soucoupes volantes, le marshmallow man du filmGhostbusters. On retrouve aussi Godzilla derrière la statue de Neptune de Virginia Beach.

Dès que l’on parle de catastrophe à New York, comment se retenir de penser au cinéma ? Le problème s’était déjà posé le 11 septembre 2001. Nous avons vu cette ville si souvent détruite :Godzilla (1998), La guerre des mondes (2005), Cloverfield (2008), Avengers (2012),…

Parmi les images de reportage qui ont été produite par des photographes professionnels pour des médias d’information, on en trouve beaucoup qui elles aussi semblent s’adresser à notre imaginaire de cinéphile plus qu’autre chose :

Composition soignée, éclairage dramatique, couleurs étudiées, ces photos sont belles avant d’être informatives, et ont sans doute été retouchées dans ce but.

Quant aux photos d’amateurs, elles sont encore plus troublantes, car beaucoup ont envoyé sur Facebook ou Twitter des témoignages parfois dramatiques de ce qu’ils voyaient, mais modifiés par les filtres fantaisistes d’Instagram :

Ces images prises avec des téléphones portables se voient donc appliquer des couleurs rétro, passées, ou d’autres effets censés rappeler la photographie argentique.

Finalement, les seules images qui semblent un tant soit peu objectives, ce sont celles qui sont prises par des caméras de surveillance ou des webcams :

Je ne suis pas sûr qu’il rimerait à quelque chose de faire des statistiques pour le vérifier, mais il semble que la très grande majorité des images que nous recevions de l’ouragan Sandy et de ses effets sur la côte Est des États-Unis, une histoire “vraie”, soient des images “fausses”, c’est-à-dire qui s’écartent sciemment de l’illusion du témoignage objectif : montages, retouches, images d’archives, images d’actualité ayant l’apparence de photos d’archives, pastiches, images extraites de films. Et il n’est pas forcément question de tromperie, puisque c’est le public, par les réseaux sociaux, qui sélectionne les images qui circulent, qui les diffuse et, parfois, qui les crée.

C’est le public aussi qui effectue des enquêtes sur les images et qui fait ensuite circuler en pagaille des démentis (parfois douteux ou incomplets) pour signaler que telle image est ancienne et que telle autre est falsifiée. Le public n’est pas forcément désorienté, pas dupe de la confusion, il y participe sciemment, peut-être suivant l’adage italien « se non è vero è bene trovato  » (si ce n’est pas vrai, c’est bien trouvé).

La question n’est donc peut-être pas de chercher à transmettre une vérité sur ce qui se passe à New York, mais juste de répondre à un évènement par des images et donc, par un imaginaire. « 


Article publié à l’origine sur le blog de Jean-Noël LAFARGUE, Hyperbate.

Oct 31

La place de l’option HG au Bac S

Vous avez choisi de consacrer du temps à préparer l’option Histoire-Géographie au Bac S et je vous en félicite. Au moment de remplir votre inscription aux différentes épreuves du baccalauréat, certains se posent des questions quant au statut de cette nouvelle option. Voici quelques informations transmises par le Rectorat et confirmée par M. Corenflos.

Pour être très simple, l’option HG au Bac est considérée comme une option traditionnelle, au même titre que musique, EPS, etc. Ni plus, ni moins. Si elle est la seule, elle est à mettre ne option 1. Logique…

Il convient ensuite de revenir sur le statut de la l’Euro car une certaine confusion régnait chez certains. Soyons clair : la section Euro n’est pas une option au sens « administratif » du terme. Elle permet d’obtenir une « mention » portée sur le diplôme. Malgré cela, l’épreuve orale de DNL donne une note qui se combine avec une note d’année donnée par les profs de SE (anglais + DNL-HG). L’élève obtient ainsi une note de « Section Euro » qui peut être utilisée comme si c’était une note d’option. Dans ce cas, l’élève peut choisir d’utiliser cette fameuse « note » comme note d’option 1 ou note d’option 2 (selon l’existence ou non d’autres véritables options qu’il souhaite valoriser ou pas). C’est à lui de choisir.

