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Articles taggués ‘XIXe siècle’

L’anecdote du dimanche (41) – norotó gozo

Lors d’un récent chapitre de Terminale intitulé De la société industrielle à la société de communication, nous avons étudié le document suivant :

Lisa M. a fort justement remarqué un « accident démographique » pour l’année 1966 au Japon. Comment expliquer cette baisse brutale et importante de la natalité ? changement législatif ? incident climatique ? aberration statistique ?

Comme je l’ai alors expliqué, l’événement est lié à un signe astrologique connoté négativement. Cette réponse – qui a donné lieu à des considérations passionnantes sur le vocabulaire nippon – mérite quelques précisions que je vous livre ici.

L’astrologie sino-japonaise est structurée par deux cycles : l’un de douze ans (pour douze animaux) et l’autre de cinq ans (pour cinq éléments). Ainsi, la conjonction d’un même animal avec un même élément ne se renouvelle que tous les 60 ans. Or, parmi les multiples associations, on trouve celle du cheval et du feu. Selon les croyances populaires, les filles nées une telle année seraient destinées à devenir par la suite des épouses très agressives envers leur mari. Beaucoup de parents s’abstiennent donc d’avoir un enfant lorsque se présente une telle conjoncture astrale. Les données démographiques du XIXe siècle montrent en effet que l’incident observé en 1966 est aussi perceptible en 1906 et en 1846 (mais les sources ne permettent pas de remonter plus loin dans le temps) !

Qu’en sera-t-il en 2026 ? Nous aurons là un bon indice pour mesurer la persistance des superstitions au Japon, pays qui à bien des égards apparaît comme le sommet mondial de la modernité et de la technologie. Mais les sociétés humaines nous le savons sont travaillées par de profondes contradictions…

Anecdote du dimanche (36) – Le roi de la blague

Louis XVIII (roi de France de 1814 à 1824) est souvent méconnu des collégiens et lycéens. Il était pourtant l’un des frères de Louis XVI et contrairement à ce dernier, il réussit à passer la période révolutionnaire en gardant la tête sur les épaules (tout comme son cadet qui lui succéda sous le nom de Charles X).

Son règne fut marqué par un élan de revanche monarchique contre la Révolution (on parle fort logiquement de Restauration). La tentation d’imposer l’absolutisme était grande, mais il resta prudent et sut se contenter d’une monarchie constitutionnelle. Il ne put s’empêcher toutefois de prendre le titre de roi de France (et non « des Français »), nia toute idée de souveraineté populaire et mit fin à l’usage du drapeau tricolore pour réhabiliter la bannière blanche de la royauté française. Lire la suite…

Le Creusot et l’usine Schneider

Pour développer un exemple aperçu en cours, voici quelques documents sur la ville du Creusot et l’usine Schneider au XIXe siècle (cliquez sur l’image)

tableau de Jules Adler, La Grève, 1899

Anecdote du dimanche (8) – le canard artificiel de Vaucanson

C’est une première, voici une anecdote du dimanche entièrement sortie du cerveau d’un élève ! Bravo donc à Fabien C. à qui je laisse la main de suite :

Depuis plusieurs années, la guerre entre les robots et la race humaine est un sujet très exploité autant au cinéma qu’en littérature. De « Matrix » à « I, robot« , les exemples ne manquent pas. Chaque fois, les hommes se font dépasser par leurs propres créations qui était censées les aider et les divertir mais qui finissent par devenir plus rusées. Mais qui est donc à l’origine de ces choses qui finiront par nous renverser ?

Après de nombreuses tentatives peu concluantes tout au long du Moyen age, c’est en 1738 que la première invention digne du nom de « robot » apparut. L’idée vient d’un certain inventeur français Jacques de Vaucanson qui, après avoir créé des automates capables de jouer de la flûte et du tambourin, passe à au niveau supérieur : le canard ! En quoi un canard est-il plus brillant qu’un musicien allez vous me dire ! Et bien parce que ce canard est le premier animal artificiel capable de cancaner, boire, manger, barboter et… digérer ! Le but de cet expérience, très critiquée à l’époque, était en effet de montrer le système digestif de l’animal grâce à la transparence de l’abdomen : on pouvait suivre la transformation de graines en une sorte de bouillie verte.

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Ce canard, souvent considéré comme une supercherie à son époque, obtint pourtant une renommée internationale : il fut exposé à Paris, en Italie et en Angleterre avant de finir dans les fins fonds de la Russie. Et c’est réellement là qu’il finit, car il brûla dans l’incendie du Musée de Nijni Novgorod en Russie vers 1879.

Les questions que l’on peut se poser à son sujet sont bien nombreuses : Était-ce un mythe ou une réalité ? Pourquoi l’inventeur n’en a-t-il fait qu’un seul exemplaire ? Est ce l’Eglise qui a brûlé le musée russe pour cacher cette hérésie ? Mais je préfère poser cette question : Pourquoi inventer, à cette époque, un canard dont le seul but est de digérer des aliments alors qu’il aurait pu créer de nombreux robots capables de soulager les hommes d’un peu de travail ?

Voila, bon dimanche a tous, j’espère que cette anecdote vous a plu !

sources de Fabien : http://wapedia.mobi/fr/Intelligence_artificielle?t=9., http://fr.wikipedia.org/wiki/Intelligence_artificielle

sources des images : site de l’Académie de Grenoble

L’anecdote du dimanche (6) – Le chant des sirènes

Vous connaissez tous, bien évidemment, l’épisode de l’Odyssée où Ulysse doit résister au charme du chant des sirènes. On sait que ces dernières attiraient vers leur île les navigateurs grâce à leur douces voix et à leur sublime musique. Les marins s’approchaient alors de la côte et brisaient leurs vaisseaux sur des rivages déjà blanchis d’ossements  : les Sirènes dévoraient les malheureux naufragés… Ô cruelles ! Le très astucieux Ulysse, s’étant fait attacher au mât de son bâteau, put résister à ces terribles créatures.

On imagine souvent ces dernières comme des femmes fascinantes à la queue de poisson. De nombreux peintres, à l’instant de Victor Mottez, en ont laissé des figurations saisissantes.

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Victor Mottez, Ulysse et les Sirènes, (1848-1865), Musée des Beaux-Arts de Nantes

Et pourtant, chez les Grecs d’Homère et d’Aristophane, les sirènes sont d’abominables créatures, d’épouvantables rapaces, des femmes-oiseaux, comme on le voit sur ce vase du Ve siècle avt JC :

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Stamnos (Detail), Ulysse et les sirenes, Art Attique (475 avt JC)

Que s’est-il donc passé ? Comment est-on passé de monstres hideux à des femmes lascives ? Il semble que ce soit au Moyen Age que la transformation se soit opérée. Mauvaise lecture des œuvres antiques ? Incompréhension du grec par nos moines peu hellénistes ? Le XIXe siècle romantique a en tout cas confirmé ce changement et nous confondons depuis le ramage et le plumage, incapables que nous sommes de penser la beauté du chant des sirènes sans les doter de corps désirables. Faut-il réellement s’en plaindre ?

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Principales sources : Umberto Eco, Histoire de la laideur, Flammarion, 2007, p. 14 ; Pierre Grimal, Dictionnaire la mythologie grecque et romaine, Presses Universitaires de France, 1951. Pour les fans d’Homère et d’Ulysse, vous pouvez encore visiter une exposition virtuelle de la Bibliothèque Nationale de France.