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Articles taggués ‘XXe siècle’

La solitude du coureur de fond

Alors que nous bousculons doucement vers le mois d’août, la furie médiatique nous abreuve au quotidien des exploits olympiques des sportifs français, tous exceptionnels, sans chauvinisme aucun. Pour prendre un peu de recul face à cette compétition acharnée et parce que tout le monde sait que « l’important, c’est de participer », le site de la radio France Info a eu la bonne idée de cartographier le classement mondial par médailles depuis le début des Jeux Olympiques modernes en 1896, nous invitant à lire autrement l’histoire contemporaine. Au fur et à mesure des décennies, on voit par exemple les médailles se disperser, à l’image d’un monde de plus en plus multipolaire (je ne doute pas que vous décèlerez de nombreuses autres évolutions géopolitiques).

Cliquez sur l’image pour accéder à l’animation !

Pour prendre un peu de recul, jetez un œil sur cette carte de Science-Po et cette page wikipedia. Vous y verrez qu’il n’y avait que 14 pays participants en 1896 pour plus de 200 aujourd’hui !

Histoire de l'œil

Pour célébrer la fin des épreuves écrites du bac, voici un grand défi pour l’été. Comme vous l’aurez sans aucun doute deviné, il s’agit de reconnaître chacune des personnes ci-dessous. Ce sont des femmes et des hommes ayant eu leur heure de gloire au cours du XXe siècle (certains sont encore vivants toutefois). Un intrus s’est subrepticement glissé parmi eux, à vous de déterminer lequel.

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Le premier qui aura su nommer l’ensemble des personnes sans erreur pourra me suggérer un gage « bloguesque » (comment dit-on ?) : écrire un article en grec ancien, ou bien sans « e » à la manière de Pérec ou encore faire en sorte qu’une star internationale rédige une anecdote, etc. Vous saurez faire preuve d’imagination – et de discernement, bien évidemment.

J’avais imaginé qu’il faudrait des semaines avant d’avoir une réponse complète, mais Corentin E., Quentin et Jérémy ont  identifié les dix regards dans un magnifique mouvement collectif que même la Roja envierait (cf. les commentaires). Bravo à eux trois !

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L'enquête du dimanche (1) – "dont pas un seul ne rit"

Aujourd’hui je vais sortir de mon rôle habituel. Plutôt que d’être le professeur qui sait (parfois depuis très peu de temps) et qui lance ses élèves et lecteurs dans des hypothèses, je vais vous poser une question dont je n’ai pas la réponse (je sais, c’est à peine croyable).

Voici donc mon problème : j’ai recroisé sur une page internet une photographie connue de la Seconde Guerre mondiale que j’ai collée ci-dessous.

 

La légende dit qu’il s’agit d’un Parisien pleurant à l’arrivée des nazis à Paris en 1940. Et c’est ce que je crois avoir retenu du célèbre documentaire De Nuremberg à Nuremberg de Frédéric Rossif. Et pourtant, en essayant de trouver la source de cette photographie, j’ai lu quelques internautes expliquant qu’il s’agissait d’un cliché pris à Marseille l’année suivante, dans un autre contexte. Ce que je vous propose est donc de trouver la source la plus fiable possible – y compris en-dehors d’internet – pour bien dater et localiser la photographie, identifier son auteur et même, soyons fous, l’homme qui pleure. Je continue l’enquête de mon côté entre deux conseils et 60 copies…

La carte et le territoire

J’anticipe ici sur un chapitre du futur programme de Terminale appelé « Des cartes pour comprendre le monde », qui consiste selon le Ministère de l’Education Nationale « à approcher la complexité du monde par l’interrogation et la confrontation de grilles de lectures géopolitiques, géo-économiques, géoculturelles et géo-environnementales ».