Pour être parfaitement clair, prenons l’exemple d’un élève qui fait du latin, l’option HG et la Section Euro ; il peut utiliser 2 « options » (maxi). Il pourra choisir de faire :

Choix 1 :  Option 1 : latin (coef 3 car en position 1) /  Option 2 : section euro (coef 1)

> dans ce cas, il perd le bénéfice de l’option HG.

Choix 2 :  Option 1 : HG (coef 2 car en position 1) /  Option 2 : section euro (coef 1)

> dans ce cas, il perd le bénéfice de l’option Latin.

Choix 3 :  Option 1 : Euro (coef 2 car en position 1) /  Option 2 : option HG (coef 1)

> dans ce cas, il perd également le bénéfice de l’option Latin.

Choix 4 :  Option 1 : latin (coef 3 car en position 1) /  Option 2 : option HG (coef 1)

> dans ce cas, il passe la Section Euro pour pouvoir valider sa mention européenne, mais sa note ne sera pas utilisée dans la calcul de sa moyenne de bac (puisqu’on ne peut valoriser que 2 notes en option).

Il est donc important de noter que l’épreuve de section euro peut être passée sans être utilisée comme note d’option. Dans ce cas – et celui là seulement – elle ne sert qu’à valider la « mention européenne » sur le diplôme mais n’intervient pas dans la moyenne.

Enfin, j’en profite pour rappeler aux plus indécis les modalités de l’épreuve orale d’option Histoire-Géo en classe de Terminale S :

Épreuve orale de 20 minutes avec une préparation de 20 minutes.

Deux sujets sont proposés parmi les questions et les études traitées durant l’année et figurant sur une liste constituée par le professeur et signée par le chef d’établissement. Un sujet est choisi et devra être développé par l’élève.

Notation et coefficient
Notation sur 20 / Coefficient 2 (si option 1)

Productions personnelles
Si des productions ont été réalisées par les élèves, au cours de l’année, celles-ci doivent être apportées le jour de l’épreuve. L’examinateur peut choisir d’en mobiliser une lors de l’examen. Il n’est donc pas tenu d’interroger le candidat sur sa production personnelle mais le candidat peut, selon le cas, prendre appui sur ces travaux.

Oct 21

Le calendrier, toute une histoire…

Chaque jour, lorsque nous consultons notre calendrier, nous partageons un peu le quotidien de nos ancêtres Romains. Chez eux, en effet, le mot calendae  est le premier jour du mois. Bien sûr, leur calendrier a subi de nombreuses évolutions au fil du temps avant de devenir celui que nous connaissons aujourd’hui. Revoyons ensemble quelques étapes de cette histoire du temps…

Etape 1 : le calendrier romain 1 (avant la réforme)

Les Romains avaient un calendrier lunaire de 10 mois, avec 29 et 30 jours alternés. L’année comptait donc 295 jours et commençait en mars, période du printemps. Sous le règne de Numa POMPILIUS ( vers 700 avant J.-C.), on jugea l’année trop courte par rapport à l’année tropique. On lui ajouta donc deux mois, januaris et februarius. D’abord placés en fin d’année, ces deux mois furent finalement considérés comme les deux premiers mois de l’année. De fait, le début de l’année ne coïncidait plus avec le printemps mais avec l’hiver, période où les jours commencent à s’allonger. Petit à petit, les durées des mois furent modifiées afin de maintenir les dates en accord avec les saisons. Un seul intrus dans ce calendrier bien pensé : le mois de décembre. En effet, pourtant devenu alors le douzième mois, il conserva son appellation de « dixième »… Nul ne sait vraiment pourquoi !

Les mois quant à eux se divisaient en trois parties inégales organisées autour de jours particuliers. Ceux-ci devaient correspondre aux phases de la Lune : les calendes (début de la nouvelle lune) , les nones (premier quartier de lune) et les ides (début de la pleine Lune). Ces noms furent utilisés jusqu’au XVIe siècle.

