Discours de François Fillon à la Réunion pour clôturer les états généraux de l’Outre-mer (EGOM) – 10 juillet 2009
13 07 2009Où le Premier Ministre défend sans le savoir les classes soutien et les 3e d’insertion… (les passages concernés sont vers la fin, en rouge.)
“D’abord, je voudrais saluer les mille six cents personnes qui sont dans cette salle mais qui sont aussi à l’extérieur, et qui suivent nos travaux, ainsi que tous ceux qui les regardent en direct sur RFO. Je voudrais vous remercier d’avoir participer tous à ces états généraux et vous dire que, pour le gouvernement, c’est un rendez-vous très important, c’est la raison pour laquelle je suis venu à la Réunion pour ce point d’étape des états généraux, accompagné de plusieurs membres du gouvernement.
Patrick Devedjian qui est en charge de la politique de relance parce que nous avons aussi, au cours de ce séjour, naturellement évoqué l’effort très important qui a été engagé par l’Etat pour permettre la relance de l’économie réunionnaise qui est frappée comme tous les autres départements de notre territoire par la crise économique mondiale.
Avec Hervé Novelli qui est en charge des petites et moyennes entreprises mais qui est aussi en charge du tourisme et c’est un sujet sur lequel je vais revenir dans un instant.
Avec Chantal Jouanno qui a la responsabilité de l’environnement, de la défense de l’environnement, de l’écologie.
Et puis enfin, je termine par elle à souhait, avec Marie-Luce Penchard, qui est notre nouveau ministre en charge de l’Outre-Mer, des Outre-Mers si vous le souhaitez, et qui, je voudrais le faire remarquer, est la première personnalité issue de l’Outre-Mer à qui l’on confie la responsabilité de ce ministère. Peut-être certains d’entre vous trouveront-ils qu’on a attendu trop longtemps, c’est sûrement vrai mais maintenant c’est fait.
Alors, je voudrais revenir sur le contexte de ces états généraux. C’est la crise qui nous a conduits, avec le Président de la République, a lancé ce travail d’écoute, de dialogue, pour essayer de voir comment apporter des réponses différentes, des réponses nouvelles aux problèmes qui se posaient outre-mer.
Vous savez que nous nous sommes, avec le Président de la République, engagés, quand nous avons reçu, au début de cette crise, les parlementaires représentant l’Outre-Mer sur trois choses.
On s’est d’abord engagé sur des mesures d’urgence, comme en particulier la mise en place du RSTA (1), c’est-à-dire une adaptation du Revenu de Solidarité Active, aux conditions de l’Outre-Mer, et de la crise.
Ensuite, sur le vote de la LODEOM (3) – je rappelle que cette loi permet de transposer dans notre législation toute une série d’engagements qui avaient été pris par le Président de la République dans sa campagne présidentielle et en particulier les zones franches globales. Il s’agit, à travers ce texte, d’établir les fondements d’un développement économique et c’est un point que vous avez tous, d’une façon ou d’une autre, évoqué, qui repose davantage sur les productions et sur les filières locales. Donc, on a voulu, à travers ce texte, lever des obstacles, donner des atouts supplémentaires aux départements d’Outre-Mer, pour qu’ils puissent développer les productions et les filières locales.
Et puis, le troisième engagement, c’était le lancement de ces états généraux qui constituent la consultation la plus vaste qui ait été engagée sur l’avenir de l’Outre-Mer.
Je trouve que ce calendrier correspond, au fond, assez bien à ce qui est en train de se passer dans le monde avec la crise économique. En effet, cette crise économique mondiale, elle va rebattre les cartes, elle va avoir des effets, qu’on n’est pas encore aujourd’hui capable de mesurer, sur la hiérarchie des puissances économiques mondiales.
Dans toutes les grandes crise – et celle-ci est la plus importante depuis un siècle, donc ce n’est pas une crise qu’on peut négliger, dont on peut négliger les effets à long terme – dans toutes les grandes crises, on s’est aperçu qu’il y a eu des perdants et il y a eu des gagnants, c’est-à-dire qu’il y a des nations qui sont entrées dans la crise en étant fortes et qui en sont sorties faibles, et il y a des nations qui étaient en voie de développement, qui avaient des handicaps, qui avaient des faiblesses, et qui ont profité de la crise pour acquérir de nouveaux marchés, pour acquérir de nouvelles positions dans le monde. Cette crise, elle va donc rebattre les cartes et il est important que nous saisissions cette occasion pour nous interroger sur l’efficacité de notre système économique et notre système social, au plan métropolitain comme au plan des Outre-Mers.
