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Archives pour la catégorie ‘Etudiants – Sport et politique’

Devinette du dimanche – C’est le plus grand des sportifs

Et voici une nouvelle devinette du dimanche qui offre comme un écho à l’actualité. L’idée sera, par un jeu d’hypothèses et de déductions, d’établir une présentation complète du document ci-dessous, en répondant notamment à la question suivante (mais elle devrait conduire à d’autres interrogations) :

De qui est-il question dans le texte ci-dessous ?

Rien de ce qui touche à l’éducation physique et sportive ne le laisse indifférent (…) Ah, sans doute n’a-t-il pas la prétention d’être un champion mais qu’importe ? il pratique. Comment, en effet, oser prôner les effets du grand air, de la vie musculaire, de la sobriété, lorsqu’on est soi-même un sédentaire endurci, un inactif ? (…)

Quels sont ses sports de prédilection ? Tous et aucun. Cela dépend des circonstances, de l’humeur du moment. Il est parfaitement éclectique : l’été, la natation ; l’hiver, le ski. 

La solution a été trouvée par deux nouvelles recrues à l’issue d’une formidable action collective comme vous pouvez le voir dans les commentaires.

La solitude du coureur de fond

Alors que nous bousculons doucement vers le mois d’août, la furie médiatique nous abreuve au quotidien des exploits olympiques des sportifs français, tous exceptionnels, sans chauvinisme aucun. Pour prendre un peu de recul face à cette compétition acharnée et parce que tout le monde sait que « l’important, c’est de participer », le site de la radio France Info a eu la bonne idée de cartographier le classement mondial par médailles depuis le début des Jeux Olympiques modernes en 1896, nous invitant à lire autrement l’histoire contemporaine. Au fur et à mesure des décennies, on voit par exemple les médailles se disperser, à l’image d’un monde de plus en plus multipolaire (je ne doute pas que vous décèlerez de nombreuses autres évolutions géopolitiques).

Cliquez sur l’image pour accéder à l’animation !

Pour prendre un peu de recul, jetez un œil sur cette carte de Science-Po et cette page wikipedia. Vous y verrez qu’il n’y avait que 14 pays participants en 1896 pour plus de 200 aujourd’hui !

Anecdote du dimanche (37) – Foot et Goulag

La récente attribution de la Coupe du monde de football 2018 à la Russie vient rappeler à quel point le sport est lié à la politique sous toutes ses formes (contestation sociale, corruption, racisme, confrontation Est-Ouest, terrorisme et même guerre ouverte comme nous l’avions vu dans une précédente anecdote du dimanche). Nous allons tenter de comprendre aujourd’hui comment le ballon rond mena certains « opposants » à Staline directement au Goulag.

Deux clubs moscovites ont longtemps dominé le championnat russe : le Dynamo et le Spartak. Le premier fut sous l’ère soviétique le représentant des autorités, de la Nomenklatura (élite de privilégiés proches de la direction du Parti Communiste d’URSS) et de la police politique (KGB et son ancêtre le NKVD). Le second, plus populaire, incarna pendant les années 1930 une certaine contestation. Contestation fort relative tant le régime stalinien laminait systématiquement toute forme d’opposition.

Les dirigeants du Spartak étaient alors les quatre frères Starostin. Ces derniers avaient pour leur plus grand malheur des parents assez aisés avant la Révolution de 1917. En outre, leur gestion du club, très professionnelle, fut rapidement perçue comme capitaliste. Il n’en fallait pas plus pour les mettre dans la ligne de mire de la répression stalinienne.

Ils furent pourtant protégés un long moment par Alexander Kosarev, le chef des Komsomols (les Jeunesses Communistes). Mais celui-ci fut en 1938 une des dernières victimes des Grandes Purges, alors même qu’il en avait été un des principaux acteurs avec son ami Nikolaï Iejov, impitoyable chef du NKVD. Dès lors, les dirigeants du Spartak étaient en position de faiblesse face au nouveau directeur de la police politique : Lavrenti Beria, bras droit de Staline.

Ainsi, en 1938, quand le club élimina en demi-finale de la Coupe d’URSS le Dynamo de Tbilissi, équipe favorite de Staline et de Beria, ce dernier exigea que le match fût rejoué alors même que le Spartak avait déjà gagné la finale ! Comble du crime de « lèse-Staline », l’équipe moscovite l’emporta de nouveau… Beria manigança longuement et après quelques ratés, les frères Starostin furent arrêtés en 1942 pour « déclarations antisoviétiques » et « doutes sur la victoire dans la guerre ». Emprisonnés à Moscou pendant deux ans, ils furent ensuite envoyés en camp au cœur de la Sibérie. Dispensés de travaux forcés, ils durent supporter l’exil en entraînant l’équipe locale du Dynamo d’Oukhta. Ils n’en revinrent qu’en 1954, après la mort de Staline et  l’exécution de Beria.

source principale : Paul Dietschy, Histoire du football, Paris, Perrin, 2010 ; un excellent livre dont je vous recommande une nouvelle fois la lecture.

images : Logo du Spartak Moscou de 1935 à 1949 et photographie de Beria (libres de droits).