Etape 2 : le calendrier romain 2 (après la réforme)

Les Romains payaient leurs dettes au début de chaque mois, ces jours étant appelés calendes, ou calendae – d’où le mot «calendrier» qui désigne le registre où sont inscrits les comptes puis la mesure du temps elle-même.

En l’an 46 avant J.-C., Jules César, sur les conseils de l’astronome égyptien Sosigène d’Alexandrie , décida que l’année serait de 365 jours : 4 mois de 30 jours , 7 mois de 31 jours et 1 mois de 28 jours. Le début de l’année fut fixé le premier janvier (jour de l’entrée en fonction des consuls). Ce nouveau calendrier, cette fois de type solaire, est dit julien en référence à son promoteur. L’équinoxe de printemps fut fixée au 25 mars , le solstice d’été au 24 juin , l’équinoxe d’automne au 24 septembre et le solstice d’hiver au 25 décembre . Ces dates étaient en fait décalées d’un jour par rapport à la réalité astronomique.

Le mois « sextilis » fut renommé « augustus » en l’honneur de l’empereur Auguste. De plus , le mois d’augustus ne pouvant pas , pour des raisons de dignité , comporter moins de jours que le mois de Julius , la durée des mois fut de nouveau modifiée pour aboutir à celle que nous connaissons : 31 jours pour juillet et donc 31 jours pour août ; il a donc fallu enlever un jour au mois de février qui se retrouvait ainsi avec 28 jours les années normales et 29 jours les années bissextiles.

Ainsi , le calendrier julien avait pratiquement le forme que nous lui connaissons aujourd’hui mis à part la semaine qui n’avait pas encore été définie.

Etape 3 : le calendrier grégorien (après réforme)

Le lendemain du jeudi 4 octobre 1582, les Romains se réveillèrent le vendredi… 15 octobre 1582. Cette nuit du 4 au 15 octobre 1582 avait été choisie par le pape Grégoire XIII pour l’entrée en application de sa réforme du calendrier julien, ainsi nommé d’après Jules César.

C’est le 5 octobre 1582 (calendrier julien) que le pape Grégoire XIII décida que ce jour serait le 15 octobre 1582 (calendrier grégorien) vu le retard de 10 jours accumulé par le calendrier julien. Avec une année-origine fixe – la fondation de Rome en 753 av. J.-C., la durée de l’année julienne dépassait de presque 12 minutes l’année des saisons (ou année tropique) c’est à dire l’intervalle moyen de deux retours consécutifs du soleil à l’équinoxe de printemps. On assiste alors à une lente dérive de 3 jours en 400 ans, qui perturbe la date de Pâques, fête mobile.

En effet, le concile de Nicée , en 325,après 3 siècles de conflits, a fixé une règle « Pâques est le dimanche qui suit le 14e jour de la Lune qui atteint cet âge au 21 mars ou immédiatement après  » . Cette règle ne peut plus être appliquée au début du XVIe siècle car l’équinoxe de printemps tombe un 11 mars ! Cela devient un  peu n’importe quoi, surtout dans un monde profondément christianisé à l’époque. Il apparaît donc urgent de déterminer rigoureusement la date de Pâques, fête centrale dans le calendrier liturgique. La réforme du calendrier est donc confiée au pape Grégoire XIII par le Concile de Trente ( 1545-1562).

Etape 4 : en quoi consiste la réforme grégorienne ? 

Pour mener à bien cette mission un peu spéciale, le pape fait construire au Vatican une tour d’observation et nomme une commission de savants. Comme l’équinoxe de printemps tombe le 11 mars en 1582 – en avance de 10 jours sur la règle fixée à Nicée – on décide alors de supprimer les 10 jours qui empêchent d’appliquer la règle ! Il suffisait d’y penser…

Si le calendrier grégorien garde le système des années bissextiles tous les 4 ans, il y introduit une modification pour les années séculaires (1600, 1700, 1800…). Et c’est là que ça se complique car, en effet, l’année tropique étant plus courte que l’année julienne qui sert de base au nouveau calendrier, on supprime le jour ajouté aux années séculaires. On le supprime… sauf quand le millésime est divisible par 400 (1600, 2000) : ainsi 1600 et 2000 ont été bissextiles, et pas 1700 , 1800, 1900. C’est bon, vous suivez toujours ?