Et d’ailleurs, je voudrais, en m’éloignant un instant de la Réunion et des sujets qui viennent d’être évoqués que la France mène, dans le cadre de cette crise, un combat qui est un combat qui nous place en pointe de tous les pays développés.
C’est nous qui avons été les premiers à dire : « On ne doit pas laisser passer cette crise sans en profiter pour réformer le système financier international. » C’est la France qui le demande, c’est la France qui a été en pointe du combat pour réunir les puissances développées, puis ensuite élargir au G20 – la discussion se poursuit en ce moment en Italie, elle va continuer aux Etats-Unis à l’automne. Nous ne lâcherons pas le morceau. On veut que des enseignements soit tirés de la crise financière.
Alors, il y en a qui se moquent, qui disent que la France n’y arrivera jamais, ou alors que c’est juste comme ça. Non, on va aller jusqu’au bout. On veut la suppression des paradis fiscaux, on veut des règles financières qui responsabilisent les acteurs, on ne veut plus que les rémunérations des opérateurs financiers les poussent à faire n’importe quoi au détriment de la stabilité des marchés financiers. Ce combat-là, on le mène, on va continuer à le mener. Et c’est un combat qui nous concernent tous, c’est un combat qui est très important pour la suite des choses, et donc pour l’avenir de la Réunion comme de tous les territoires.
Et puis, deuxièmement, on est les premiers, les Français, à réclamer la réforme de la gouvernance mondiale parce que, on le voit bien, quand il y a une crise comme cela, on ne peut plus se réunir avec les huit pays les plus riches pour décider de ce qu’on va faire de l’organisation du monde, alors qu’il y a des puissances nouvelles qui sont apparues, depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, et qu’on ne prend pas en compte. Comment peut-on aujourd’hui discuter de l’avenir du monde, sans la Chine, sans l’Inde, sans l’Amérique latine, sans que l’Afrique soit au cœur du débat, sans qu’il y ait des pays représentant le monde arabe qui expriment leurs positions. Cette réforme de la gouvernance mondiale, c’est le deuxième combat que la France mène.
Et d’une certaine façon, j’en suis fier, parce que cela veut dire que la France est toujours à la tête d’un combat pour des valeurs universelles. La France ne se bat pas seulement pour elle-même. Elle se bat pour projeter à travers le monde son image d’un monde plus juste, d’un monde plus équitable.
Sur la gouvernance mondiale, cela peut avoir des effets très concrets sur la vie quotidienne. Ce n’est pas seulement des sujets pour des sommets de chefs d’état. Je vais prendre juste un exemple : on a, avec le Premier Ministre britannique, défendu une idée, que désormais les prix du pétrole soient négociés sur des contrats à long ou moyen terme avec les pays producteurs pour éviter les à-coups dans les augmentations ou dans les baisses.
C’est l’intérêt de tout le monde. Les pays producteurs n’ont pas intérêt à ce que le prix du pétrole baisse trop parce que, quand il baisse trop, ils se trouvent dans une situation impossible pour leurs propres fonctionnements et leurs propres développements. C’est ce qui s’est produit notamment ces derniers mois. Et puis les autres pays sont complètement asphyxiés quand le prix du pétrole explose brutalement comme cela a été le cas en 2008. Donc il y a un intérêt commun à fixer, non pas un prix du pétrole, mais en tous cas une fourchette de prix, avec des contrats sur dix-huit mois, deux ans, trois ans pour essayer d’avoir une certaine visibilité, une certaine stabilité, et pour les pays producteurs, et pour les pays consommateurs. Voilà un sujet qui est au cœur de la question de la gouvernance mondiale.
Et enfin dernier point, la lutte contre les changements climatiques. Qui peut penser que cette lutte contre les changements climatiques ne passe que par des initiatives nationales ou par des initiatives même européennes ? Nous, les Européens, nous avons pris la tête de ce combat. Nous avons, notamment pendant la présidence française de l’Union européenne, avec bien des difficultés, fait adopter aux vingt-sept états membres de l’Union européenne des objectifs extrêmement ambitieux, les plus ambitieux qu’aucun groupe d’états ne se soit jamais imposé en terme de protection d’environnement mais naturellement, il faut maintenant que ces objectifs soient partagés par les Etats-Unis, par la Chine, par l’Inde, par l’ensemble des pays qui sont les plus émetteurs de gaz à effet de serre, et c’est tout le combat que nous avons engagé.
Voilà pour vous dire que cette consultation sur l’avenir de la Réunion, sur l’avenir des Outre-Mers, elle n’est pas – je sais que vous êtes une île au milieu de l’Océan Indien mais en l’occurence, là, vous êtes au cœur du monde, vous êtes au cœur de la mondialisation, vous êtes au cœur de la problématique qui est celle de la réforme du système financier, ou sur la réforme de la gouvernance mondiale.