Anecdote du dimanche (31) – La Guerre de Cent Heures

La violence actuelle des relations et des propos au sein de l’équipe de France de football peut susciter l’inquiétude, la consternation ou faire franchement rire. Ce n’est pourtant pas la première fois que ce sport est accompagné de flambées de haine.

En juillet 1969 eut ainsi lieu une véritable « guerre du football » opposant deux États latino-américains, le Salvador et le Honduras. En vue d’une qualification pour le Mundial de 1970, les deux pays s’étaient affrontés à trois reprises. Chaque match fut l’occasion de débordements violents, les équipes nationales furent menacées et brutalisées par des populations hostiles.

Loin de s’apaiser après la victoire finale du Salvador, la violence se porta rapidement sur le terrain politique puis militaire. Le gouvernement hondurien décida  en effet d’expulser par centaines des paysans salvadoriens immigrés pour trouver des terres et du travail. En retour, l’armée salvadorienne envahit purement et simplement le Honduras le 14 juillet 1969. Grâce à l’intervention de l’Organisation des Etats Américains (l’OEA), la guerre ne dura que 100 heures après avoir fait tout de même plus de 4 000 morts.

retour armée salvadorienneMais dans cette guerre, le football ne fut au fond qu’un prétexte. Un retour massif de paysans sans terre qui avaient émigré vers le Honduras aurait imposé au Salvador une « réforme agraire » (un partage des terres). Mais les riches propriétaires de ce pays voulaient à tout prix conserver leurs immenses terrains sans en céder aux plus pauvres. Le gouvernement salvadorien,  mis sous pression, préféra donc déclencher une guerre avec son voisin plutôt que de risquer de perdre le soutien des grandes familles fortunées… La cause profonde de ce conflit n’est donc pas à chercher dans le football mais bien dans les inégalités économiques qui minaient et minent encore l’Amérique Latine.

Une chose reste troublante malgré tout : aucun autre sport n’a jamais servi de prétexte à lancer une guerre (merci de me détromper si je fais erreur). Pourquoi le football suscite-t-il si souvent des violences ?

source : Paul Diestchy, Histoire du football, Paris, 2010 (un très bon livre que je me permets de vous conseiller).

source de l’image : http://todotemakato.files.wordpress.com/2008/06/02.jpg (retour de l’armée salvadorienne après la guerre).

Anecdote du dimanche (30) – Vae Victis

A défaut de prendre totalement le contre-pied de l’actualité submergée par la Coupe du Monde de Vuvuzela, je tenterai d’apporter un éclairage original sur cet événement. Je veux évoquer ici l’un des nombreux ancêtres du football, le tlachtli (bon courage pour le prononcer correctement), auquel s’adonnaient les Aztèques (peuple amérindien qui vivait sur les terres de l’actuel Mexique).

terrain tlachtliTout d’abord, le terrain de jeu avait une forme de I coupé par une ligne séparant les deux équipes. La division de l’aire de jeu renvoyait ainsi à l’opposition entre la lumière et les ténèbres, le ciel et la terre, le soleil et la lune

Pour marquer un point, les joueurs devaient envoyer dans la partie adverse du terrain une grosse balle de caoutchouc de trois kilos sans que celle-ci ne touche le sol. Pour y parvenir, ils ne pouvaient utiliser que les hanches, les épaules et… les fesses ! Pour les plus adroits, des buts que l’on pourrait assimiler à des paniers de basket-ball se trouvaient placés le long de l’allée centrale.

joueurs tlachtliEnfin, le tlachtli n’était souvent que la première étape d’une cérémonie religieuse, d’un sacrifice. L’équipe perdante (ou simplement son capitaine) avait en effet l’honneur d’être immolée au centre du terrain ! Les dieux étaient ainsi satisfaits, le soleil pouvait continuer à briller et les Aztèques vivaient en toute quiétude.

Voilà peut-être une règle qu’il conviendrait d’ajouter à celles du football pour voir l’équipe de France gagner un match (c’était trop tentant, pardon).

source principale : Christian Duverger, L’esprit du jeu chez les Aztèques, 1978.

sources des images : miniature du Codex Borgia, XVIe siècle ? (terrain en I); gravure de 1528 de ChristophWeiditz (joueurs).