Etape 5 : une réforme difficile à adopter

C’est une bulle du pape qui rend public le nouveau calendrier le 24 février 1582. L’application est immédiate . La suppression de 10 jours entre le 4 et le 15 octobre ne soulève aucune réaction, ce qui montre l’indifférence des peuples à la définition d’un calendrier plus abstrait… On voit bien qu’il n’avait pas de jours de RTT à rattraper à l’époque !

Au niveau des États, l’application a été fonction des choix religieux : les États catholiques (Espagne, France, Portugal, États italiens) l’ ont adopté immédiatement. Facile de deviner que les États protestants le refusèrent catégoriquement puisqu’ils ne voulaient pas reconnaître le pouvoir de l’Église catholique sur le temps ! Ainsi, les États allemands ne l’ont adopté qu’en 1699. En Angleterre , le calendrier grégorien ne remplaça le calendrier julien qu’en 1752. Le début de l’année y passa alors du 1er avril au 1er janvier et 11 jours furent supprimés entre le 2 et le 14 septembre. Ces jours perdus provoquèrent la colère du peuple et des émeutes eurent lieu dans les rues car la population pensait que le gouvernement essayait de leur voler onze jours de salaire !

Le monde orthodoxe aussi a retardé l’application du calendrier grégorien. En Russie, son adoption a été décidée par les Bolcheviques en 1918, après la révolution des 24-25 octobre… qui a eu lieu les 6 et 7 novembre 1917. Beau bazar dans les calendriers européens, n’est-il pas ?

Etape 6 : et aujourd’hui ?

D’autres pays n’ont adopté ce calendrier qu’au XXe siècle : la Bulgarie et l’Albanie en 1912 ; la Chine en 1912 ; la Roumanie et le Yougoslavie en 1919 ; la Grèce en 1923 – mais ils utilisèrent encore longtemps le calendrier julien pour la fixation des dates religieuses. La Turquie l’adopta en 1926… sans pourtant renoncer au calendrier musulman ! Le Japon , la Chine , l’Inde , le Vietnam l’utilisent parallèlement à leur calendrier national .

Depuis 1950 , presque tous les pays du monde ont recours au calendrier grégorien , tout en conservant leurs propres calendriers pour établir la date des fêtes religieuses et traditionnelles .

Le calendrier grégorien n’avançait que de 26 secondes par an par rapport à l’année tropique. Actuellement , le décalage est de 3 heures. On estime donc qu’il atteindra une journée vers… 4700 ! Préparez vos montres.

Image de prévisualisation YouTube

Pour aller plus loin :

– une page spéciale Calendrier de la DAAC de l’académie de Toulouse

– sur le site « Histoire des chiffres » une page très complète relate cette histoire

– le site Herodote revient sur la réforme grégorienne

Oct 09

La Chine fait sa Révolution en 1911

Il y a cent ans, le 10 octobre 1911, la nuit tombe. Soudain, un coup de feu retentit dans la ville de Wuchang, dans la province du Hubei, dans le centre de la Chine. Ce coup de feu ouvre une période importante dans l’histoire chinoise. Il a été tiré par Xiong Bingkun, un révolutionnaire dans l’armée nouvelle basée dans la ville de Wuchang. Xiong et ses camarades ont ensuite ouvert le dépôt d’armes pour accueillir l’artillerie à l’extérieur de la ville.

En un seul jour, l’armée nouvelle a réussi à s’emparer de toute la ville. Les insurgés proclament la République et forment un gouvernement provisoire. Très vite, 14 des 18 provinces de l’empire chinois se rallient à eux : elles déclarent leur indépendance du régime de la dynastie des Qing.

Sun Yat-sen, fondateur du parti Guomindang, alors en Amérique, rentre précipitamment. Il est proclamé président provisoire de la République à Shanghai le 29 novembre. Le 7 décembre, en signe de rupture avec la dynastie mandchoue, les Chinois sont invités à couper leur natte !