Alors, je reviens sur ces états généraux pour vous dire d’abord que ces états généraux, cela n’est pas un scénario écrit à l’avance. J’ai entendu plusieurs d’entre vous dire : « On espère qu’on sera respecté et on espère que ce que l’on va proposer sera bien restitué. On espère qu’il y aura des suites. » Je vous dis, ce n’est pas un scénario écrit à l’avance. Aujourd’hui, on rentre dans l’achèvement de la phase de consultation locale. Une restitution nationale est prévue à la rentrée et nous réunirons, avec le Président de la République, un conseil interministériel de l’Outre-Mer pour marquer le temps des décisions, ces décisions n’étant pas la fin du processus, puisque on sait bien que c’est important de prendre des décisions mais surtout qu’il faut les mettre en œuvre. Donc on a décidé - le Président de la République l’a annoncé lors de son voyage aux Antilles – qu’on mettrait en place un comité de suivi pour avoir un suivi précis et régulier des engagements qui ont été pris.
Si vous en étiez d’accord, le comité d’organisation des états généraux pourrait se transformer en comité de suivi, doté de moyens appropriés, notamment pour examiner régulièrement des questions comme la formation des prix, comme les indicateurs économiques, comme les indicateurs sociaux et moi je propose qu’il y ait un rendez-vous annuel entre les comités de suivi et le gouvernement pour faire le point de la mise en œuvre des décisions qui auront été prises dans le cadre des états généraux.
Sur le fond maintenant des états généraux que vous avez conduits à la Réunion, je voudrais retenir trois idées-forces, je ne cherche pas à conclure, je cherche simplement à vous dire comment, pour l’instant, je vois, j’entends, je comprends ce que vous avez émis.
D’abord, je retiens une première idée, c’est une demande de transparence dans la gouvernance.
Ensuite, le souhait d’un développement économique, c’est-à-dire d’une création d’emplois massive et d’un développement durable.
Et puis enfin, une profonde aspiration à l’égalité.
Alors, je commence par le premier sujet, c’est-à-dire la gouvernance, c’est-à-dire celui par lequel on a terminé, ou presque. S’agissant de la gouvernance, on peut dire qu’il y a deux sujets, un sujet institutionnel et puis il y a un sujet dialogue social.
Sur le côté institutionnel, j’ai entendu avec beaucoup de force, le cri : « La Réunion dans la République ! » Et je relève le vœu que les institutions locales de l’île continuent de correspondre à celles de la métropole. C’est votre souhait, c’est votre demande, il n’y a pas de débat sur cette question. C’est vous qui décidez, c’est vous qui souhaitez que les institutions de la Réunion restent les mêmes que les institutions métropolitaines. Il n’y aura pas de débat sur cette question.
J’y ajoute une quête de proximité parce que cela ne veut pas dire quand même que vous soyez parfaitement satisfaits du système. Vous demandez plus de proximité, vous demandez plus d’éthique, vous demandez plus de transparence dans la gouvernance locale. J’ai envie de vous dire que vous n’êtes pas très différents en cela des habitants de la Sarthe, de la Corrèze, ou du Maine et Loire, de la Bretagne, ou de la Corse, qui demandent aussi plus de transparence, plus d’éthique, plus de proximité. Et donc, vous allez vous inscrire parfaitement dans le débat que nous avons engagé sur la modernisation de l’organisation du territoire national.
Le rapport Balladur, le travail que nous sommes en train de faire avec les associations d’élus locaux, avec le Parlement pour aboutir à l’automne à une proposition de loi-cadre sur la modernisation de l’organisation du territoire.
Qu’est-ce qu’on veut faire ? On veut d’abord simplifier l’organisation du territoire parce que, je parle naturellement de l’ensemble du territoire métropolitain, parce que ce territoire est organisé aujourd’hui d’une façon trop complexe. Et la complexité génère des coûts, pas seulement des coûts directs mais génèrent surtout beaucoup de coûts indirects.
Plus il y a de complexité, plus c’est difficile. Plus c’est difficile de créer une entreprise, plus c’est difficile de prendre une initiative, plus c’est difficile d’avoir une réponse, plus il y a de bureaucratie. Il faut impérativement que nous simplifions notre organisation du territoire et donc nous allons aller dans ce sens, et je pense que les propositions qui vous seront faites sont des propositions qui correspondront assez bien – même si, il peut y avoir ici ou là des adaptations à faire – aux demandes qui sont les vôtres.
