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Anecdote du dimanche (20) – Porcus diabolicus

Bien que j’aie déjà parlé de cochons dans une précédente « anecdote du dimanche », je me permets de remettre la bête sur le tapis. Il s’agit cette fois d’une affaire particulièrement grave, celle d’un régicide.

Cochon_Philippe_1131Nous sommes en plein Moyen Age, en l’an de grâce 1131, le 13 octobre pour être précis. Ce dit jour, le jeune Prince Philippe, fils du roi de France Louis VI le Gros, chevauche avec quelques compagnons à travers les rues d’un faubourg de Paris. Dans ces lieux sales et étroits, la visibilité est souvent très faible. Cela explique sans doute pourquoi personne ne voit un animal se précipiter dans les jambes de la monture princière, qui cabre et s’affole tant et si bien que Philippe tombe au sol et se blesse mortellement…

Cet épisode tragique a longtemps figuré dans les livres d’Histoire. Et pourtant, ce n’est ni la première, ni la dernière fois qu’un fils de roi mourait d’une chute de cheval. De plus, Louis VI avait d’autres garçons, la succession était donc assurée. Ce qui a rendu cet épisode si douloureusement mémorable, c’est que la bête coupable de la mort du Prince était un cochon. Non pas un sanglier fier et furieux de subir une chasse, mais un simple cochon des rues, animal méprisé entre tous pour son impureté supposée et sa gloutonnerie.

Dès lors, cet accident est perçu comme une souillure pour toute la dynastie capétienne. Il est interprété comme un signe d’infamie, remettant en cause le pouvoir monarchique. Les chroniques historiques en parlent comme d’une mort « ignominiosa, miseranda, turpis, improba, flagitiosa » (ignoble, misérable, honteuse, déshonnête, qui punit) ! Et pendant de nombreux siècles, on crut que tous les malheurs qui s’abattirent sur les rois de France ne furent que les échos différés de ce lamentable incident.

Allez savoir si Louis XVI ne maudissait pas encore ce porcus diabolicus à l’heure de monter sur l’échafaud, un certain 21 janvier 1793…

source : Michel Pastoureau, Le cochon, Histoire d’un cousin mal aimé, Découvertes Gallimard, 2009.

source de l’image : Manuscrit du XIVe siècle, qu’on peut trouver à la bibliothèque de Besançon et qui représente cette tragique anecdote.

L’anecdote du dimanche (2) – la couleur du cochon

Imaginez un cochon…

Je vous laisse faire… gros ou petit, peu importe, un cochon… un porc si vous préférez.

Vous êtes prêts ?

Après vous être demandé pourquoi j’avais mis une photo de Sean Connery ci-contre, vous vous êtes sans doute représenté un animal à groin et queue en tire-bouchon, un animal rose surtout ! Eh oui, pour nous, le cochon est un animal essentiellement rose. Et pourtant, le cochon n’est devenu rose qu’au XVIIIe siècle ! Auparavant il était noir, brun, roux même (eh oui!), mais il ne devint rose que par croisement avec ses cousins chinois.

A ce propos, vous connaissez sans doute le film Le nom de la rose de Jean-Jacques Annaud, adapté du romain éponyme de l’Italien Umberto Eco. L’action se déroule au XIIIe siècle, dans un monastère perdu des Alpes italiennes. Un frère franciscain (j’ai bien dit frère, malgré leur habit, les franciscains ne sont pas à proprement parler des moines), un frère franciscain donc, Guillaume de Baskerville (Sean Connery dans le fim), mène une enquête sur une suite de morts mystérieuses… Quel rapport avec les cochons ?

Figurez-vous qu’Annaud a voulu intégrer des porcs dans une scène de vie villageoise. Les porcs ça vous donne de suite une tonalité rurale. Mais ils étaient roses ! Le conseiller historique sur le film, un certain Michel Pastoureau (spécialiste de l’histoire des couleurs et des animaux) a souligné l’erreur : il fallait donc des cochons d’une autre couleur ! Mais le film allait prendre du retard, et il fut donc décidé de peindre les cochons…

Comme quoi, si l’habit ne fait pas le moine, la couleur ne fait pas non plus le cochon.

Source principale : émission « 2 000 ans d’histoire » du 26 juin 2009 sur France Inter, présentée par Patrice Gelinet. Invité : Michel Pastoureau. Je vous conseille cette émission quotidienne (13h30-14h00) !