À Pékin, cependant, le pouvoir tombe entre les mains de Yuan Shih-kai, l’ancien conseiller de l’impératrice. Il oblige Puyi, le dernier et jeune empereur à abdiquer : la dynastie des Qing s’effondre. Yuan Shih-kai proclame à son tour la République le 13 février 1912 et se pose en rival des républicains du sud.

Sun Yat-sen, peu désireux de provoquer la division du pays, laisse à Yuan Shih-kai la présidence de la République. Le nouvel homme fort du pays n’allait désormais avoir d’autre but que d’éliminer le Kuomintang et de rétablir à son profit… l’empire !

Les républicains du sud ayant proclamé sa déchéance, Yuan Shih-kai occupe Nankin le 27 août 1913. Il met fin au régime parlementaire et proclame la restauration de l’empire le 12 décembre 1915… avant de reculer précipitamment sous l’effet d’une insurrection générale. La mort, qui l’emporte le 6 juin 1916, à 57 ans, réduit à néant son rêve impérial.

La Chine, débarrassée des empereurs mandchous, entre dans une longue période de guerre civile qui ne s’achèvera qu’avec la victoire des communistes en 1949. L’évènement n’en est pas moins commémoré par plus d’un milliard d’hommes sous l’appellation commune «Double-Dix» (10-10 pour dix octobre). Son anniversaire est fête nationale à Taiwan. Cette année, ce centenaire y sera tout particulièrement fêté.

Certains historiens affirment d’ailleurs que cette Révolution fut d’abord l’affirmation d’une identité nationale face à l’impérialisme occidental. Alors que la Chine vient d’user de son veto au Conseil de sécurité et s’impose désormais comme une des principales puissances mondiales, il est difficile d’imaginer la soumission dans laquelle elle s’était enfermée au début du XXe siècle.

Pour aller plus loin :

– la Révolution de 1911 vue par le site de CCTV.com (chaîne officielle chinoise)

– le très bon article que lui consacre le site Herodote (et dont cet article s’est inspiré)

– une chronologie plus complète sur l’évènement sur Wikipédia

– un article de fond traitant de la place de la Chine au début du XXe siècle sur le site voltaire.net

Oct 07

L’immigration, une histoire française

Dans le cadre du nouveau programme de Troisième, nous sommes désormais amenés à étudier l’histoire d’un siècle d’immigration en France.

La France est le plus ancien pays d’immigration en Europe. Dès la seconde moitié du XIXe siècle une immigration de masse est venue combler les pénuries de main-d’œuvre. Le cas de la France est original à cause de la précocité et de l’intensité du phénomène, conçu dès le milieu du XIXe siècle « comme moyen de résoudre les contradictions entre la démocratisation de la société et les nécessités du développement économique » ainsi que l’écrit Gérard NOIRIEL. L’appel aux travailleurs étrangers, pour palier les déficiences de la démographie, est particulièrement évident après la Seconde guerre mondiale, pendant les « Trente Glorieuses ». L’histoire de cette immigration a connu plusieurs « cycles » liés au développement économique: d’abord originaires des pays frontaliers avant la Première Guerre mondiale, les immigrants sont venus de plus en plus d’Europe de l’Est, d’Afrique et d’Asie après la Seconde Guerre mondiale.

1. Les différentes vagues d’immigration

1. D’abord frontalière (allemande, belge), elle s’est diversifiée à la fin du XIXe siècle, et plus encore après la Première Guerre mondiale, pour répondre aux besoins de reconstruction du pays. Les immigrations italienne (communauté la plus nombreuse en 1930) et polonaise ont largement contribué à alimenter les secteurs de la mine, du bâtiment et de l’industrie sidérurgique et métallurgique.
2. Aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale le paysage migratoire s’est diversifié car l’immigration italienne, moins importante que prévue, a été remplacée par une immigration de courte durée, espagnole, portugaise, yougoslave, turque, tunisienne, marocaine et, enfin, originaire des pays subsahariens. L’immigration algérienne, quant à elle, est bien plus ancienne puisqu’elle a commencé dès la fin du XIXe siècle.
3. L’arrêt de l’immigration de travail salarié décidé par l’État en 1974 a accéléré le regroupement familial des non-Européens, peu nombreux à retourner dans leurs pays alors que les Européens bénéficiaient progressivement de la liberté de circulation, d’installation et de travail.