Naturellement, cette réforme des organisations des collectivités territoriales, elle doit aller de pair avec une réforme profonde des services territoriaux de l’Etat. Cette réforme des services territoriaux de l’Etat, elle est déjà engagée. Elle est déjà engagée de façon assez radicale puisque on a décidé de réduire le nombre des organisations de l’Etat sur le territoire, avoir un plus petit nombre sous l’autorité du préfet qui doit pouvoir mobiliser l’ensemble des moyens de l’Etat pour répondre aux attentes qui sont celles des citoyens.
Donc, cela veut dire plus d’Etat dans sa fonction d’arbitre des contrôles. Je ne suis pas là pour prendre des décisions immédiates sur des sujets que vous avez évoqués mais je vais quand même en prendre une. M. Novelli va peut-être pâlir derrière mais c’est comme ça, le FISAC (3) sera déconcentré à la Réunion. Franchement, cela va de soit. Sur le Tribunal de Commerce, vous allez me permettre de regarder les choses d’un peu plus près mais je vois bien la difficulté, elle est identifiée. On va essayer de la résoudre.
Ceci étant dit, vous voulez les mêmes institutions qu’en métropole, vous allez donc suivre la réforme de l’organisation du territoire que nous allons conduire, qui va être décidée et débattue par le Parlement. Cela ne veut pas dire autant qu’il n’y a pas des spécificités réunionnaises qui sont évidentes, et plusieurs d’entre vous ont manifesté un désir d’explorer toutes les possibilités d’expérimentation que la Constitution autorise, et d’appliquer de façon concrète l’article 299.2 du Traité de l’Union européenne (4).
Donc, j’ai dit hier combien j’étais parfaitement favorable à ces expérimentations tant sur le plan constitutionnel que s’agissant des textes européens. Je demande donc à Marie-Luce Penchard de mettre en place dans le cadre du Ministère de l’Outre-Mer, les moyens nécessaires pour vous accompagner, vous aider, vous apporter le soutien logistique dont vous avez besoin pour conduire ces expérimentations. Je veux simplement vous rappeler que ces expérimentations ne peuvent partir que de vous. Ce n’est pas l’Etat qui va vous proposer des expérimentations. C’est à vous de dire les sujets sur lequel vous voulez des expérimentations. On les met en œuvre, on met en place des systèmes d’évaluation, et puis on décide du temps nécessaire de leur poursuite.
L’atelier sur la rénovation du dialogue social a fait une constatation qui n’est pas nouvelle. On est outre-mer et à la Réunion, davantage sur un système d’affrontement social que sur des mécanismes de dialogue. Il faut relativiser les choses, c’est aussi un peu le cas en métropole, il faut quand même le dire, la France n’est pas un pays modèle en matière de dialogue social. Si on regarde l’ensemble des pays européens, si on regarde comment aujourd’hui le dialogue social s’y déroule, on a des progrès à faire, parce qu’on est resté sur un modèle d’affrontement social et on a du mal à passer à un vrai modèle de dialogue.
Il y a des tas de sujets derrière tout cela. D’abord, il y a des habitudes culturelles et politiques. Il y a aussi des questions de structures, des questions de représentativités. Quelle est la représentativité des partenaires sociaux ? Comment cette représentativité est-elle mesurée ? Comment sont-ils élus ? Comment s’articule le dialogue entre le Parlement et les représentants de la souveraineté populaire et les organisations syndicales ?
On a engagé un travail pour moderniser la représentativité, pour faire sauter des règles anciennes qui n’avaient plus aucun sens et qui figeaient pour toujours le nombre des organisations syndicales, pour permettre un meilleur dialogue dans les entreprises, en déportant dans les entreprises des sujets qui peuvent être discutés dans l’entreprise et qui n’ont pas besoin, forcément, d’être discutés de la même façon au plan d’une branche ou au plan national, parce que les règles dans les petites entreprises ne sont pas forcément les mêmes que dans les grandes.
Je parle naturellement dans un cadre global de justice sociale qui doit être respecté parce qu’il y a des entreprises qui ont des contraintes qui sont différentes des autres. Il faut continuer dans ce domaine. Il faut essayer de sortir d’un mode de relation sociale qui est basé presque exclusivement sur la conflictualité.
Je prends souvent un exemple. Je sais qu’il est explosif, puisque il s’agit des retraites. Comment expliquer que, dans la quasi totalité des pays européens, il y ait eu des accords de l’ensemble des partenaires sociaux sur des réformes ambitieuses des régimes de retraites et pas chez nous ?
C’est quand même une question que personne ne peut éluder. On peut raconter tout ce qu’on veut, on peut inventer des histoires en expliquant qu’il y a des solutions miracles, que seuls les Français vont trouver. Vous savez, la solution miracle à l’allongement de la durée de la vie… Il n’y a pas une solution allemande, espagnole, italienne, hollandaise et française. Il y a une seule solution que tous les autres ont mise en œuvre, d’une façon ou d’une autre, mais qu’ils ont mise en œuvre.
