Archive

Articles taggués ‘Japon’

Tenkû no shiro Rapyuta (par Jane H.)

22/12/2013 6 commentaires
Après Manon A. il y a quelques semaines, Jane H., élève de Seconde  prend dignement la relève avec un brillant article sur le premier film de H. Miyazaki (si celui-ci lit ce blog, il peut venir faire un tour au lycée J.-M. Boivin, il sera accueilli par une foule d’admirateurs).

Hayao Miyazaki
Le château dans le ciel (1986)
(Tenkû no shiro Rapyuta)

Tout premier film d’Hayao Myazaki pour le studio Ghibli, Le château dans le ciel est sûrement une des plus belles œuvres du réalisateur. Mélangeant humour, magie et émotion, il plonge le spectateur dans une incroyable aventure, vraie et touchante, qui vous envoûte littéralement.

L’histoire se passe au Japon, à l’époque de la révolution industrielle (vers la fin du XIXe siècle). Sheeta, une adolescente d’environ treize ans, possède une pierre volante qui suscite bien des convoitises. Enlevée par Muska, un agent du gouvernement, elle parvient à s’échapper et rencontre Pazu, un orphelin de son âge travaillant, dans les mines. Leur rencontre les mènera, après de multiples péripéties, sur la mythique cité volante de Laputa, le château dans le ciel.

Si le film est magnifique, c’est tout d’abord grâce à ses personnages. Effectivement, que cela soit Sheeta ou Pazu, les pirates de l’air ou encore les habitants de la cité minière, tous ou presque attirent la sympathie du spectateur. De plus, en mettant en vedette un couple d’enfants, Miyazaki s’adresse à un public plus jeune que Nausicaä de la Vallée du Vent par exemple. Il arrive ainsi à nous faire retomber en enfance, dans un univers où l’on se laisse emporter par le courage, la pureté et la sensibilité des deux protagonistes.Château dans le ciel

Il faut également souligner la beauté des décors. En effet, malgré « l’âge » du film, les paysages sont déjà magnifiques, et les scènes déjà époustouflantes (notamment, comme souvent dans les films miyazakiens, celles qui se passent dans le ciel).

Mais Le château dans le ciel n’est pas qu’un simple film d’aventure à la narration parfaitement maîtrisée : il est aussi porteur d’un message et dénonciateur d’un monde matérialiste, qui mise tout sur le pouvoir et la technologie.

En effet, le pouvoir destructeur de l’île volante est immense. Cette dernière est armée de robots guerriers quasi-indestructibles, et possède un dôme capable de créer une sorte de bombe atomique, dont le personnage de Muska fait une démonstration. Au moment de s’en servir, il prononce les paroles suivantes :

Dans les saintes écritures, c’était le feu sacré qui détruisit Sodome et Gomorrhe. Dans le Ramayana, c’était la flèche d’Indra. Et prochainement, le monde entier se prosternera à nouveau devant Laputa. 

Cela nous fait comprendre qu’il fut un temps où Laputa dominait le monde. En invoquant des événements aussi importants, des mythes provenant de religions différentes (Sodome et Gomorrhe étant deux villes qui auraient été anéanties pour des raisons qui diffèrent selon les textes religieux), Miyazaki augmente considérablement la puissance de la cité volante car cette dernière explique tous les événements divins survenus depuis le ciel. Elle devient la cité des maîtres du monde et symbolise le pouvoir destructeur universel venu du ciel.

De plus, le réalisateur nous met en garde contre la fascination des hommes pour la technologie, au détriment de la nature et de son équilibre. Par ailleurs, elle ne peut pas résoudre tous les problèmes, bien au contraire, et c’est ce que Sheeta explique parfaitement à Muska dans la salle du trône :

À présent, je sais pourquoi Laputa a été détruite. Comme le dit une chanson à Gondoa : plonge tes racines dans la terre ; laisse nous vivre avec le vent ; passe l’hiver comme les graines ; et chante au printemps comme les oiseaux. Pour vivre on n’a pas besoin de semer la mort. Et on n’a pas besoin de milliers de misérables robots. Mais personne ne peut vivre loin de la terre !

Elle justifie ainsi le départ des humains, qui ne peuvent remplacer le lien profond qu’ils ont eu avec la nature et s’en éloigner.

Oui, s’il y a bien un film du studio Ghibli que j’aime par dessus tout, c’est Le château dans le ciel. Et pourtant, avec Le Voyage de Chihiro, Nausicaä de la vallée du vent ou bien encore Princesse Mononoké, la concurrence est rude ! De par les décors splendides, l’histoire captivante, la pureté des deux enfants ou encore les messages qu’il fait passer, il est et restera selon moi la plus belle réussite d’Hayao Miyazaki.

source de l’image : Toei Company (image en faible résolution pour éviter les problèmes de copyright)

Nausicaä de la vallée du vent de H. Miyazaki (par Manon A.)

Voici un texte d’une vieille ancienne élève de Chalon-sur-Saône, Manon A.. Elle nous fait part ici, avec fougue et conviction, de son goût pour le réalisateur japonais Hayao Miyazaki. Chaque élève est invité à proposer des contributions à ce blog (sous forme de devinette, anecdote ou en nous faisant part, comme Manon, d’une passion).