2. Une diversification des pays d’origine

Aujourd’hui le paysage migratoire s’est considérablement diversifié en raison également de l’afflux de demandeurs d’asile arrivés d’Amérique latine, d’Asie et d’Afrique. De nouvelles filières migratoires (chinoise, indienne, pakistanaise) se développent, comme celles en provenance de l’Est de l’Europe, avec les immigrés qualifiés roumains et bulgares, les réfugiés tchétchènes et les migrants de transit venus de l’ex-Yougoslavie et de Roumanie – essentiellement des Roms.

3. L’immigration, facteur de croissance démographique
La France est aujourd’hui le second pays d’immigration européen derrière l’Allemagne. Comme ses voisins, elle a tardé à se définir comme « terre d’immigration ». En 2030, le seul facteur de croissance démographique en France sera lié à l’immigration.

Aujourd’hui, au début du XXIe siècle, entre un quart et un tiers de la population qui vit en France est issu de l’immigration.

Pour en savoir plus, découvrez le dossier de synthèse réalisé par Kenza SAVARY, Marwane MAAROUFI, Marie-Myriam JOLLY et Simon CAUCHY. Il vous suffit de cliquez sur l’image ci-contre pour télécharger le dossier au format PDF.

Pour aller plus loin :

Site internet de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration

– Approche historique de l’immigration en France (Marie-Christine Volovitch Tavares)

– une Chronologie de l’histoire de l’immigration

– le rapport « Une Europe en évolution – Les flux migratoires au XXe siècle » par Bülent KAYA – édité par le Conseil de l’Europe.

Sep 12

Le Nord-Pas-de-Calais en étude

« Ici, pas de contreforts ni de ravins, mais pas d’uniformité non plus ! Il suffit de se promener pour découvrir toutes les subtilités de la région, étonnements garantis ! Champs à perte de vue, prairies colorées, monts et collines, bois et forêts, dunes et plages,… Les reliefs et les couleurs de la région sont tout en nuances. Le climat y est doux et tempéré. Ici, comme ses habitants, la nature n’aime pas trop les excès. Mais elle sait réserver de belles surprises au détour de chemins. »

Site internet du Conseil régional du Nord-Pas-de-Calais, 2012

Ces quelques mots et votre travail sur l’étude de cas sont deux bons moyens pour revoir un peu l’image de cette région pas comme les autres… Sont donc ici regroupés quelques documents et liens utiles pour mener à bien votre recherche. Je les ai regroupé autour des 4 grandes questions qui vous concernent… plus une section Bonus un peu plus générale. Bonne découverte et bon courage !

1. Définir l’identité de la région

– sur le site du Conseil régional, une section revient sur la notion « d’Art de vivre » dans la région. Pourquoi ne pas commencer par là ?

– Le site WEBVIEWER est un outil de cartographie interactive développé pour les services opérationnels de la Région. Il propose à chacun de consulter ou de réaliser des cartographies en se basant sur les bases de données géographiques du Système d’Information Géographique Régional.

présentation générale de la région sur le site très renseigné de l’INSEE

– sur le site de la CCI, la région Nord-Pas de Calais est présentée en quelques chiffres : population, économie, emploi, secteurs d’activité… Une belle trouvaille de Cyril Dandoy, merci !

 

2. Définir l’organisation de l’espace de la région

– le site de la DATAR est une véritable quand on sait ce qu’on veut y trouver… Comme c’est votre cas, n’hésitez pas à y mettre votre nez !

– le contrat de redynamisation de site de Défense (CRSD) du Cambrésis-Arrageois a été signé, le 9 février 2011. C’est un bon exemple de collaboration entre l’État et les collectivités territoriales.