Pourquoi est-ce que, en Allemagne, en Suède, au Danemark, – vous allez me dire, c’est des pays du nord, ils sont plus calmes, alors je vais vous prendre des exemples en Espagne, en Italie – on est arrivé à des accords, entre les partenaires sociaux, entre les forces politiques, pour se mettre d’accord sur une évolution de nos régimes de retraites qui s’est traduite, dans tous les cas, par un allongement de la durée du travail.
C’est bien le fait, c’est bien de souligner à quel point nous avons des progrès à faire en matière de dialogue social.
Alors, on pourrait s’inspirer, notamment peut-être ici à la Réunion, des expériences de prévention des conflits qui ont été conduites dans des grandes entreprises nationales – je pense à ce qui a été fait à la RATP ou à la SNCF.
J’en viens maintenant à la création d’emplois et au développement durable. Tous les ateliers quasiment des états généraux ont exprimé une demande de création massive d’emplois dans l’île. Et comment ne pas le faire quand on voit quelle est la situation en matière de chômage à la Réunion ?
Je pense d’abord qu’il faut que les choses soient très très claires,. C’est du côté de l’emploi privé que se trouve la solution du problème au chômage à la Réunion, comme d’ailleurs sur l’ensemble du territoire national. Je ne veux pas cacher les choses, je ne veux pas qu’on se raconte des histoires, je ne veux pas rester avec vous dans l’ambiguïté. Ce n’est pas dans la création des emplois publics et ce n’est pas dans l’assistanat.
La création des emplois publics : nous sommes le pays qui a le record de tous les pays développés en matière d’emplois publics. Nous sommes le pays en Europe, avec la Suède, qui a le plus fort taux de prélèvements obligatoires. Et malgré cela, on a une dette qui est absolument exceptionnelle.
Donc, quels que soient les gouvernements qui dirigeront la France dans les vingt ans qui viennent, quels qu’ils soient, qu’ils soient de gauche ou qu’ils soient de droite, je vous le dis, je suis prêt à prendre les paris, à revenir devant vous dans vingt ans : ils réduiront la dépense publique parce qu’ils n’auront pas d’autre choix.
Parce qu’emprunter pour quinze ou vingt ans, pour payer les dépenses de fonctionnement, cela ne peut pas continuer très longtemps. Alors, je sais bien que cela dure depuis trente ans, et que tous les Français qui ont moins de trente ans pensent que cela marche comme ça et tous les Français qui ont plus de trente ans se disent que si cela a duré trente ans, cela va encore durer quelques années de plus. Mais la vérité est que la dette s’accumule, et surtout, et surtout, que la compétitivité de l’économie française par rapport à ses voisines – les Allemands, les Hollandais, les Danois, mais aussi les Italiens -, elle s’érode en raison de cette charge, qui est une charge que le pays ne peut plus supporter.
Donc personne, honnêtement, ne peut vous dire que l’avenir de l’emploi à la Réunion passe par l’emploi public ou par l’assistanat. Cela ne veut pas dire naturellement qu’il n’y a pas des besoins. Ces besoins, il faut les combler mais il n’y aura pas d’augmentation de l’emploi public. Il faut donc s’appuyer sur l’emploi privé.
Pour cela, il faut évidemment d’abord développer les filières traditionnelles, qui ont un très fort potentiel de développement : vous avez évoqué la pêche, vous avez évoqué l’agriculture. Il faut aussi développer les filières innovantes : vous avez fait un effort considérable dans le domaine des énergies renouvelables.
Et j’ai envie de dire que la synthèse entre la tradition et la modernité, c’est la filière canne-sucre-bagasse. Il faut pour cela que la bagasse soit rémunérée à sa juste valeur. Je sais que vous en avez beaucoup discuté. Le gouvernement a pris ses responsabilités et je présenterai tout à l’heure nos propositions et nos décisions sur le terrain, devant les acteurs de la filière. Enfin, chacun aura compris que c’est dans l’esprit du développement de la filière canne-sucre-bagasse.
Il faut miser sur la mer et sur les ressources que nous procurent les océans. Mais là aussi, il faut tirer toutes les conséquences de l’effacement relatif de la France en tant que puissance maritime. Pourquoi est-ce que, avec cette tradition, avec cette zone économique considérable, pourquoi est-ce que la France n’occupe pas suffisamment les premiers rangs s’agissant de la mer ? C’est aussi parce que pendant très longtemps, on s’est refermé sur nous-mêmes et qu’on a laissé notre système se bloquer, avec des ports qui ne fonctionnaient pas, avec des armements qui s’en allaient à l’extérieur et avec des activités en matière de pêche, qui étaient encadrées de façon qu’elles ne pouvaient pas se développer.
