Pourquoi la France quitte l’OTAN en 1966 ?

L’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord – OTAN (en anglais, NATO – North Atlantic Treaty Organisation) est une organisation politico-militaire créée en 1949, à la suite de négociations entre les signataires du traité de Bruxelles (la Belgique, la France, le Luxembourg, les Pays-Bas et le Royaume-Uni), les États-Unis et le Canada ainsi que 5 autres pays d’Europe occidentale invités à participer (le Danemark, l’Italie, l’Islande, la Norvège et le Portugal), ayant pour vocation initiale d’assurer la défense et la sécurité de l’Europe face à l’Union soviétique après la Seconde Guerre mondiale. Son rival côté soviétique fut le Pacte de Varsovie.

La France est donc l’un des membres fondateurs de l’OTAN. Malgré cela, le 7 mars 1966, le général DE GAULLE, alors président de la République française, annonce dans une lettre adressée au président américain, Lyndon B. JOHNSON, le retrait de la France de la structure militaire de l’OTAN. »La France, écrit-il, se propose de recouvrer sur son territoire l’entier exercice de sa souveraineté, actuellement entravé par la présence permanente d’éléments militaires alliés ou par l’utilisation qui est faite de son ciel, de cesser sa participation aux commandements intégrés et de ne plus mettre de forces à la disposition de l’OTAN.« 

Il reconnait donc néanmoins l’Alliance dans son principe et reste fidèle à l’esprit qui inspira sa création. Malgré cela, à moins qu’elles ne se replient dans leur pays d’origine, les troupes étrangères installées en France relèveront du commandement français dès 1967.

Fort de la légitimité que lui confère sa récente réélection à la tête de l’Etat, De Gaulle décide ainsi de faire un coup d’éclat diplomatique. Cette décision s’inscrit en fait dans la volonté de doter la France d’une  « politique de défense indépendante » , lui permettant de s’émanciper de la tutelle de l’OTAN. Attaché à la souveraineté nationale, le général est hostile à l’idée de faire jouer à la France le rôle de satellite de la puissance américaine. Le retrait de la France est officiellement prononcé le 8 juin 1966 lors de la conférence de Bruxelles.

Cette décision n’en demeure pas moins l’aboutissement d’un long processus. En effet, dès le 17 septembre 1958, trois mois à peine après son retour au pouvoir, le général DE GAULLE fait parvenir au général EISENHOWER, Président des Etats-Unis, et à Harold MACMILLAN, Premier ministre britannique, un mémorandum dans lequel il constate que « l’organisation actuelle de l’alliance occidentale ne répond plus aux conditions nécessaires de la sécurité » ; en outre, il réclame une direction désormais tripartite de l’Alliance (Etats-Unis, Grande-Bretagne et France) et « y subordonne tout développement de sa participation actuelle à l’OTAN ». Devant le refus poli des Anglo-Saxons, il adaptera son attitude… En juin 1959, il fait savoir son refus de stocker sur le territoire national des armes nucléaires étrangères, ce qui contraint les États-Unis à transférer hors de France deux cent avions militaires !

Ce départ prend enfin acte d’une nouvelle configuration de la géopolitique mondiale. A l’époque, les deux grandes puissances d’hier, l’URSS et les États- Unis, doivent composer avec l’émergence d’autres pays. Les blocs se sont morcelés. Pour le général De Gaulle, c’est non seulement le moment de restructurer l’OTAN, mais c’est aussi l’heure, pour les nations européennes, d’affirmer leur indépendance en récupérant les attributs de souveraineté qu’elles ont consenti à l’OTAN.

Il reste que dans le cadre d’un conflit majeur contre le Pacte de Varsovie, la République française serait restée un allié fidèle et maintient donc régulièrement des exercices militaires coordonnés avec entre autres ses forces françaises en Allemagne. En 1966, on peut donc dire que la France n’est pas membre de l’OTAN, mais reste membre de l’Alliance atlantique, ce qui n’a pas la même signification puisque les Américains ne peuvent plus agir sur les forces de l’armée française.

La politique du président gaulliste Jacques CHIRAC modifie pourtant cela en 1996, autorisant un représentant français au comité militaire depuis 1996. C’est le début d’une évolution de la politique française héritée du gaullisme. Le président Nicolas SARKOZY annonce en 2009 le retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN mais elle n’intègre pas le comités des plans nucléaires.

http://www.dailymotion.com/video/x8mw6d

Pour en savoir plus :

– le point sur l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (Wikipedia)

– article « 1966 : la France tourne le dos à l’OTAN » (LeMonde.fr)

– « Le 7 mars 1966, de Gaulle sort de l’OTAN » par Raphaël DARGENT (Charlesdegaulle.org)

– dossier « La place de la France dans l’Otan » (la Documentation française)

Laisser un commentaire