– sur le site de l’Insee vous pourrez également trouver des analyses et des tableaux de chiffres clés à l’échelon local.

– Géoïdd (Géographie et indicateurs liés au développement durable) est un outil de cartographie interactive. Il permet de cartographier de nombreuses informations liées au développement durable sur la métropole et les cinq départements d’outre mer.

 

3. Les priorités de l’action régionale

– sur la page d’accueil du site de la région Nord-Pas-de-Calais, l’icone intitulé « La Région en actions » vous donne accès à un bilan des projets régionaux (en cours ou à venir). A vous de choisir votre domaine préféré…

– le CESER apporte sa vision sur des questions d’intérêt régional et sur les dossiers que lui soumet le Président du Conseil régional. Cette page vous donnera accès à ses rapports.

– sur le site de la Commission nationale du débat public, on trouvera la présentation de deux projets particulièrement intéressants. Celui d’un Projet de reconstruction de la ligne de grand transport d’électricité entre Arras et Lille et un Projet d’extension et de développement du Port de Calais. A retrouver sur le site en s’aidant du moteur de recherches interne.

– l’édition lilloise du journal 20 minutes présente un article sur le TER intitulé « Les TER Mer et Vert font presque le plein ». Une bonne base de réflexion.

 

4. Quelle est la situation de la région ?

– le site de l’INSEE présente une page de synthèse sur la place de la région Nord-Pas-de-Calais dans l’Union Européenne.

– saviez-vous que l’Union Européenne investit plus de 700 millions d’euros en région Nord-Pas de Calais ? C’est ce que vous expliquera le site de « l’Europe s’engage en France ».

– le site de la ville de Roubaix reprend de manière synthétique le rôle du fonds européen dans la région Nord-Pas-de-Calais.

– la place de la région Nord-Pas-de-Calais dans les fonds structurels et de cohésion 2007-2013 sur le site Europa. Voir la section Succes stories pour identifier des exemples concrets et locaux.

– le site de l’INSEE a fait le point sur les migrations résidentielles en Nord-Pas-de-Calais en insistant plus particulièrement sur l’exemple de la métropole lilloise.

 

5. Liens divers (et d’été)

– un beau site pour dénicher de belles photos de la région Nord-Pas-de-Calais. Mieux que Google Images !

– le Croquis_NPdC cohérent et bien construit proposé par les éditions Magnard. Ce croquis est la version couleur de celui distribué en classe. 

– un fond de carte vierge qui vous facilitera la tâche pour apprendre le croquis ci-dessus

– un petit dossier sur la région réalisé pour le nouveau programme de 3eme par les éditions Nathan. Utile…

– un dossier PDF de synthèse préparé par le CCI. Idéal pour trouver des données récentes !

– les magazines en ligne édités par le Conseil Régional du Nord-Pas-de-Calais. Accès libre, illimitée et gratuit.

– le journal régional La Voix du Nord. Certains articles récents sont en accès libre et gratuit. Les archives sont le plus souvent payantes.

– l’édition lilloise du journal 20 minutes est gratuite et ses archives sont libres d’accès… elles !

– Géoïdd (Géographie et indicateurs liés au développement durable) est un outil de cartographie interactive. Il permet de cartographier de nombreuses informations liées au développement durable sur la métropole et les cinq départements d’outre mer. C’est un rappel pour ceux qui l’ont raté ci-dessus ;-)

– l’alternative gratuite et libre pour créer facilement tout document en Histoire-Géographie Cart’oOo. Un bel outil cartographique à découvrir… en prenant le temps de s’entraîner !

– et pour ceux qui ont eu le courage de lire jusqu’ici, une surprise vous attend en cliquant sur l’image ci-dessous : c’est géant !

Le dossier réalisé par Théo MELLADO, Grégoire FONTAINE, Elise CAPLIEZ et Sirine MAAROUFI (1ere S1)

Le dossier réalisé par Aurélien SENTIER, Thomas GRONOW, Sarah BAIDJ et Mathilde MOREN (1ere L-ES2)