On a commencé à bouger. Les ports français, tout doucement, tout doucement, bien trop doucement, sont en train de sortir de l’archaïsme dans lequel ils étaient enfermés. On commence à avoir de grands armateurs qui se développent et qui misent à fond sur la mer et sur le transport maritime. On a encore beaucoup d’efforts à faire s’agissant de la pêche.
Et il y a le tourisme. Franchement, que le tourisme ne se développe pas suffisamment à la Réunion, c’est incompréhensible. Je vous le dis, c’est incompréhensible. Et ne pensez pas que le tourisme est une industrie de pays sous-développés. C’est quoi les deux pays touristiques, les deux plus grands pays touristiques du monde ? C’est les Etats-Unis et la France. Les deux plus grands pays touristiques du monde.
Donc, l’industrie touristique est une industrie à part entière. C’est une industrie qui provoque, qui crée de la richesse, qui crée des emplois, qui crée de la valeur ajoutée. Et c’est une industrie qui a beaucoup changé depuis ces vingt dernières années. Désormais, c’est une industrie qui est beaucoup plus respectueuse de l’environnement, qui est beaucoup plus respectueuse des traditions, qui s’inscrit complètement dans le schéma du développement durable. Donc, il y a vraiment un effort considérable à faire à la Réunion, en matière de tourisme. Peut-être qu’en disant cela, j’enfonce une porte ouverte mais enfin, j’ai l’impression qu’il faut le répéter.
Il faut naturellement, pour développer l’emploi privé, avoir une vision prospective des besoins des filières. Il faut se battre pour l’acquisition des savoirs de base et donc lutter contre l’illettrisme et j’y reviendrai. Il faut aussi adapter la formation initiale et la formation professionnelle aux besoins des entreprises. Et puis, il faut mettre en place des systèmes d’accompagnement des personnes dans l’emploi. Vous avez évoqué cette question de la compétition, au fond un peu inégale, mais il faut donner des atouts supplémentaires – certains appelleraient cela de la discrimination positive -, des atouts supplémentaires à ceux qui en ont besoin, parce que c’est cela l’égalité. La vraie égalité n’est pas de mettre tout le monde sur la même ligne de départ en disant : « Le premier arrivé a gagné. » C’est d’essayer de donner à chacun la possibilité de gagner la compétition. Et puis il faut développer la mobilité.
Sur le développement durable, je pense que la Réunion a une grande avance. Vous avez une vision à long terme de votre développement qui n’est pas issue simplement de ces derniers mois, qui est une vision qui a une longue histoire. Cette vision de long terme, je trouve qu’elle transparait dans les travaux des états généraux, notamment au travers des enjeux d’utilisation, de gestion et de protection du territoire. C’est une des richesses fondamentales de l’île, il faut la préserver.
De même, vous avez pris à bras le corps la question des énergies, avec un effort exceptionnel en faveur des énergies renouvelables – je vais avoir l’occasion tout à l’heure de m’exprimer sur ce sujet. C’est une priorité absolue, vous avez parfaitement eu raison de vous engager dans cette voie, il faut qu’on aille jusqu’au bout de la démarche.
J’ai compris qu’il y avait un problème important s’agissant du foncier, et c’est normal que cette ressource sur une île montagneuse soit une question difficile. L’essentiel est que vous ayez une vision d’ensemble du développement et que vous puissiez mettre au service de cette vision d’ensemble des outils en matière de gestion du foncier.
Enfin, je voudrais aborder la question du développement endogène et du confortement des filières locales. Au delà du constat, je pense que les travaux que vous avez conduits permettent de faire émerger plusieurs pistes.
D’abord, la valorisation des produits frais et la transformation sur place des produits pays pour mettre en place des filières de production locale qui seraient susceptibles d’exportation et donc susceptibles d’améliorer la balance.
J’ai noté aussi l’utilisation accrue des produits locaux dans la restauration collective. J’ai bien entendu parler de réglementation. Franchement, s’il faut adapter la réglementation, on adapte la réglementation. Il n’y a aucune difficulté. Le code des marchés publics peut s’adapter pour donner une plus grande place aux produits locaux comme aux produits qui sont le plus respectueux de l’environnement.
Enfin, il y a a la question de la réduction des déchets pour garantir une île propre et favoriser l’émergence d’une filière de recyclage.
Je voudrais finir par ce qui aurait dû être le début de mon propos, c’est-à-dire la question de l’égalité des chances. L’égalité réelle a été tout au long de ces états généraux, tout au long de cette crise, une demande extrêmement forte qui s’est exprimée partout outre-mer.