Autrement dit, il s’agit de rappeler aux élèves qu’une carte n’est pas plus « objective » qu’un texte, une vidéo ou une photo, qu’elle est toujours le résultat d’un ensemble de sélections, de déformations ou encore d’oublis (qu’ils soient volontaires ou inconscients, malhonnêtes ou sincères). Bref, une carte n’est jamais une représentation parfaitement fidèle de la réalité, elle constitue un discours. Vos enseignants vous l’ont sans doute déjà dit à propos du document que vous avez le plus souvent croisé dans vos cours de géographie*: le planisphère. Il suffit de comparer les deux projections suivantes (Mercator et Peters) pour se rendre compte des implications politiques de toute représentation cartographique : comparez par exemple les tailles respectives du Groënland et du continent africain sur chacun des planisphères !

Les exemples édifiants sont légion. Je me suis inspiré ici d‘un récent article de l’excellente revue Carto pour vous proposer les deux cartes suivantes. La première a été réalisée par le gouvernement portugais au temps de la dictature de Salazar, la seconde, bien plus récente, est issue de groupes proches du gouvernement israélien. Exercez votre esprit critique : quel est selon vous le but poursuivi dans chacun des deux cas ?

 (vous pouvez cliquer sur les images pour les agrandir)

*indice pour la devinette de dimanche dernier !

sources : http://www.theisraelproject.org/site/apps/nlnet/content3.aspx?c=ewJXKcOUJlIaG&b=7717051&ct=11141705#.T7j6tlKqnWU, http://bigthink.com/ideas/21443 et encyclopédie Wikipedia.

L’anecdote du dimanche (42) – le manuscrit de Voynich

Dans l’anecdote qui nous occupe aujourd’hui, tout est très compliqué dès le départ. Si compliqué qu’il est même impossible de fixer avec certitude un début à cette histoire. Et pourtant, ayant décidé de vous la présenter, il me faut bien commencer quelque part…

Partons de l’année 1912. Wilfrid Voynich, antiquaire (et par ailleurs ancien révolutionnaire) londonien (mais né polonais en Russie), acquiert un mystérieux parchemin de plus de 200 pages auprès de Jésuites italiens. Il s’agit d’un manuscrit sur vélin, abondamment illustré, comme le suggère le folio ci-dessous.

Voynich se rend rapidement compte que l’écriture ne correspond à rien de connu et se trouve bien incapable d’identifier le texte. Cependant, peut-être mu par la volonté de le vendre à un bon prix, il le présente comme un traité de l’illustre Roger Bacon, philosophe et scientifique du XIIIe siècle ayant flirté avec l’alchimie… Tout cela sent déjà le souffre et l’hérésie et ne fait qu’ouvrir le bal d’une très longue série d’hypothèses sur l’ouvrage et son auteur (sur internet, qui recèle décidément bien des trésors, certains avancent évidemment l’idée d’une origine extraterrestre).

Quelques rares demi-certitudes peuvent être avancées (je me réserve la possibilité de modifier cette liste au fur et à mesure de mes recherches) :

– le parchemin a été daté du début du XVe siècle grâce à des techniques scientifiques (au carbone 14), mais l’écriture peut être postérieure (il n’est pas possible de dater les encres avec fiabilité) ;

– la première mention connue du manuscrit date de 1639, la seconde de 1666 (diabolique évidemment) dans une lettre affirmant que l’ouvrage fut acquis par l’empereur germanique Rodolphe II – à qui il aurait été présenté comme un manuscrit médiéval ésotérique ;

– l’écriture est étrangement régulière, des caractères reviennent de manière très (trop ?) fréquente selon plusieurs analyses linguistiques, on trouve parfois le même mot répété trois fois de suite : il s’agirait peut-être d’un système entièrement et volontairement codé et non pas d’une simple écriture.

Le reste nous échappe pour l’instant, à commencer par l’écriture qui résiste à toutes les tentatives de déchiffrement. Peut-être l’un d’entre vous y parviendra-t-il ? Si vous souhaitez essayer, l’ensemble du manuscrit est consultable en ligne (sur le site de l’université de Yale, rien de moins !).