Nausicaä de la vallée du vent, chef d’œuvre clef Hayao_Miyazakid’Hayao Miyazaki (voir sa photo ci-contre) est, presque trente ans après sa sortie, passé dans la mémoire collective japonaise et reconnu aujourd’hui comme étant une de ses plus grandes œuvres.

Mêlant décors féériques, personnages porteurs de symboles et grands thèmes musicaux (issus de la première collaboration de Miyazaki et Hisaishi), ce film d’animation japonais nous dévoile un monde lentement recouvert par une forêt toxique peuplée d’insectes géants (le Fukaï), apparue suite aux « sept jours de feu » et l’effondrement d’une ancienne civilisation industrielle.

Dans ce monde abimé par la guerre, Nausicaä, princesse d’une vallée protégée par un vent marin (la vallée du vent !), va essayer de comprendre le Fukaï et reconstruire le lien entre l’humanité et la nature, qui avait été brisé suite aux périodes de guerre et d’industrialisation massive, empoisonnant progressivement les sols, l’air et l’eau.

Le film est tiré du manga éponyme (écrit et illustré par Miyazaki lui-même) mais, loin d’avoir la prétention de résumer l’intégralité de l’histoire de la saga, ce film se regarde pour lui-même et reste une grande œuvre porteuse d’un message non seulement environnemental mais aussi bien plus large sur la nature humaine.

Il ne faut pourtant pas voir l’œuvre de Miyazaki comme une leçon de morale présentant des solutions à la crise environnementale, mais bien plus comme une sonnette d’alarme, un appel à une prise de conscience générale. Bien plus largement, Miyazaki nous donne l’occasion de s’interroger sur le comportement de l’être humain face au danger, à la haine d’autrui, à la peur, mais aussi sur le rapport au pouvoir, le vivre ensemble, etc. Ces grandes questions sont encore et toujours présentes dans nos sociétés à l’heure des débats sur l’immigration, les religions, mais également par rapport à la montée de l’individualisme, le repli sur soi et les actions d’un système financier mondial allant jusqu’à mettre à mal certains droits fondamentaux de l’être humain…

Les autres œuvres de Miyazaki telles que Mon voisin Totoro, Le voyage de Chihiro Princesse Mononoke,  Le château ambulant  et tant d’autres encore,  s’inscrivent toutes, ou majoritairement, dans les thèmes centraux abordés par Nausicaä et présentent, pour la plupart, une critique non dissimulée des forces militaires et de leurs actions, celles-ci étant souvent représentées au travers d’individus méprisants et méprisables, avides de pouvoir et de destruction.

Outre les polémiques pouvant surgir autour des films d’Hayao Miyazaki (voir la sortie de son dernier film d’animation, Le Vent se lève), ses œuvres constituent en elles-mêmes tout un tas de petits chefs-d’œuvre à regarder sans modération !

source de l’image : http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Hayao_Miyazaki.jpg

L’anecdote du dimanche (41) – norotó gozo

Lors d’un récent chapitre de Terminale intitulé De la société industrielle à la société de communication, nous avons étudié le document suivant :

Lisa M. a fort justement remarqué un « accident démographique » pour l’année 1966 au Japon. Comment expliquer cette baisse brutale et importante de la natalité ? changement législatif ? incident climatique ? aberration statistique ?

Comme je l’ai alors expliqué, l’événement est lié à un signe astrologique connoté négativement. Cette réponse – qui a donné lieu à des considérations passionnantes sur le vocabulaire nippon – mérite quelques précisions que je vous livre ici.

L’astrologie sino-japonaise est structurée par deux cycles : l’un de douze ans (pour douze animaux) et l’autre de cinq ans (pour cinq éléments). Ainsi, la conjonction d’un même animal avec un même élément ne se renouvelle que tous les 60 ans. Or, parmi les multiples associations, on trouve celle du cheval et du feu. Selon les croyances populaires, les filles nées une telle année seraient destinées à devenir par la suite des épouses très agressives envers leur mari. Beaucoup de parents s’abstiennent donc d’avoir un enfant lorsque se présente une telle conjoncture astrale. Les données démographiques du XIXe siècle montrent en effet que l’incident observé en 1966 est aussi perceptible en 1906 et en 1846 (mais les sources ne permettent pas de remonter plus loin dans le temps) !

Qu’en sera-t-il en 2026 ? Nous aurons là un bon indice pour mesurer la persistance des superstitions au Japon, pays qui à bien des égards apparaît comme le sommet mondial de la modernité et de la technologie. Mais les sociétés humaines nous le savons sont travaillées par de profondes contradictions…

Séisme au Japon

Il me semble difficile de faire une anecdote aujourd’hui. Pour avoir une idée un peu précise de ce qui se passe en ce moment au Japon, je vous conseille de jeter un œil sur cette carte interactive du New York Times :

http://www.nytimes.com/packages/flash/newsgraphics/2011/0311-japan-earthquake-map/index.html

On peut y voir au passage une nouvelle illustration de ce que signifie la mondialisation : une catastrophe peut maintenant se suivre en direct, ce qui n’est pas sans poser des questions importantes d’éthique. Bonne journée à tous, malgré tout.

Article édité : je vous conseille d’aller voir, toujours sur le New York Times, une suite d’images satellite comparant la situation avant et après le tsunami, c’est particulièrement éloquent. Voyez ici en exemple la petite ville d’Ishinomaki

en 2010, ci-dessous :

et en date du 12 mars 2011 pour cette deuxième image satellite :