Cette égalité, d’abord, est la question de la formation des prix. Les travaux que vous avez menés ont dressé un constat d’ensemble sur les causes de la vie chère. Ils ont présenté de façon très claire les dysfonctionnements. Je pense à certaines situations quasi monopolistiques dans la distribution. Je pense aussi à certaines dérives tarifaires concernant par exemple les services internet ou les services bancaires.
Il y a une mission essentielle de l’Etat qui est de contrôler la concurrence, qui est de contrôler le formation des prix, qui est de contrôler la qualité des produits et des services mis sur le marché. Cette mission est et restera au cœur de la lutte contre la vie chère. Elle est indispensable pour vérifier la transparence dans la fixation des prix, et s’il y a un domaine où je suis prêt à renforcer un service public, c’est bien dans celui-là, parce que je suis convaincu que l’effort que nous ferons en terme de transparence aura des conséquences immédiates pour le consommateur.
Vous avez évoqué également, s’agissant de cette question de la vie chère, les pistes fiscales. Le sujet de l’octroi de mer a été au cœur de beaucoup de discussions. Baisser l’octroi de mer n’est pas une mauvaise idée en soi. Je veux simplement dire que la diminution de ressources qui en résultera, devra être compensée. Et vous conviendrez avec moi que créer de nouveaux impôts n’est pas la décision la plus adaptée, la plus simple, la plus facile aujourd’hui pour les collectivités publiques. Donc, il faut engager ce débat en ayant bien à cœur de chercher en même temps comment on peut compenser cette perte de la ressource de l’octroi de mer.
L’égalité est ensuite l’accès au logement. Sur cette question du logement, je ne vais pas revenir sur ce que j’ai déjà eu l’occasion de dire hier pour l’inauguration de la Route des tamarins. L’Etat fait en ce moment sur le logement un effort sans précédent. Le nombre de logements mis en chantier, les crédits qui sont mis en œuvre, sont sans précédent par rapport à ce qui se faisait dans les années précédentes, et on peut remonter loin.
Les besoins sont considérables et donc, on voit bien que non seulement les moyens doivent être accrus, mais les mécanismes – et là, je m’adresse à vous, élus locaux, responsables en matière de construction de logements – les mécanismes qui fonctionnent ici ne sont pas suffisamment performants pour permettre la consommation de ces crédits au rythme où ils devraient l’être. Donc, il y a une amélioration considérable à apporter aux circuits de financements du logement pour faire en sorte que, entre le moment où on met en place les financements et le moment où les Réunionnais rentrent dans le logement qui a été construit, il s’écoule moins de temps. Il faut sans doute trouver plus d’opérateurs, il faut sans doute faire plus appel à l’initiative privée. Toutes les solutions sont en tous cas sur la table, le gouvernement est totalement disponible pour vous aider à les mettre en œuvre.
L’égalité est ensuite l’accès au savoir. L’acquisition des savoirs de base, la lutte contre l’illettrisme, méritent d’être au cœur de l’offre de service en matière de formation initiale et continue. Il faut adapter cette offre aux perspectives et aux trajectoires professionnelles. Là aussi, j’ai retenu plusieurs idées que vous avez évoquées, notamment celle qui consiste à mieux utiliser l’alternance, quitte à changer les règles qui sont celles qui prévalent dans notre système éducatif. Peut-être de manière expérimentale, à la Réunion, pour regarder comment les choses fonctionnent et je voudrais simplement peut-être prendre l’exemple de l’université pour dire comment est-ce qu’on peut expérimenter. On a voulu que les universités soient autonomes. Ce n’est pas pour qu’elles continuent à faire toutes exactement la même chose, sinon ce n’était pas la peine de les rendre autonomes.
Ce qui compte pour nous est qu’il y ait des diplômes qui soient tous les mêmes, des diplômes nationaux, et donc des programmes qui soient les mêmes pour arriver à ces diplômes. Le reste après, la manière dont vous arrivez à ces diplômes et à faire en sorte que ces programmes soient assimilés par les étudiants, j’ai envie de dire : « C’est votre affaire, c’est l’affaire maintenant des universités. » Et si, à la Réunion, on estime qu’il faut adapter le rythme, si la première année doit être modifiée pour aller plus loin que le plan licence qui a été proposé par le ministre de l’Enseignement supérieur, moi je n’y vois que des avantages et je suis prêt à soutenir une expérimentation dans ce domaine.
D’ailleurs, d’une façon plus générale, notre système éducatif doit fonctionner comme cela. Pourquoi est-ce qu’on a décidé une fois pour toutes que tous les jeunes devraient arriver au même résultat dans le même temps. Enfin, il n’y a pas d’autre exemple dans la vie où on raisonne de la même façon. Chacun a son rythme, ses spécificités, ses handicaps, ses atouts, et il n’y a rien de choquant à ce qu’il faille plus de temps à un jeune pour atteindre le même niveau qu’un autre. Notre objectif doit être de donner à chacun les chances pour aboutir aux résultats.
C’est pour cela que notre système éducatif doit être réformé encore bien plus profondément qu’il ne l’a été. Là aussi, je demande qu’on regarde un tout petit peu ce qui se passe autour de nous. Il y a des pays en Europe qui réussissent bien mieux, qui ont beaucoup moins d’échec scolaire. Qu’est-ce qu’on constate ?
Qu’il y a moins d’heures de cours. C’est drôle quand même, c’est bizarre, il y a moins d’heures de cours et il y a de meilleurs résultats.
Qu’il y a moins de foisonnement d’options.
Mais qu’on est plus concentré sur l’essentiel mais surtout, qu’on est plus concentré sur la personne : on met en place des systèmes qui sont adaptés au besoin de chacun, du tutorat si quelqu’un a plus de difficultés, alors on fait des classes avec moins d’élèves. Vous allez me dire : « Mais il faut plus de monde pour faire des classes avec moins d’élèves. » Oui, mais si on a moins d’heures de cours, et si on ne se laisse pas aller à un luxe égoïste en matière d’options, alors on peut offrir à chacun la maîtrise des savoirs fondamentaux qui constitue un des droits de tout citoyen dans la République.
Enfin, l’égalité est la culture. Je retiens votre souhait que les pratiques culturelles et la langue créole, qui nourrissent votre identité, soient mieux mis en valeur. Je vous dis que je ne peux qu’approuver ce souhait. c’est d’ailleurs ce gouvernement qui a inscrit dans la Constitution de la République Française la reconnaissance des langues régionales. Il faut faire en sorte que ces langues régionales apparaissent. Après avoir été considérées pendant longtemps comme un élément de dislocation de la République, il faut maintenant considérer que c’est un élément de valorisation du patrimoine national. Et c’est ce à quoi je vous invite, et c’est ce à quoi nous sommes prêts à travailler ensemble.
Je voudrais aussi vous dire qu’il faut promouvoir sans le figer le modèle réunionnais de tolérance, de respect et de solidarité, que vous avez raison d’être fiers de poser en exemple pour la France toute entière, face aux écueils de tous les guettos, qui menacent l’identité même de la République, la cohésion de la République, les guettos religieux, les guettos ethniques, les guettos sociaux ou culturels. Je pense que ce modèle est un phare qui doit nous guider et nous conduire.
Vous avez émis le souhait d’un urbanisme respectueux de l’environnement et de vos pratiques culturelles. Vous avez parfaitement raison, il faut mettre en place un véritable inventaire de votre patrimoine, en tenant compte de sa singularité, de sa dimension vivante et immatérielle, et un programme concerté de sauvegarde et de valorisation.
Et puis, j’adhère à votre souhait de porter un effort tout particulier sur la diffusion des arts vivants, de votre littérature, orale et écrite, de votre musique, de votre danse, contemporaine ou traditionnelle, de vos arts visuels. Vous devez être notre pôle culturel de l’Océan Indien.
Voilà, mesdames et messieurs, quelques réflexions qui, vous avez pu le constater, ne sont pas des conclusions, mais qui sont mes réflexions et mes commentaires sur les travaux que vous avez conduits. Tout à l’heure, vous avez résumé, M. Avril, un proverbe réunionnais dans une phrase d’une langue que je ne comprends pas et qui est la langue anglaise. Je vais vous la résumer d’une autre façon, on dit en France : « Les seules batailles perdues sont celles qu’on ne livre pas. »
Alors, je voudrais qu’on livre ensemble cette bataille pour le développement et pour l’avenir de la Réunion et je voudrais simplement en terminant, vous dire que j’ai confiance parce que je constate que la Réunion ne manque pas de projets. C’est à nous maintenant, à nous tous, l’ensemble de la collectivité nationale, de lui permettre de les mettre en œuvre pour offrir un avenir à la jeunesse réunionnaise, et pour porter très haut les valeurs de la République Française dans l’Océan Indien. »
(1) RSTA : Revenu supplémentaire temporaire d’activité
(2) LODEOM : Loi pour le Développement Economique de l’Outre-Mer
(3) FISAC : Fond d’Intervention pour les Services, l’Artisanat et le Commerce
(4) Article 299.2 du Traité d’Amsterdam concernant les régions ultra-périphériques de l’Union européenne
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